Chapitre 144 : menace à Nemace

Publié le par RoN

« Maître ! appela le jeune Roland. C’est quoi, là bas ? »
Jack épongea la sueur qui perlait à son front, avant de se redresser et d’étirer son dos douloureux. Comme une trentaine d’autres personnes, il passait ce chaud après-midi d’été à travailler dans les cultures. Ils ne manquaient pas d’eau, et le fort ensoleillement dont ils bénéficiaient depuis quelques semaines permettait aux plantes de pousser rapidement. En conséquence, le temps nécessaire pour s’en occuper se faisait de plus en plus important. Mais personne ne s’en plaignait : tous étaient bien trop heureux de trouver des légumes frais dans leurs assiettes et d’avoir autant de super-weed qu’ils le désiraient.
Jack plissa les yeux et observa la direction indiquée par son disciple. La plaine du Fraquin s’étendait à perte de vue, le jeune homme n’y remarqua rien d’inhabituel. Il allait dire à Roland de cesser de rêver et de se remettre au boulot, quand le clocher du village se mit à sonner. Tout le monde suspendit aussitôt son travail et fit silence.
« Quelque chose approche ! beugla le voix d’Arvis Bronson du haut de la tour. Aux armes ! »
Jack soupira. Il était peut-être un peu prématuré de demander aux nemaciens de se préparer au combat. En général, les alertes signifiaient qu’une horde de goules allait les attaquer. Mais si tel était le cas, le garde posté en haut du clocher l’aurait annoncé. Le « quelque chose » qu’il avait repéré pouvait aussi bien être une bande de survivants, qui ne seraient sans doute pas ravis d’être accueillis par une armée de guerriers prêts à en découdre. Ou encore le groupe de Marie, parti quelques jours auparavant pour explorer le bunker de Krayzos.
Mais il imita ses camarades, et récupéra ses katanas avant de prendre position sur la route principale. Une chose était certaine : Roland avait de sacrés bons yeux. Jack dû attendre plusieurs minutes avant de distinguer ce que son disciple avait repéré depuis belle lurette. Et il admit que les instructions du veilleur n’étaient pas déplacées. Car quelle que soit la chose qui venait dans leur direction, elle était imposante.
Un épais nuage de poussière se soulevait en effet à quelques kilomètres. Jack sentit son cœur s’accélérer alors que ses compagnons s’interrogeaient d’une voix tendue. S’il s’agissait d’une meute, celle-ci devait être gigantesque, constituée de plusieurs centaines de goules. Et elle fonçait droit sur eux, bien qu’il soit difficilement possible que les humains aient été repérés de si loin.
« Ce ne sont pas des zombies, déclara cependant Roland. Ca se déplace trop vite.
-    Les évolués sont très rapides, objecta Béate.
-    Oui, mais regarde bien. La masse sombre, au centre. Elle reste assez immobile, elle ne grouille pas comme le feraient des goules. Je crois bien que ce sont…
-    … des véhicules, compléta Arvis, à bout de souffle après être descendu de la tour de guet et avoir rejoint ses équipiers. Une quinzaine. Des 4X4, des camions… »
Les nemaciens se détendirent un peu à cette annonce. Ils ne crachaient généralement pas sur un petit affrontement avec les zombies. Mais s’ils pouvaient s’en passer, ils s’en portaient d’autant mieux. Puisque les nouveaux arrivants étaient humains, tout comme eux, il n’y aurait pas de combat aujourd’hui.
Mais de son côté, Jack avait un mauvais pressentiment. Il demanda à tout le monde de rester en position, de ne pas reprendre le travail avant d’être certain qu’il n’y avait aucun danger. Une telle armada, roulant en plein jour qui plus est, devait forcément traîner derrière elle de nombreux monstres. Il n’imaginait pas que cette fois-ci, l’ennemi serait humain.
« Bon dieu, j’hallucine ! s’exclama Lloyd quand la file de machines fut à portée de vue. C’est un putain de tank ! »
En effet, le véhicule qui ouvrait la marche était un blindé lourd de l’armée. Peinture kaki, chenilles grinçantes, canon pivotant, mitrailleuse lourde… Un véritable équipement de guerre. Le tank était suivi de nombreux camions utilisés pour le transport de troupes ou de marchandises, tous aux couleurs militaires. Les véhicules s’arrêtèrent en couinant à quelques dizaines de mètres des premiers nemaciens, regroupés devant l’entrée du village.
