Chapitre 152 : le second exode

Publié le par RoN

Les débats furent longs, mais beaucoup moins mouvementés que ce à quoi Jack s’était attendu. Tous ceux qui avaient quelque chose à dire exprimèrent leur point de vue lors des nombreuses discussions qui eurent lieu en place publique. Etonnamment, la grande majorité des nemaciens comprenaient la nécessité de déménager une nouvelle fois, même si cela ne les enchantait guère.
Tous croyaient en l’avenir, cultivaient l’espoir d’un renouveau de l’humanité. Pour cela, il leur fallait les moyens de se reconstruire, de progresser, ce qui serait bien difficile s’ils restaient à Nemace. Les nombreux enfants en gestation devaient avoir la possibilité de grandir en sécurité, de bénéficier de la technologie et des connaissances acquises par l’humanité au cours des derniers siècles. Qu’ils ne se contentent pas d’une vie de paysan ou de guerrier.
Hadida et ses hommes décrirent longuement les possibilités qu’offrait la ville de Talante : une protection réelle, incarnée par la muraille géologique que constituait la Chaîne Platte ; des bâtiments modernes et nombreux, qui permettraient à chacun de disposer d’un logement à soi ; des étendues cultivables de plusieurs dizaines de kilomètres carrés ; de l’eau pure et abondante, le fleuve Uman prenant sa source non loin de la cité ; l’éventualité de pouvoir rétablir l’électricité ; un hôpital qui ne demandait qu’à être remis en état ; une université, qui recelait probablement tout le matériel nécessaire aux recherches d’un traitement contre la Ghoulobacter.
Les avantages qui découleraient de leur migration seraient innombrables, leur communauté aurait enfin la faculté de reconstruire une société. Mais pour bénéficier de tout cela, il allait falloir prendre la ville par la force. Exterminer les milliers de zombies qui en occupaient les rues. Cela refroidit l’enthousiasme de beaucoup de monde.
Le général Hadida fit preuve d’une grande volonté pour convaincre ses compatriotes que la victoire était possible. Quel que soit le nombre de goules auquel ils auraient affaire, leur intelligence pouvait leur permettre de s’en sortir. Qui mieux que les ex-adamsiens pouvaient le savoir ? Le souvenir de la bataille du pont de la rivière Grolsh était profondément imprimé en eux. Soixante-dix hommes et femmes étaient venus à bout de plusieurs milliers de monstres, avec seulement une poignée de munitions, du courage et une tactique efficace. Qu’est-ce qui les empêchait de réitérer cet exploit ?
Son éloquence et le fait que Jack soit de son avis suffirent à convaincre les derniers indécis. A deux-cent six voix contre soixante et une, il fut décidé que la migration aurait lieu. Ceux qui y étaient opposés n’eurent d’autre choix que de se plier à la volonté de la majorité. Ils n’y furent pas forcés, loin de là. Mais tout le monde reconnaissait que leur seule chance de réussite était de rester soudés.
Les préparatifs pour ce second exode durèrent plusieurs jours. Contrairement à ce qui s’était passé lors de l’abandon de la base d’Adams, ils disposaient cette fois de tout le temps nécessaire pour s’organiser, pour s’assurer qu’ils ne laissaient rien derrière eux. Vivres, médicaments, armes, matériel divers, tout cela fut chargé dans les véhicules.
On trouva une place pour la malheureuse Lydia, qui n’avait presque plus rien de différent des évolués normaux. Samuel était forcé de la maintenir en détention, solidement attachée et enfermée dans une cellule pour qu’elle ne s’attaque pas aux humains. Rares étaient ceux qui appréciaient qu’un monstre soit conservé parmi eux, mais le médecin avait démontré plus d’une fois que celle qui avait été sa femme n’avait pas complètement disparu.
Lui et Marie avaient réitéré leur expérience à plusieurs reprises, injectant des doses variables de super-weed directement dans le cerveau de Lydia. A chaque fois, elle reprenait conscience pendant une durée variable, toujours assez désorientée et paniquée. Elle avait frôlé la crise d’hystérie lors d’un de ses « réveils », constatant avec horreur qu’elle ne sentait pas son cœur battre dans sa poitrine. Samuel souffrait le martyre de voir sa bien-aimée dans cet état, mais continuait inlassablement les expérimentations, ne serait-ce que pour entendre la voix de sa femme de temps en temps. Avec un peu de chance et beaucoup de travail, viendrait peut-être un jour où il pourrait à nouveau la serrer dans ses bras. Si migrer vers Talante pouvait rendre ce maigre espoir un peu plus vif, il était prêt à courir le risque.
