Chapitre 139 : le traitement

Publié le par RoN

« Il faut que vous lisiez ça » décréta Jack.
Il avait été un des premiers à dévorer le nouveau chapitre des aventures du Ghoul-Buster, et après avoir demandé à Ray l’autorisation de lui emprunter sa bande-dessinée, avait convié Marie et Samuel à une petite réunion entre scientifiques. Comme on pouvait s’y attendre, Jack avait adoré les nouvelles péripéties du super-héros. Mais les quelques planches qui racontaient l’impressionnant sauvetage de cette famille en détresse offraient plus qu’un divertissement. Ghoul-Buster restait de la fiction, ce qui n’empêchait pas ce nouvel épisode de donner au jeune homme des idées très intéressantes.
« C’est génial, comme d’habitude, commenta Marie en souriant. Mais qu’est-ce que c’est sensé nous apporter ?
-    C’est l’utilisation de la super-weed en tant qu’arme, peut-être ? avança Samuel. C’est plutôt tentant, en effet. Mais il faut être réaliste, je ne pense pas que ça puisse avoir une telle efficacité sur les zombies… »
Jack était plutôt de son avis, même si les « Buster-grenades » restaient un fantasme très attractif. Il fallait garder cette idée à l’esprit, peut-être effectuer quelques tests pour voir ce que cela pouvait donner. Penser que la super-weed puisse avoir l’effet d’un acide sur les goules était un peu gros, mais cela pouvait tout de même montrer un certain intérêt, en agissant comme un répulsif, par exemple.
Cependant, ce n’était pas ça qui avait particulièrement attiré l’attention de Jack. Non, ce qui l’intéressait était la deuxième partie du récit, quand le Ghoul-Buster utilisait une de ses inventions pour domestiquer et prendre le contrôle des goules.
« Mais c’est de la science-fiction pure ! objecta Marie. Des nano-machines, tu te rends compte ? Ce genre de technologie n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Aucune chance qu’on puisse voir ça un jour…
-    Je sais bien, répondit Jack patiemment. Mais le Ghoul-Buster n’injecte pas seulement les nano-machines. Le point important, c’est la fonction de la super-weed.
-    On en a déjà discuté. Vraisemblablement, l’injection de super-weed dans un infecté provoquerait sa mort.
-    Pas nécessairement. Si on lui donne des doses massives, je suis d’accord, mais si on se contente d’administrer la drogue dans un endroit précis, et à petites doses, on pourrait obtenir des résultats différents, vous ne croyez pas ? »
Marie et Samuel restaient dubitatifs. Ils demandèrent à leur ami de plus amples explications. Celui-ci se décida à tout balancer sans les faire lambiner plus longtemps.
« Le cerveau, expliqua-t-il. Ce qui nous intéresse, c’est le cerveau. Si on se contente de détruire la Ghoulobacter présente dans le centre nerveux, en laissant le reste du corps intact, on ne provoquerait pas la mort de la goule. Du moins, j’espère.
-    Et qu’espères-tu obtenir dans ce cas ? interrogea Samuel.
-    Ca, je n’en sais rien.
-    Allons, ne joue pas à ça avec moi. Tu es un scientifique, tu élabore forcément des hypothèses, tu dois avoir une idée de ce à quoi on peut s’attendre. »
C’était bien le cas. Mais Jack ne savait pas s’il devait trop s’avancer. Samuel comprenait bien que l’expérience que son ami proposait là était destinée à Lydia. Le médecin était désespéré par l’état de sa femme, qui devenait chaque jour de plus en plus semblable aux goules qui infestaient ce pays. Sa paralysie avait presque complètement disparu, et ils s’attendaient à ce qu’elle se mette à attaquer les humains à tout moment. Ce qui signifierait qu’il faudrait l’abattre.
Aussi, Samuel avait besoin de tout, sauf de faux espoirs. Jack se décida néanmoins à lui annoncer ce qu’il espérait.
