Chapitre 133 : trahison

Publié le par RoN

Aya et Jack passèrent plus de douze heures seul à seul, enfermés dans la chambre que le leader s’était octroyé, se noyant dans le bonheur d’être enfin réunis. Quel plaisir que d’oublier un peu ce pays dévasté, les monstres qui le hantaient, les épreuves qu’ils avaient traversées et celles qui les attendaient encore. Pendant quelques heures, leur univers se restreignit à cette petite pièce, à leur passion, à leurs larmes de joie de se retrouver l’un l’autre. Ils firent l’amour de nombreuses fois, dormirent un peu, pleurèrent, parlèrent.
Jack n’essaya pas de l’interroger sur ce qu’elle avait enduré lors de sa captivité. Mais Aya ne chercha pas à éviter le sujet, et fit de son mieux pour lui dépeindre la relation étrange et complexe qu’elle avait entretenue avec Vicious. Comment son tortionnaire était devenu son ami, de quelle façon elle avait réussi à le faire changer, du moins l’avait-elle cru.
De son côté, Jack lui présenta des excuses pour s’être réfugié dans les bras de Gina. Il avait cru qu’Aya était perdue à jamais, avait cherché un moyen d’atténuer sa propre souffrance. Mais de toute manière, sa petite amie ne lui reprochait rien. Au début, elle avait bien évidemment été en colère. Avant d’apprendre à connaître l’institutrice, de devenir son amie, de partager avec elle des moments de tendresse et de sensualité. Et en tant que philosophe, elle ne pouvait que comprendre les actes de Jack.
Tous ces soucis étaient maintenant derrière eux, ils n’avaient plus qu’à savourer leurs douces retrouvailles. Malheureusement, celles-ci n’allaient pas tarder à sérieusement tourner au vinaigre…
Quand la faim les fit finalement sortir de leur antre, ils allèrent au réfectoire se restaurer un peu. Rien de tel qu’un bon repas et quelques joints après l’amour. Presque tous les nemaciens étaient couchés, cuvant leur alcool et comatant après les dizaines de grammes de super-weed qui étaient partis en fumée durant la fête. Seuls quelques-uns veillaient, soit pour monter la garde, soit parce qu’ils n’étaient pas encore parvenus à retrouver un rythme journalier normal.
L’une des rares personnes présentes dans la salle commune était le président Krayzos. Celui-ci avait pris l’habitude de rester seul autant que possible, n’appréciant pas particulièrement les regards dédaigneux ou moqueurs de ses concitoyens. Qu’importe, il disposait d’un bon stock de drogue, ce qui suffisait à attirer à lui certaines des jolies filles qui avaient déjà passé de nombreux mois en sa compagnie. Il les tenait par leur dépendance, tel un misérable dealer et proxénète. Attitude véritablement méprisable, mais qui lui donnait un minimum de pouvoir, au moins sur quelques personnes. Un jour ou l’autre, il faudrait songer à régler ce problème.
Quoi qu’il en soit, l’ex-président était assis en compagnie de deux de ses putes, picorant quelques restes de gâteaux apéritifs. Eperdue d’amour et de bonheur, Aya ne remarqua pas immédiatement à qui elle avait affaire, sans quoi elle se serait tirée bien vite. Alors qu’elle et Jack commençaient à manger dans la bonne humeur, Krayzos vint s’asseoir à côté d’eux et se mit à dévisager la jeune femme. Celle-ci sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Il fallait qu’elle se barre d’ici, et vite. Mais il était déjà trop tard.
« Je vous connais… déclara le président.
-    Vous faites ce coup là à tout le monde ? l’interrogea Jack, sarcastique.
