Chapitre 143 : de graves ennuis...

Publié le par RoN

Quand Saul Gook comprit à qui appartenaient ces véhicules blindés et lourdement armés, il était déjà trop tard, bien trop tard. Il lutta contre la panique qui s’insinuait dans son corps, essayant de réfléchir aux possibilités qui s’offraient à lui et ses amis. Il ne lui fallut que quelques secondes pour réaliser qu’ils n’avaient aucune échappatoire.
Ils pouvaient prendre la fuite immédiatement, sauter dans leur bus et mettre les gaz avant que les militaires ne les aient rejoints. Mais Saul ne pouvait se résoudre à abandonner Strychnine, restée à l’intérieur du bunker. De toute manière, ils ne seraient pas allés bien loin avant d’être rattrapés par l’ARH.
Se terrer dans l’abri, dans ce cas ? Barricader les portes, empêcher les militaires de les capturer. A quoi bon ? Ils finiraient sans doute par réussir à entrer. Ou bien les nemaciens enverraient des secours, et se feraient chopper à leur place.
Le souvenir que Saul gardait de sa première rencontre avec l’ARH était très net. Il se rappelait parfaitement de ce que les soldats Crane et Portman avaient raconté : les enrôlements forcés, les pillages, les exécutions… Impossible de résister à cette armée cruelle. Dorénavant, l’important était de protéger Nemace. Si les militaires découvraient la communauté, c’en serait fini de leur vie paisible.
« Ne bougez pas, ordonna-t-il aux femmes. Ne dites rien. Je m’occupe de négocier. »
Il espérait seulement en avoir l’occasion. Car quand le chef de ces troupes sortit de son tank et le dévisagea avec une lueur d’étonnement dans le regard, il su que ses chances de survie étaient très limitées. D’ici quelques minutes, il ne serait peut-être plus qu’un cadavre pourrissant sous le soleil.
Le général Hadida descendit de son blindé, suivi de quelques hommes. L’un d’eux écarquilla les yeux en apercevant Saul, avant d’esquisser une grimace rageuse.
« Je le connais, cet enculé ! cria-t-il. C’est lui qui a buté mon frangin !
-    Je sais… se contenta de répondre Hadida.
-    Bordel, je vais lui faire la peau ! »
Et il s’élança vers Saul sans même attendre sa réponse. La main de celui-ci descendit vers son katana, ce qui n’échappa pas au général.
« Arrête-toi ! ordonna-t-il à son soldat. Ne t’approche pas de cet homme !
-    Mais il a tué Bill ! Et trente autres gars ! Laisse-moi lui régler son compte !
-    Inutile de me rappeler tout ça, Eldred Magnus. Ton frère était un de mes meilleurs amis, sa perte a été un véritable désastre.
-    Alors ce bâtard doit payer !
-    En effet. Mais si tu t’approches, il te tuera avant que tu n’aies pu faire un geste. »
Sacrée clairvoyance de la part du général. Saul avait l’air parfaitement détendu, droit sur ses pieds et le visage serein, mais il ne fallait pas s’y tromper. Ses doigts étaient fermement serrés sur la poignée de son sabre, ses muscles prêts à se tendre à la moindre impulsion. Son instinct meurtrier exhalait de tous les pores de sa peau. Oui, il était prêt. Il savait que sa vie ne tenait qu’à un fil, mais était déterminé à vendre chèrement sa peau. L’ennemi n’avait qu’à faire un pas dans son périmètre, sa tête serait instantanément tranchée.
Eldred protesta, pesta. Il ne désirait qu’une seule chose : démonter la gueule à l’enfoiré qui avait coupé en deux son frère, le colonel Bill Magnus. Mais le général ne l’entendait pas de cette oreille. Ses officiers étaient trop précieux, il ne pouvait pas courir le risque de les perdre. Et dans l’état de rage où se trouvait Eldred, il ne serait d’aucune efficacité au combat. Le subordonné faillit bien outrepasser ses ordres et se ruer tout de même sur Saul. Mais un revolver apparut dans la main du général, et il n’eut pas besoin de répéter ses instructions pour que le soldat recule.