« Je pense qu’on pourrait supprimer le contrôle exercé par la bactérie, annonça-t-il. Et dans le meilleur des cas – mais ça ne reste qu’une folle hypothèse – rendre sa conscience à ta femme. Et par extension, à toutes les goules. »
Ses deux amis restèrent silencieux, réfléchissant intensément. Ce qu’avançait Jack était-il réellement possible ? Quels étaient les risques ? Comment procéderaient-ils au juste ? Le jeune homme avait déjà pensé à tout ça.
« Je ne vais rien te cacher, Sam, annonça-t-il. J’ai beau être optimiste, il y a quand-même une possibilité que ça tue Lydia… ou que ça ne donne rien du tout.
-    Mais si on ne fait rien, elle deviendra un monstre… murmura Samuel.
-    Attendez, les mecs, ça ne peut pas marcher, décréta Marie. Même en injectant le produit directement dans le cerveau, la super-weed va passer dans le reste du corps et s’attaquer à tout l’organisme…
-    Pas forcément, objecta Jack. Dans le cas de jeunes infectés, oui, tu as raison, puisque la circulation sanguine perdure. Mais avec des évolués, c’est différent. Les mouvements de la visque sont minimes, si le sujet reste immobile. Je pense que le produit restera dans la tête. Et de toute manière, on peut commencer par petite dose, rien qui puisse endommager l’organisme en entier.
-    Ah ouais ? Et comment tu vas les calculer, ces doses ? »
Là, elle venait de le coller. Jack n’en avait pas la moindre idée. Quoi qu’il en dise, il faudrait y aller au hasard. A condition bien-sûr qu’ils se décident à tenter le coup.
« On n’en sait pas assez, déclara Marie. Il faudrait savoir précisément comment fonctionne le cerveau des goules, comment il est approvisionné en nutriments, comment agit la super-weed exactement… Sans parler du fait d’injecter la substance n’importe où, comme des bourrins. Il faudrait connaître l’endroit précis responsable de la prise du contrôle par la Ghoulobacter…
-    Il y avait des clichés microscopiques du cerveau des goules, dans les recherches du docteur Church. Et pas mal de données histologiques… Si on pouvait trouver de l’électricité pour faire marcher le PC, ça nous permettrait d’étudier tout ça…
-    Ce ne sera pas la peine, dit Samuel en serrant les poings. Je veux qu’on essaie. La meilleure manière d’en savoir plus, c’est de faire l’expérience.
-    Attends mec, t’es sérieux ? C’est vraiment dangereux, de se lancer à l’aveuglette comme ça…
-    Tu crois que je ne le sais pas ? Mais il faut agir, on n’a pas le choix. Ce matin… ce matin, Lydia a essayé de m’attaquer. Enfin, je crois. Elle a commencé par me mordiller le cou. Je l’ai repoussée, mais elle s’est montrée assez… insistante. Elle a fini par se calmer, mais j’ai peur qu’elle franchisse le pas… Il faut qu’on essaie de la sauver avant qu’il ne soit trop tard. »
Jack et Marie le sondèrent du regard, essayant de déterminer si Samuel avait réellement pesé le poids de sa déclaration. Le jeune homme semblait résolu. De toute manière, il devait se rendre à l’évidence. La créature qu’il gardait chez lui n’était pas sa femme. Ce n’était qu’un monstre sans conscience, sans souvenir, qui n’avait de Lydia que l’apparence physique. Et encore, puisque elle se transformait chaque jour un peu plus. Son épouse était perdue. S’il existait une chance de la retrouver, il fallait essayer. Et si cette tentative échouait, cela aurait au moins l’avantage de lui apporter enfin le repos qu’elle méritait.