Jack ne savait pas s’il devait se réjouir ou non. Il avait toujours eu des a priori vis-à-vis des soldats. De sombres crétins incapables de se servir de leur cerveau, dont le seul rôle est d’exécuter des instructions tels de véritables machines. Mais son séjour dans la base d’Adams lui avait fait reconsidérer la question. Le colonel Amagi avait été un exemple pour lui, un homme intelligent, un héros qui n’avait pas hésité à se sacrifier pour sauver un de ses semblables.
Mais d’un autre côté, Jack n’avait pas oublié l’histoire que lui avait raconté Kenji à propos de la soi-disant Armée du Renouveau Humain. Une bande de mercenaires cinglés et sans scrupule, qui prenait tout et tout le monde sans demander l’avis de personne, usant parfois de méthodes très critiquables pour mener à bien une mission d’éradication des goules à l’échelle du pays. Rien de bien encourageant.
Quand le chef des nouveaux arrivants s’extirpa de son blindé et que Jack entendit Kenji lâcher un juron dans son dos, il su que les problèmes allaient commencer. Le général étudia les nemaciens pendant quelques instants, sans une expression sur le visage. Il détailla leurs armes, observa les quelques humains qui traînaient encore dans le village accourir auprès de leurs camarades
« C’est le mec avec qui tu as « discuté » ? demanda discrètement Jack au tueur de goule.
-    Malheureusement oui. Un certain Balida, ou quelque chose comme ça…
-    Hadida, corrigea Faye à côté de lui. Décidemment, tu n’as vraiment pas la mémoire des noms… Ce type a juré de te faire la peau, tu pourrais au moins te souvenir de lui.
-    Et toi, tu vas me faire le plaisir de rentrer tes jolies petites fesses à la maison, chérie. Je ne sais vraiment pas ce qui va se passer, mais dans ton état, le meilleur endroit où tu puisses être, c’est à l’abri. »
Comme d’habitude, Faye tenta de protester. Elle devait cependant bien admettre qu’il était préférable qu’elle ne traîne pas ici. Elle pouvait combattre si cela était nécessaire, mais mieux valait éviter au maximum de perturber sa grossesse. Rien n’était plus précieux que les enfants, son rôle était avant tout ne protéger le sien. Aussi finit-elle par accepter de se retirer et alla se mettre à l’abri, emmenant la plupart des gosses avec elle et en profitant pour dire aux derniers nemaciens de se ramener en vitesse.
Curieux mais méfiants, les humains avaient adopté leur formation habituelle, celle qu’ils utilisaient quand il leur fallait affronter des goules : les combattants de corps-à-corps étaient placés au centre, les bretteurs en première ligne et les lanciers légèrement en arrière, tandis que les archers et tireurs se tenaient en retrait, entourant leurs camarades tel un croissant. De quoi bénéficier de l’efficacité maximale, chacun pouvant user au mieux de ses armes sans gêner ses coéquipiers.
Cela n’échappa pas au général Hadida, qui observa la troupe avec un regard amusé. Puis il claqua des doigts, et tous ses soldats débarquèrent comme un seul homme, formant trois rangées derrière leur commandant. En moins d’une minute, tous étaient en position, fusils armés, braqués sur les nemaciens, n’attendant que l’ordre de s’en servir.
Jack crut qu’Hadida allait prendre la parole. Mais le général n’en avait pas besoin. Le tableau qui s’étalait sous les yeux des nemaciens était bien pus éloquent que des mots. Le rapport de force n’aurait pas pu être plus inégal. Les troupes de l’ARH étaient au moins deux fois plus nombreuses, et beaucoup mieux équipées. Jack et ses camarades bénéficiaient d’une grande expérience dans les combats contre les goules. Ils savaient se servir de leurs armes et s’organiser pour lutter efficacement face aux zombies. Mais leurs sabres ne pourraient pas faire grand-chose contre des fusils maniés par des êtres intelligents. Si l’affrontement devait éclater, l’issue en serait évidente.