Il ordonna à ses hommes de surveiller étroitement les femmes, avant de se tourner ver Saul et de lui sourire. L’armurier se détendit un peu, convaincu qu’Hadida allait ouvrir le dialogue. Mais ses seules paroles furent deux coups de feu qui résonnèrent dans la plaine du Fraquin.
Saul regarda le canon fumant de l’arme sans comprendre, avant de baisser les yeux vers son propre ventre. Deux trous béants dans sa chemise, deux roses de sang s’épanouissant lentement. Ses jambes cédèrent sous lui, et il s’écroula dans la poussière en criant de douleur.
Marie voulut se précipiter à son secours. Un croc-en-jambe la fit s’étaler au sol, et un soldat planta son genou entre ses omoplates tout en lui pressant le canon de son fusil sur la nuque. Les femmes hurlèrent de terreur, supplièrent, implorèrent pour qu’on leur laisse la vie sauve.
Hadida n’avait aucune intention de les tuer, ce qu’il leur expliqua calmement. Il n’avait pas tué Gook gratuitement, mais s’était contenter de le châtier pour ses crimes.
« Ce fils de pute respire encore ! annonça Eldred en observant Saul gargouiller, se tordre de douleur. Je l’achève ?
-    Non, laisse-le agoniser. Ca prendra des heures, il souffrira bien plus que si tu lui avait cassé la gueule.
-    Salop ! cracha Mickie Moncle. Putain de psychopathe !
-    Non, chère demoiselle, je ne suis qu’un soldat. Je fais ce que je dois faire pour maintenir l’ordre et la justice. Soit, il m‘arrive d’employer des moyens radicaux quand cela est nécessaire. Ce que vous allez peut-être expérimenter par vous-même, si vous ne répondez pas à mes questions.
-    Vous pouvez crever ! souffla Marie malgré la douleur.
-    Allons, ce que je vous demande est simple. La dernière fois, ce type était accompagné de deux autres gars. L’un s’appelle Kenji. Où sont-ils ? »
Silence de la part de ses prisonnières. Mais les deux compagnes de Krayzos se jetèrent un regard assez éloquent. Ce qui fit sourire le général.
« Très bien, je vois que vous le connaissez, se réjouit-il. Pas la peine de nier, je sais quand les gens me mentent. Alors, où puis-je trouver Kenji ?
-    Dans ton cul ! glapit Marie.
-    C’est peu probable. Mais dans cet abri, peut-être ? Autant aller voir par moi-même. »
Ce qu’il entreprit, escorté d’une dizaine de soldats, tandis que les prisonnières restaient sous bonne garde. Désespérée de voir Saul se vider de son sang, Marie et Mickie tentèrent de parlementer, de convaincre les militaires de les laisser soigner leur ami. Elles se firent ignorer superbement. Quand elles insistèrent, élevant la voix, elles reçurent cette fois-ci une bonne paire de claques chacune.
« Si vous ne pouvez pas la fermer, je vous brise la mâchoire ! » prévint le maton chargé de leur surveillance, faisant mine de les frapper avec la crosse de son arme.
Dans quel merdier étaient-ils donc tombés ? Mickie et Marie se contentèrent de ruminer leur rage en fusillant les militaires du regard, ce dont ces derniers n’avaient strictement rien à faire. Seules quelques soldates semblaient déplorer la situation, mais se gardaient bien de faire la moindre remarque.
Hadida et ses hommes ne tardèrent pas à ressortir du refuge, traînant une Strychnine sévèrement amochée. Elle semblait hébétée, peut-être commotionnée, respirant difficilement et du sang dégoulinant de son crâne. Quand elle aperçut le corps de Saul, se tortillant encore au sol en pressant ses mains poisseuses sur ses blessures, elle se mit à hurler et à se débattre pour rejoindre son amoureux. Parfaitement insensibles, les soldats la plaquèrent au sol et l’immobilisèrent, tandis que le général s’entretenait avec le président Krayzos.
