Chapitre 147 : la tactique de la marmite

Publié le par RoN

Le seul récipient sur lequel ils purent mettre la main était un gros chaudron massif et rouillé, le genre d’objet qu’on se serait plus attendu à trouver dans l’antre d’une sorcière. Mais qu’importe, c’était exactement ce dont Jack avait besoin. Le jeune homme récupéra plusieurs pieds de super-weed en train de sécher et les tassa dans la marmite. Puis il demanda à ses camarades de lui trouver de l’essence ou un quelconque produit inflammable.
Ceux-ci commençaient à comprendre ce qu’il avait en tête. Le jeune homme pensait-il réellement qu’une telle tactique allait fonctionner ? Cela valait-il vraiment le coup de sacrifier ainsi plusieurs kilos de leur précieuse drogue ? Inutile de se poser la question. S’ils n’agissaient pas immédiatement, ils risquaient de ne plus jamais avoir l’occasion d’en fumer.
« Je ne trouve rien qui puisse s’enflammer ! cria Aya, qui retournait la maison de fond en comble avec les autres rescapés.
-    Ca semble logique… commenta Gina. On ne va pas stocker des produits inflammables avec la beuh…
-    Merde… grommela Jack. Cette super-weed n’est pas assez sèche, elle ne cramera pas comme ça… »
Une vitre vola en éclat, explosée par un soldat de l’ARH récemment goulifié. La créature tenta de se hisser à l’intérieur, mais fut sèchement exécutée par Roland. Des oiseaux-zombie pénétrèrent immédiatement dans la maison, difficilement abattus dans cet espace réduit. Si les survivants restaient ici une minute de plus, ils risquaient de se faire submerger par les chimères.
« On n’a plus le choix ! cria Jack. Il faut qu’on aille vers les stocks ! »
Les stocks. Une grande bâtisse dans laquelle était rangé le peu de matériel précieux dont ils disposaient : quelques armes à feu et munitions, un peu d’explosifs, des vivres impérissables. Et de l’essence. Leur seul espoir était d’y foncer le plus vite possible.
Le groupe de Jack était peu enclin à retourner à l’extérieur, mais rester dans la maison aurait relevé du suicide. Aussi, tous se ruèrent dans la rue en essayant de ne pas céder à la panique. Le leader les encouragea à rester groupés. Ils entourèrent Aya et Gina, qui transportaient la marmite remplie de super-weed, et firent de leur mieux pour les protéger tandis qu’ils avançaient péniblement vers le stock.
Plusieurs fois, des vols de chimères faillirent les écorcher vifs. Les monstres volants prenaient de l’altitude avant de fondre sur les humains en une masse compacte, qu’il fallait absolument éviter pour ne pas se faire déchiqueter. Les sabres de Jack et Roland se chargeaient des goules réanimées et des chimères isolées, mais les assauts groupés ne pouvaient être défaits. Du moins, pas pour le moment.
Plus personne ne traînait dans les rues. En tout cas, plus personne de vivant. Tous s’étaient terrés dans les habitations ou les véhicules, luttant pour repousser les zombies qui tentaient de s’y introduire. Les portes finissaient inévitablement par craquer, les vitres par se briser. Et en espace clos, difficile de se battre efficacement contre les volatiles infectés.
Au prix d’un combat acharné, chaque mètre parcouru amenant son quota de monstres à pourfendre, le groupe de Jack parvint aux stocks sans déplorer de perte. Ils ne prirent pas le temps de souffler. Un peu d’essence fut ajoutée à la super-weed placée dans la marmite, et une allumette suffit à faire partir le feu. Une fumée fruitée et d’un jaune épais se mit immédiatement à s’élever de la marmite, faisant tousser les survivants. Pour le plaisir et pour se donner un peu de courage, Jack prit une profonde inspiration au-dessus du récipient. Il sentit instantanément la claque de la super-weed en lui, et poussa un cri de satisfaction avant de se mettre à cracher ses poumons.
« C’est le moment de vérité ! exhulta-t-il. Espérons que le Ghoul-Buster a vu juste ! »
Tout aussi défoncés que lui, ses camarades oublièrent un peu leur peur. Et ils ressortirent, Aya et Gina traînant le chaudron fumant à grosses volutes. Jack, Roland et les autres les encadrèrent comme à l’aller, attendant de voir si la stratégie de leur leader allait fonctionner.
Une meute volante ne tarda pas à les repérer et à accélérer dans leur direction. La masse d’ailes grises piqua vers eux et les humains se baissèrent par réflexe. Mais cela n’était pas nécessaire. Car quand les volatiles ne furent plus qu’à quelques mètres, leur groupe perdit toute cohésion et ils se séparèrent de façon anarchique, comme s’ils avaient soudainement pris peur. Ils ne tentèrent même pas d’attaquer les humains, préférant battre en retraite vers des proies plus faciles.
« Ca marche ! glapit Aya en battant l’air de ses mains, aidant la fumée à se répandre. La super-weed les repousse ! »
