Chapitre 145 : la fin ?

Publié le par RoN

Jack sentit que tout cela allait échapper à son contrôle d’un instant à l’autre. Il fallait agir sur le champ, renverser la situation en la faveur des nemaciens. Comme les samouraïs d’antan, le jeune homme devait être déterminé, impétueux et téméraire. Un vrai guerrier ne discute pas avec ses ennemis : il leur tranche la tête.
Aussi, quand Hadida fit volte-face vers ses troupes pour leur ordonner d’attaquer, Jack bondit. Son katana jaillit de son fourreau dans un chuintement métallique, fusant vers la gorge du général. Mais celui-ci n’était pas d’importe qui.
Il se baissa en un éclair, sans même avoir pris la peine de se retourner. La lame lui frôla la nuque tandis qu’il s’aplatissait au sol. Sa jambe partit en arrière, effectuant un balayage d’une puissance redoutable, et faucha les pieds de Jack. Le jeune homme s’affala la tête la première, manquant de s’embrocher sur son propre sabre.
Tous deux se relevèrent en un instant et s’affrontèrent du regard.
« Qu’est-ce que tu espères, jeune impudent ? interrogea Hadida, une lueur d’amusement dans les yeux.
-    Je vais vous vaincre et prendre la tête de votre armée.
-    Oh, vraiment ? Et qu’est-ce qui te fait croire qu’ils t’obéiront ?
-    Je le vois sur leur visage. Ceux que vous appelez vos soldats ne vous aiment pas, ils n’ont pas confiance en vous. Ils doutent, ils n’ont qu’une envie : rejoindre ceux que vous voulez les forcer à affronter. N’est-ce pas vrai ? »
Il avait élevé la voix pour que toute la troupe de l’ARH puisse l’entendre. Beaucoup de soldates semblaient très tendues, en proie à des sentiments contradictoires. Jack savait qu’il avait visé juste. Ces gens obéissaient à Hadida, oui, mais aucunement par loyauté. Ils le craignaient, avaient peur de lui. Si on leur offrait la chance de changer de bord, ils n’hésiteraient pas bien longtemps.
« Venez avec nous ! les harangua-t-il. N’obéissez pas à ce fou ! Nous avons subi assez d’épreuves, suffisamment d’être humains sont morts ! Pourquoi nous entretuer, alors que nous pourrions coopérer ? »
Nombres de nemaciens approuvèrent ses paroles. Aucun d’eux ne souhaitait se battre. Mitch lui-même sortit du rang pour encourager ses anciens camarades à quitter l’ARH.
« Tais-toi, renégat ! lui cria Eldred Magnus. Les traîtres n’ont pas le droit à la parole !
-    C’est vous les traîtres ! répliqua le jeune homme. Comment pouvez-vous prétendre défendre la cause humaine, alors que vous vous apprêtez à tuer des dizaines de vos frères et sœurs ? »
Ses paroles eurent du poids. Mais Jack voyait bien la peur sur le visage des soldats. Leur regard ne quittait pas le général, attendant visiblement qu’il réplique. Ce dont il se garda, bien conscient que le jeune homme en face de lui n’attendait que l’occasion d’attaquer.
De toute manière, il savait que ses leçons étaient bien ancrées dans l’esprit de ses hommes. La désertion était un crime. Un crime passible de la peine capitale, immédiatement applicable. Si l’un des soldats sortait du rang, il serait exécuté sur le champ par les officiers, qui pour leur part étaient d’une loyauté inaltérable. Personne ne tomberait dans le piège tendu par ces cocos, il en était certain.
Jack s’en doutait également. Sa seule chance était de terrasser le général, de libérer ces gens de son emprise. Mais même sans arme, la garde d’Hadida était sans faille. Il ne faiblissait pas, ne reculait pas, ne faisait pas mine de saisir son revolver, alors qu’un katana était pointé juste sous son nez. Jamais Jack n’avait vu un homme d’une telle force morale, d’une telle détermination.