-    Je suis sérieux. Oui, je vous connais, jeune fille. Vous êtes Aya Mayool, n’est-ce pas ? La philosophe… Ca me revient, maintenant. Vous étiez la petite amie de ce jeune homme… Redfield, c’est bien ça ? dit-il en se tournant vers Jack. Avant l’épidémie, vous étiez un trafiquant de drogue. Vous cultiviez et revendiez des stupéfiants génétiquement modifiés. Un satané dealer, qu’on a bien failli réussir à coincer… »
L’intéressé en resta bouche bée. Comment Krayzos pouvait-il être au courant de ce genre de trucs ? La majorité des nemaciens ignoraient son nom de famille, une habitude qu’il avait gardée du temps où il menait des activités illégales et s’évertuait à rester le plus discret possible. Mais pas suffisamment, comme venait de le prouver le président.
Ces informations pouvaient peut-être lui avoir été données par un de ses amis proches, mais il en doutait franchement. Lors de leur première rencontre, Krayzos affirmait déjà que son visage ne lui était pas inconnu. Visiblement, il savait déjà des choses sur Jack avant le début de l’épidémie. Comment cela était-il possible ? Et comment se faisait-il qu’il connaisse également Aya, qui venait d’arriver dans la communauté ?
« Expliquez-vous, ordonna le jeune homme.
-    Laisse tomber, Jack, dit Aya en se levant. Ce cinglé est complètement défoncé, ça crève les yeux. »
Mais son petit ami voyait bien qu’elle était troublée, que la panique brillait dans ses yeux. De son côté, Krayzos jubilait.
« Apparemment, il y a des choses que vous ignorez sur cette jolie demoiselle, annonça-t-il en souriant de toutes ces dents. Oh, ça va être intéressant…
-    Arrêtez vos conneries ! s’écria Aya. Vous ne m’avez jamais vue !
-    Pas face à face, non, mais j’ai déjà vu votre photo. Je n’oublierais pas un aussi beau visage, ça c’est sûr. Ce n’est pas tous les jours qu’on a un agent double aussi séduisant… Alors, c’est vous qui parlez, ou c’est moi ? »
Aya resta silencieuse, blanche comme un linge. Son passé la rattrapait, des souvenirs honteux qu’elle aurait voulu effacer de sa mémoire. Elle aurait aimé s’enfuir, disparaître dans un trou de souris. Mais ça n’aurait servi à rien.
« Agent double ? balbutia Jack. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
-    Voyez-vous, mademoiselle Mayool n’est  pas celle que vous croyez, continua Krayzos. C’était une des nombreuses employées du ministère de l’intérieur, chargée d’infiltrer les groupes que l’on soupçonnait d’activités illégales. Une indic’, comme on dit dans le jargon.
-    Foutaises ! cria Aya, mais son regard disait tout le contraire.
-    Allons, inutile de continuer cette mascarade. Tout ça est fini depuis bien longtemps. Avouez donc, ce sera plus facile. Non ? Alors je continue. On avait depuis longtemps des soupçons à votre égard, monsieur Redfield. Nous savions qui vous étiez et ce que vous faisiez. Mais nous n’avions aucune preuve tangible, rien qui puisse convaincre un tribunal. Alors on a envoyé cette charmante demoiselle. Sa mission était de vous séduire, de vous ensorceler jusqu’à ce que vous la conduisiez là où vous fabriquiez votre drogue. De prendre quelques photos, d’obtenir quelques pièces à conviction. Et là, on vous serait tombé dessus…
-    Vous inventez n’importe quoi ! répliqua Aya, dans une ultime tentative pour discréditer Krayzos. Vous étiez président. Comment quelqu’un de si haut placé pourrait connaître ce genre de détails ?
-    Parce que je m’intéressais de près au cas de monsieur Redfield. J’avais eu l’occasion de goûter à votre drogue… la power-weed, c’est bien ça ? De l’excellent matériel. Vous ne seriez sans doute pas allé en prison, à condition bien-sûr de travailler pour moi. Comme l’a fait votre charmante amie… »
Jack était paralysé par le choc. Non, ça ne pouvait pas être vrai. Impossible. Mais les larmes et la culpabilité sur le visage d’Aya prouvaient bien que ce que disait Krayzos était la vérité. La jeune fille n’avait plus aucun argument à opposer à la diatribe du président. Elle baissa la tête, écrasée par la culpabilité. Le cœur de Jack se brisa.