Un jeune infecté encore vêtu de l’uniforme militaire se présenta devant eux alors qu’ils continuaient à avancer. Comme tous les abrutis de zombies, il se précipita vers le groupe, avant qu’un coup de vent lui envoie un panache de fumée en pleine figure. La goule s’arrêta net, resta immobile un instant, avant de se mettre à tituber. Jack était presque certain de voir une émotion sur son visage. Une émotion qui ressemblait fort à de la souffrance. Le monstre tourna les talons et s’enfuit à toutes jambes, n’accordant même pas attention aux quelques humains regroupés dans une maison voisine, au prise avec des volatiles ayant réussi à y pénétrer.
Jack défonça la porte de la maisonnette d’un bon coup de talon avant d’y entrer, précédé des femmes et de leur chaudron magique. En quelques secondes, la fumée avait envahi la pièce, et les chimères s’étalaient au sol ou se cognaient dans les murs, cherchant désespérément une sortie. Il fut alors facile de les exterminer jusqu’au dernier.
Jubilant, les rescapés accompagnèrent leur leader et ses femmes alors qu’ils ressortaient et entreprenaient d’apporter leur aide aux autres nemaciens. En quelques minutes, chaque maison fut libérée. Faye et les enfants, qui s’étaient abrités avant que ne démarre la bataille, avaient eux aussi subit les assauts des chimères. Ils s’étaient battus férocement, repoussant les attaques sans plier, mais nombre d’entre eux étaient blessés. La femme du tueur de goules avait pris cher, ses bras marbrés de longues griffures sanglantes. Mais rien de vraiment inquiétant. Quelques bouffées de super-weed histoire d’éviter la contamination, et le groupe se joignit à leurs camarades.
Baignées presque continuellement dans la fumée, Aya et Gina toussaient, pleuraient et planaient de façon stratosphérique. Elles ne tardèrent pas à laisser leur place à d’autres volontaires. Tous les habitants rescapés furent bientôt regroupés autour du chaudron miraculeux. Tous ou presque, car certains étaient tombés au combat avant que cette stratégie soit mise en place. Brillant par son absence, Kenji en faisait peut-être partie.
Un vol de chimères plus massif que les autres tenta une charge. Mais comme leurs congénères, elles perdirent tout contrôle en arrivant près des nemaciens. Une forêt des lames se dressa vers le ciel alors que les monstres survolaient maladroitement les humains. Presque tous les volatiles furent pourfendus, ce qui fut salué par une acclamation guerrière.
Mais tout n’était pas terminé. De nombreuses créatures harcelaient encore les militaires de l’ARH cachés dans leurs véhicules blindés. Les becs et les griffes attaquaient le métal, s’introduisant peu à peu parmi les soldats, incapables de se défendre dans un espace aussi reclus. Jack songea un instant à les laisser crever là, ce qui constituerait une manière efficace de se débarrasser de la menace qu’ils représentaient. Cela aurait certainement convenu tout à fait à la plupart des nemaciens. Mais leur leader n’oubliait pas son serment. Ces militaires étaient des humains avant tout. Ils méritaient de vivre, ils devaient vivre.
Aussi le jeune homme donna-t-il l’ordre à ses camarades de se diriger vers l’entrée du village. Encore baignés dans l’excitation du combat, ils obtempérèrent sans discuter. Du courage, de la force, de la concentration et un bon brouillard de super-weed, voilà tout ce qui fut nécessaire pour repousser les volatiles zombies.
Les monstres planèrent encore quelques minutes au-dessus de Nemace, tentant parfois des percées dans les rangs serrés des survivants. Mais ils ne pouvaient pas les approcher sans être gravement perturbés, constituant alors des cibles faciles pour les combattants. Finalement, les quelques dizaines d’oiseaux restants semblèrent abandonner, et s’éloignèrent dans le ciel bleu avant de disparaître à l’horizon.
Il ne fallut pas bien longtemps ensuite pour se débarrasser de la trentaine de contaminés qui se relevaient après leur décès clinique. La super-weed n’avait pas encore fini de se consumer, et les blessés pas encore trépassés furent suffisamment enfumés pour effacer toute trace de Ghoulobacter de leur organisme.
Les nemaciens criaient leur joie. Une fois de plus, ils avaient réussi à survivre face à un danger sans précédent. Le génie de leur leader les avait sauvés, nombreux furent ceux à congratuler Jack pour cette idée géniale. A vrai dire, le mérite revenait surtout à Ray Sonnid et au Ghoul-Buster. C’était lui qui avait eu l’idée d’utiliser la super-weed comme une arme. Mais Jack avait eu le culot d’essayer, posant les bases d’une tactique qui aurait certainement une importance capitale dans l’avenir.

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Tistoulacasa 16/02/2010 10:15


Maintenant que j'ai rattrapé mon retard : la suite !