Tentant une feinte, le jeune homme soupira et fit mine de rengainer son sabre. Au dernier instant, il se rua sur le général en attaquant avec une vélocité extrême. Mais cela n’était pas assez rapide pour le soldat. Anticipant le déplacement de son adversaire, il avait foncé sur lui au moment même où Jack s’avançait, pénétrant instantanément sa garde. Son bras se tendit et bloqua la lame. Le coup l’entailla légèrement, mais le katana n’avait pas acquis assez de vitesse pour véritablement trancher.
Un exploit incroyable, digne des plus grands guerriers. Jack connaissait ce genre de tactique, exposée dans le Traité des Cinq Eléments. Lui-même s’y entraînait, mais cela nécessitait une clairvoyance et une rapidité d’exécution acquise avec des années de pratique. Attaquer précisément au moment où l’adversaire se lançait, et où sa garde se relâchait, tel est le meilleur moyen de vaincre un ennemi, de l’écraser par sa supériorité.
Jack se rendait maintenant compte que le général Hadida était un bien meilleur guerrier que lui. Mais hélas, bien trop tard. Le bras qui avait paré le coup de sabre s’enroula autour de l’épaule du jeune homme, alors qu’un genou fusait pour lui défoncer l’estomac. Hadida pivota autour de lui sans rompre le contact, enserrant la gorge et la nuque de Jack de son bras libre. Un coup de talon le força à plier les jambes, alors que son bras droit et sa tête étaient paralysés par la prise du général. Les muscles de l’homme se durcirent, comprimant les articulations et les artères de son adversaire.
Jack se mit à suffoquer, incapable de se débattre, comme si un serpent géant était en train de l’étouffer. En moins de cinq secondes, le combat avait été réglé. Nombre de nemaciens firent mine de se précipiter à sa rescousse, en particulier Aya et Gina, prêtes à tout pour sauver leur homme. Les soldats de l’ARH se tendirent aussitôt, prêts à libérer un torrent de feu. Hadida desserra son étreinte juste assez pour que Jack puisse prendre une inspiration.
« Bougez pas ! supplia-t-il ses camarades. Ils vont vous massacrer !
-    Exactement, confima Hadida. Alors maintenant, tout le monde dépose ses armes, ou je brise la nuque de votre chef. »
Il confirma ses dires en appuyant sa prise, empêchant totalement Jack de respirer. Mais malgré son teint bleuissant et ses jambes qui s’agitaient convulsivement, il parvint à secouer la tête pour signifier à ses compagnons de ne pas obtempérer.
« Alors quoi ? s’impatienta Hadida. Vous n’attaquez pas, mais refusez de vous rendre ? Faudrait vous décider… Non ? Alors j’ai autre chose à vous montrer. »
Il siffla entre ses dents, et trois de ses officiers s’engouffrèrent dans un véhicule. Ils en ressortirent quelques secondes plus tard, traînant des personnes bien connues des nemaciens. Marie, Mickie Moncle, Strychnine. Pas trace de Krayzos et ses putes. Ces derniers étaient pourtant bien présents, mais arboraient dorénavant les couleurs de l’ARH. Pour le moment, ils préféraient rester discrets.
Les prisonnières furent agenouillées à côté du général pour que les nemaciens puissent les observer à loisir. Mickie et Marie semblaient avoir été à peu près bien traitées. Leurs traits étaient tirés, leurs yeux rougis, mais pas de blessures apparentes. Strychnine, en revanche, était bien mal en point. Elle avait passé les deux derniers jours à hurler et à attaquer les soldats qui l’approchaient, récoltant en conséquence de sacrées corrections.
Hadida relâcha Jack, lui évitant de justesse la suffocation, avant de dégainer son revolver et de le braquer successivement sur la tête de chacun des prisonniers.
« Où… est… Saul ? articula péniblement le leader des nemaciens.