« Comment tu as pu faire ça ?!? explosa-t-il. Je te faisais confiance, je t’aimais ! Alors que tu n’es qu’une pourriture de flic, à la solde de ces sales capitalistes !
-    Tout le monde a un prix, tout simplement, expliqua Krayzos en haussant les épaules.
-    Vous, foutez-nous la paix ! Barrez-vous avant que je vous démolisse le portrait ! »
Le président feignit d’être blessé par ces paroles mais finit par s’éloigner, ricanant devant le chaos qu’il avait semé. La colère et la douleur dévoraient Jack, et il continua à crier sur Aya, à l‘insulter, parfaitement insensible aux pleurs de la jeune femme. Des larmes de crocodile, ça ne faisait aucun doute. Lui, il éprouvait une souffrance véritable. Devenir proche d’une personne, c’est lui offrir le moyen de vous blesser plus profondément que ne peut le faire n’importe quel ennemi. Aya venait de le prouver, infligeant à l’homme qu’elle avait conquit un coup plus dévastateur qu’une attaque au sabre. La trahison.
« Je t’en prie, attends ! l’exhorta-t-elle alors que Jack se levait violemment, renversant sa chaise pour s’éloigner, sans doute définitivement. Regarde-moi ! Je n’ai pas changé, je suis toujours celle que tu aimes !
-    Non ! La femme que j’aime n’a jamais existé ! Elle n’était qu’une illusion ! Tout ce que je sais sur toi n’est donc qu’un tissu de mensonges ? Bon dieu, est-ce que tu imagine seulement à quel point tu me fais souffrir ! Pourriture ! Ordure !
-    Je ne faisais pas semblant ! Je suis réellement tombée amoureuse de toi. Je ne t’aurais jamais trahi !
-    Mais bien-sûr ! On n’est pas dans un putain de film ! Tu es mon ennemie, Aya. Je me suis toujours battu contre les gens comme toi, ceux qui obéissent aux ordres sans réfléchir, qui protègent un système que je hais de toutes mes tripes !
-    Je sais bien ! Mais s’il te plait, laisse-moi t’expliquer… »
Jack ne voulait pas entendre un mot de plus de la part de cette femme. Chacun de ses mots le dégoûtait. Et dire qu’il venait de passer des heures d’amour avec elle. Cela lui donnait presque envie de vomir. Il se sentait détruit, annihilé de l’intérieur. Le bonheur qu’il avait éprouvé un jour durant s’effondrait comme un château de carte.
Il s’était langui de sa présence, avait culpabilisé pendant des mois après l’avoir abandonnée, et tout ça pour quoi ? Pour découvrir que la Aya qu’il connaissait n’était rien de plus qu’un démon masqué, une sale flic qui n’avait fait que le manipuler ? Que tout ce qu’il aimait chez cette femme n’était qu’une couverture ?
Comment avait-elle pu se jouer de lui à ce point ? Comment pouvait-elle se regarder dans une glace ? Au fond, il était curieux de le savoir. Sans doute une sorte de pulsion masochiste. Aussi choisit-il de se rasseoir, et d’écouter ce qu’Aya avait à dire.
« Vas-y, parle, ordonna-t-il sans douceur aucune. Comment les enfoirés dans ton genre justifient-ils leurs actes ? »
Aya prit une grande inspiration et fit de son mieux pour sécher ses yeux. Chaque reproche, chaque insulte lancée par Jack lui perforait le cœur telle une lame glacée. Ah, ce qu’elle aurait aimé pouvoir lui faire ressentir à quel point elle regrettait… Après ces mois passés à sa recherche, après tout ce qu’elle avait enduré pour lui, ça ne pouvait pas se passer comme ça ! Elle l’aimait réellement, refusait de le perdre. Elle devait lui expliquer, le convaincre que ses actes avaient une raison. Mais pour cela, il allait lui falloir trouver les mots adéquats, se montrer la plus persuasive possible. Ce qui n’allait pas être chose aisée…

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Tistoulacasa 15/02/2010 14:02


Putain quel retournement !
Je ne m'y attendais pas du tout !