Celui-ci semblait également amoché, mais pas pour les mêmes raisons. Il avait l’air parfaitement heureux de rencontrer Hadida et son armée, et bénéficia de soins et de la plus grande attention. Difficile de savoir ce que pensait réellement le général. Le respect dont il gratifiait son président était-il sincère, ou bien se jouait-il de lui, l’utilisant pour obtenir les informations qu’il désirait ? Krayzos ne se posait pas la question, considérant que les militaires étaient à son service, comme avant le grand chaos. Il approuva et félicita le général quand celui-ci lui expliqua quel était le rôle de l’ARH, ne lui fit aucun reproche quant à la façon dont étaient traités les prisonniers.
Krayzos fournit à Hadida tous les renseignements dont il avait besoin. Il lui révéla la position de Nemace sans une hésitation, lui expliqua la façon dont fonctionnait la communauté, qui en était le chef, à combien de gens s’élevait la population et de quelles armes ils disposaient.
« Est-ce qu’un dénommé Kenji vit là-bas ? interrogea Hadida.
-    Absolument. Il est arrivé en dernier, avec un petit groupe. Tout le monde dit que c’est le meilleur guerrier du pays.
-    Ce n’est pas impossible, en effet. Je vous remercie, monsieur le président. Une dernière chose : savez-vous vous servir d’un fusil ?
-    Euh… non, pas vraiment.
-    Alors vous apprendrez.
-    Que voulez-vous dire ? Je suis chef d’état, je n’ai pas à me mêler des combats…
-    Dans l’Armée du Renouveau Humain, chaque homme a son utilité. Nous n’avons pas besoin de discours ou de politique. Nous avons besoin de combattants, de personnes capables de loger une balle dans la tête d’une goule. Si vous n’en êtes pas capable, vous ne nous servez à rien. »
Et son revolver se braqua sur la tête de Krayzos, qui hoqueta de stupeur. Comment ce crétin de soldat osait-il menacer son propre président ? C’était inadmissible, indigne. Un militaire devait respect et obéissance au chef de l’état.
Mais il se garda bien de ce genre d’objection. Ce qu’il voyait dans les yeux d’Hadida, c’était du mépris et pas la moindre considération pour celui qui avait un jour été en haut de l’échelle. Aujourd’hui, il n’était plus qu’un humain comme les autres. Que cela lui plaise ou non, il allait devoir se salir les mains, participer à la guerre. Le général était déterminé à se débarrasser de lui s’il n’avait pas l’intention de devenir un membre de l’ARH, ça ne faisait aucun doute.
Aussi Krayzos baissa-t-il la tête, se soumettant sans condition. Satisfait, Hadida sourit avant de ranger son flingue. Ah, ce que cela lui faisait plaisir d’inverser la donne, de mettre ces salopards de politicards au même niveau que la plèbe. C’était tout ce qu’ils méritaient. Et il comptait bien réserver un traitement  spécial à l’ancien président. Les basses besognes, les travaux ingrats, il allait en bouffer, ça oui.
« Il n’y a rien de bien intéressant, dans ce bunker, l’informa un de ses hommes. La plupart des provisions et des appareils utiles ont été chargés dans le bus des prisonniers. Pas d’armes.
-    Aucune importance. Bientôt, on disposera d’une centaine de combattants de plus. Aller, on n’a plus rien à faire ici. Prochain objectif : Nemace. »
Les prisonnières hurlèrent leur rage et leur désespoir tandis qu’on les faisait monter de force dans les véhicules blindés. Un des soldats se mit au volant du bus des nemaciens, et le général Hadida grimpa dans son tank en jetant un dernier regard à un Saul Gook agonisant.
Décidément, cette journée avait été bien plus intéressante qu’il ne l’aurait cru. Et les jours suivants promettaient de l’être encore davantage…

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Tistoulacasa 16/02/2010 09:42


Tu vas arrêter de torturer tes persos !! lol
Sinon, tu te rends compte que si tu es traduit un jour, cette page comportera le titre kill bill dans un des dialogues...