-    Laissé pour mort, répondit Eldred Magnus, qui tenait en joue les filles. Deux balles dans le bide.
-    Ce qui nous amène au deuxième point justifiant notre visite, continua son général. Je sais qu’un dénommé Kenji est parmi vous. Sors de là, le samouraï ! »
Un murmure parcourut l’assemblée. Le tueur de goule ne chercha pas à se cacher, et sortit du rang d’un pas sûr, sans une once de peur dans le regard.
« Maintenant ça suffit, déclara-t-il d’un ton glacial. Si c’est moi que vous voulez, je suis prêt à me livrer. Mais vous relâchez mes amis, vous laissez tous ces gens en paix.
-    T’es pas en position de négocier, enfoiré, décréta Magnus en se précipitant sur lui. Tu vas payer pour le meurtre de mon frère, tout comme ton pote. »
Les yeux de Kenji se pointèrent un instant sur cet importun. Ses doigts se refermèrent sur la poignée du Tenchûken, gracieusement prêté par Mitch. Dans cette situation désespérée, mieux valait confier les meilleures armes aux meilleurs guerriers.
Sans un bruit, le croissant d’acier mono-moléculaire s’envola. Eldred Magnus n’était plus qu’à deux pas de Kenji. Il ne l’atteignit jamais. Le Tenchûken regagna son fourreau ; il n’était sorti qu’une seule seconde, mais cela avait suffi. Le buste du soldat bascula en avant, entièrement tranché au niveau de l’abdomen. Ses tripes se répandirent à terre, du sang gicla en l’air, ses jambes restèrent debout quelques instants, privées de tout influx nerveux.
Tout le monde, Hadida compris, resta bouche bée devant ce spectacle atroce. Etonnamment, la première pensée qui traversa l’esprit de Kenji fut le soulagement de savoir que Faye n’avait pas assisté à ça.  Mais il revint vite à la réalité. Il ne reverrait sans doute plus jamais sa bien-aimée. D’ici quelques secondes, l’enfer allait déferler sur Nemace, emportant la majorité de ses camarades. Quel gaspillage. Ils avaient survécu à des milliers de goules, pour finalement se détruire entre survivants. Fataliste, Kenji accepta cette constatation sans grande émotion.
« Voilà ce qui va arriver à pas mal d’entre vous, déclara-t-il aux soldats de l’ARH en désignant le tas de chair qu’avait été Magnus. Oh, vous allez me tuer, oui, vous allez tuer la plupart d’entre nous. Mais ce sera une victoire à la Pyrrhus, comme on dit. Vous gagnerez, mais vous ne vous en remettrez pas. Je ne mourrai pas avant d’avoir découpé des dizaines d’entre vous. Vous allez voir vos compagnons mourir, vos amis se faire étriper, tout ça pour rien.
-    C’est toi, qui vas voir tes potes crever la gueule ouverte ! » répliqua Hadida.
Et il donna un violent coup de pied dans la nuque de Jack, qui s’étala face la première dans la poussière, avant d’armer le chien de son revolver. Kenji poussa un hurlement guerrier, dégaina ses sabres et se rua sur lui. Comme un seul homme, les nemaciens répondirent à son appel et s’élancèrent en avant.
Ainsi, après ces mois à survivre, à combattre pour protéger leur existence et leur avenir, leur épopée allait finir en bain de sang. Dans une seconde, le flingue d’Hadida cracherait le feu, donnant le signal à ses soldats. Une pluie de plomb s’abattrait sur les nemaciens, en tuerait probablement la moitié instantanément. Les autres lutteraient jusqu’à la fin, réduisant l’ARH à une poignée de survivants, qui seraient éradiqués par la première meute de goules rencontrée.
Ainsi, les derniers humains de ce pays allaient provoquer leur propre destruction.
Ainsi, tout était fini. 

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Tistoulacasa 16/02/2010 09:54


ah ah ah ah !!!! (rire maléfique)