Jack le savait, Hadida savait qu’il le savait, et le jeune homme savait que le général savait qu’il savait. Aussi décida-t-il de jouer cartes sur table. Il leva les bras en signe de paix et s’avança à la rencontre du commandant.
« Je sais qui vous êtes, et ce que vous voulez, annonça-t-il en faisant de son mieux pour paraître sûr de lui.
-    Très bien, répondit Hadida. Dans ce cas, nous allons gagner du temps. Ordonnez à vos amis de déposer leurs armes et de s’écarter. Etablissez une liste de tout votre matériel. Chacun doit se présenter à mes officiers, pour identification en vue de leur incorporation.
-    Non.
-    Je vous demande pardon ? Quelque chose manquait de clarté ?
-    Pas du tout. Mais je refuse de vous obéir. De toute façon, ces gens ne m’écouteraient pas. Personne ne commande personne, ici.
-    Dans ce cas, je vais parler à tout le monde. »
D’une voix forte et éloquente, le général Hadida annonça aux nemaciens que dorénavant, ils faisaient partie de l’Armée du Renouveau Humain. Comme tous les êtres humains de ce pays, ils allaient participer à la lutte contre l’envahisseur goule.
« J’imagine que vous savez tous vous battre, observa le général. C’est très bien. Nous avons besoin de combattants. Mais aussi de toutes les personnes qui disposent de compétences utiles : médecine, mécanique, électronique… Tout cela sera mis à contribution dans la guerre qui nous oppose à l’envahisseur zombie. »
Le discours d’Hadida était cordial, dépourvu de toute agressivité. Mais les nemaciens n’appréciaient pas vraiment son ton autoritaire, ni les deux cent soldats qui les tenaient en joue, immobiles et concentrés. Ils n’avaient pas besoin que le général leur explique ce qui se passerait s’ils refusaient.
Certains semblaient impressionnés, voire apeurés. Pourtant, aucun ne fit mine d’obtempérer. Ils étaient en situation de survie depuis bien trop longtemps. Face à une menace, jamais ils n’auraient commis la sottise de déposer leurs armes et de se soumettre. Quelques-uns manifestaient clairement l’envie de dire à ces militaires d’aller se faire foutre. S’ils avaient parcouru des milliers de kilomètres, affronté des hordes de monstres sanguinaires, passé des semaines à la recherche d’un coin tranquille où ils pourraient vivre paisiblement, ce n’était pas pour repartir sur les routes au bout d’un mois.
Des murmures, puis des cris de refus s’élevèrent de la foule. Non, ils n’obéiraient pas. Ils ne voulaient plus se battre, ils refusaient de continuer à survivre. Ce qu’ils voulaient, c’était vivre, tout simplement, avoir une chance de se reconstruire. Leur confiance augmenta progressivement, chacun levant le point et gueulant à ces militaires de rebrousser chemin, de les laisser en paix.
« Le peuple a parlé, conclut Jack, haussant les épaules en signe d’impuissance. Nous ne sommes pas intéressés par votre offre. »
Visiblement, le général Hadida était quelque peu décontenancé. Il n’imaginait pas que ces survivants pourraient faire preuve d’une telle détermination, même face à un ennemi deux fois plus nombreux.
« Réfléchissez un peu ! exhorta-t-il le leader des nemaciens. Vous voulez vraiment que tout ça finisse en un bain de sang ?
-    Allons, inutile de continuer à bluffer. Vous n’allez pas déclencher une guerre.
-    Nous sommes en guerre ! Contre une armée de millions de créatures assoiffées de sang. Vous êtes des civils, vous devez obéir aux ordres militaires !
-    Nous n’obéissons jamais. Ce mot ne fait plus partie de notre vocabulaire.
-    Alors vous allez mourir. Vous allez vous faire exterminer jusqu’à ce que les survivants se soumettent.
-    Si nous devons nous affronter, personne n’en sortira indemne. Vos troupes gagneront peut-être, mais vous allez connaître des pertes immenses. Vous en sortirez plus affaiblis que jamais.
-    Eh bien, c’est ce que nous verrons… »

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Bigdool 13/02/2010 15:34


Super titre xD

Je parie qu'une meute de goule va s'incruster durant cette future bataille :p


RoN 13/02/2010 17:45


Ehe, ce n'est pas très loin de la vérité... réponse demain ^^