Tout comme la plupart des nemaciens, qui se montraient enthousiastes mais étaient bien conscients du danger mortel qu’ils allaient devoir affronter. C’est pourquoi une fête monumentale fut organisée la veille du départ. Si d’aventure leur voyage devait se solder par un échec, mieux valait profiter de la vie au maximum avant de se faire dévorer vivant par des milliers de goules assoiffées de sang. Cette nuit là, rares furent ceux qui ne s’adonnèrent pas à au moins un vice. Drogue, alcool, sexe, tous s’enivrèrent et forniquèrent comme si le lendemain ne devait jamais arriver.
Mais le lendemain arriva. Leur dernière journée à Nemace se passa entre repos et ultimes préparatifs, chacun ressentant la tension et le doute au plus profond de leur cœur. Il n’était plus temps de reculer, et le soir venu, ils firent leurs adieux au village qui les avait accueilli durant plusieurs semaines. Avant de s’entasser dans leurs véhicules et de prendre la direction de Talante. Bus renforcés et camions blindés s’enfoncèrent au plus profond de la Chaîne Platte pour ce qui devait être leur dernier périple.
Les routes étaient relativement dégagées, et ils ne rencontrèrent pas le moindre zombie durant les quelques heures de voyage. Tout était calme, trop calme pour ces pauvres humains terrifiés par les épreuves qu’ils allaient rencontrer dans un avenir proche. Jusque là, ils n’avaient jamais fait que se défendre contre les centaines de goules qui avaient croisé leur chemin. Cette fois, cela serait bien différent. Comment procéder, comment s’organiser pour attaquer ? Ils n’en avaient strictement aucune idée. Jack était bien incapable de rassurer ses camarades. Il espérait de tout cœur qu’en bon militaire, John Hadida avait un plan en tête.
Les heures s’écoulèrent, trop vite pour certains, trop lentement pour d’autres. La lueur de la lune ne permettait pas de voir grand-chose, les dénivellations et nombreux lacets que suivait la route empêchaient de s’orienter. Ils finirent par arriver sur une quatre-voies relativement droite, qu’ils suivirent pendant une dizaine de kilomètres. A l’embouchure d’un tunnel noir comme un four, le tank du général stoppa, et l’un des spots dont le blindé était équipé se braqua sur un panneau. « Talante 5 Km », purent distinguer les nemaciens.
« On s’arrête ici pour l’instant » décréta Hadida.
Tous sortirent se dégourdir les jambes, s’étirer et s’envoyer quelques joints dans les poumons. Jack s’entretint avec le chef militaire pour connaître la suite des événements. Nombreux étaient ceux qui souhaitaient en finir au plus vite. Quelle que soit l’issue de la bataille qui se livrerait bientôt, ils voulaient se débarrasser du problème. Le stress était trop intense, il fallait se lancer.
Mais Hadida ne l’entendait pas de cette oreille. S’ils voulaient avoir une chance de gagner, ils ne devaient surtout pas se précipiter. Il fallait s’organiser méthodiquement, étudier le terrain, mettre au point une stratégie infaillible.
« Nous ne combattrons pas aujourd’hui, déclara le général. Je sais que cette attente est très difficile. Mais nous ne devons rien faire au hasard. Il faut faire preuve de patience. Ce soir, nous allons nous reposer. Tout le monde devra être à cent pour cent. Nous devons être unis, rester soudés quelle que soit la situation.
-    Quand est-ce qu’on se bat ? cria un enfant. Je veux tuer de la goule, moi ! »
Certains rirent nerveusement. Mais eux aussi ne voulaient savoir qu’une seule chose : quand aurait lieu l’affrontement.
« Demain soir, répondit Hadida. Sauf imprévu, bien entendu. Mais si tout se passe bien, nous serons prêts. Nous passerons la journée de demain à élaborer notre plan de bataille. Ces saloperies de zombies ne doivent pas avoir une chance d’en réchapper. Et nous ne leur en laisserons pas une seule, faites moi confiance. Cette ville sera bientôt à nous, je peux vous l’assurer. »

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Bigdool 20/02/2010 15:16


Ca va être chaud ^^