Au final, c’était uniquement à Samuel que revenait ce choix. Puisqu’il était décidé, ses amis ne pouvaient qu’obtempérer. Ils se lancèrent donc. Malgré sa réticence, Marie admit qu’ils n’avaient rien à perdre, et les aida à amener Lydia à l’infirmerie et à la ligoter solidement. La femme-goule se montra parfaitement docile. Ils n’eurent aucun mal à l’immobiliser, allongée sur le ventre et la tête fermement attachée pour ne lui permettre aucun mouvement. Jack fit infuser de la super-weed dans de l’eau stérile, une dose équivalente à un joint à peu près. Puis il en préleva un quart à l’aide d’une seringue. Pas plus, pour commencer.
Samuel insista pour pratiquer lui-même l’intervention. Si cela devait tuer sa femme, ou la créature qu’elle était devenue, il voulait en prendre la responsabilité. Ce qui n’enlevait pas le poids des épaules de Jack. Après tout, c’était lui qui avait proposé cette idée folle. Mais ils ne reculèrent pas.
Samuel pratiqua une petite incision dans la peau du crâne de Lydia. Ils avaient décidé d’injecter la drogue du côté gauche, celui qui avait été endommagé par l’AVC. Aucun d’eux ne s’y connaissait en neurochirurgie, mieux valait s’attaquer à une zone ayant déjà subi des dégâts. Le médecin utilisa ensuite un petit foret pour creuser un trou dans la boîte crânienne de sa femme. Cette fois, celle-ci tenta de se débattre, manifestant de la douleur ou en tout cas un désaccord certain. Samuel refoula sa compassion, se força à continuer l’intervention, tandis que ses assistants maintenaient Lydia de leur mieux.
Puis vint le moment tant attendu. Le médecin s’empara de la seringue, inspira profondément et assura une dernière fois à sa femme qu’il l’aimait de tout son cœur. Avant d’insérer l’aiguille dans sa matière grise, et d’y injecter la drogue.
Les scientifiques ne savaient pas à quoi s’attendre, et sursautèrent quand le corps de Lydia se raidit d’un coup. Il resta contracté durant quelques secondes, ses muscles agités de spasmes, puis s’affaissa brutalement. Jack, Marie et Samuel retinrent leur souffle. Le médecin posa ses outils et vint s’agenouiller devant le visage de sa femme. Ses traits étaient détendus, sereins, sa bouche entrouverte et ses paupières closes.
Plusieurs minutes passèrent. Samuel parlait doucement à Lydia, lui caressait les joues, lui demandait de l’excuser. Des larmes coulaient sur ses joues. Car visiblement, le pire des résultats était arrivé. La femme-goule restait immobile, morte pour de bon.
« Je suis désolé… murmura Jack en posant sa main sur l’épaule de son ami.
-    Tu n’as pas à l’être… lui répondit Samuel après avoir reniflé. C’était la seule chance, et ton idée tenait la route. On ne peut pas soigner les infectés… »
Cruelle désillusion. Le leader des nemaciens n’était pas aussi triste que son ami, mais sa déception était immense. Ainsi, tout s‘arrêtait là ? L’espoir de mettre au point un traitement resterait-il à tout jamais un fantasme ? Il semblait bien que oui.
Mais à cet instant, les doigts de Lydia s’agitèrent. Ses jambes remuèrent, sa langue passa sur ses lèvres. Et ses paupières s’ouvrirent. Son regard restait dans le vague, elle essaya de tourner la tête pour distinguer ce qui l’entourait. Etant dans l’impossibilité de bouger, elle lâcha un grognement. Puis ses yeux se fixèrent sur celui qui avait été son mari. Elle le sonda quelques instants, tiqua. Cette attitude était bien différente de celle des goules normales. Ce qui s’ensuivit encore plus.
Ses traits s’étirèrent, se déformèrent. Samuel ne pouvait y croire. C’était un spectacle qu’il n’avait jamais vu auparavant sur le visage des zombies. Car il avait bien l’impression que des émotions se dessinaient dans les lèvres de Lydia, dans les plis sur son front. Quand des larmes se mirent à perler au coin de ses yeux, il en fut certain.
« Sa… Sa-mu-el ? » articula finalement la jeune femme.

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Tistoulacasa 15/02/2010 16:35


un remède ?!!!