Chapitre 127 : crise d'appendicite

Publié le par RoN

Et les adamsiens reprirent enfin leur route vers la Chaîne Platte. Les jours passèrent sans que l’état de Lydia n’évolue. Tous durent bientôt reconnaître que la contaminée ne représentait aucun danger, mais ne se risquaient pas à l’approcher pour autant. Elle se contentait de rester assise à longueur de temps, de regarder le monde avec des yeux curieux sans manifester la moindre agressivité. Sans manifester quoi que ce soit, à vrai dire. Samuel avait beau lui parler, la promener, la câliner, il ne constatait aucune réaction. Sauf peut-être pendant la journée, quand son mari l’amenait au soleil. Comme toutes les goules, Lydia ne mangeait plus. Tout ce dont elle avait besoin était de s’exposer aux rayons lumineux quelques heures pas jour. Pendant ces séances, elle semblait s’emplir d’une sérénité tranquille, profitant de la chaleur et de l’énergie que lui apportait l’astre solaire.
Bien que son comportement soit très différent des zombies de base, il apparut bientôt qu’elle commençait à se changer, tout comme ses congénères. Ses cheveux se mirent à tomber et sa peau à s’assombrir. Cela désespérait Samuel, et il passait beaucoup de temps à s’entretenir avec Jack et Marie pour essayer de trouver un moyen d’inverser le processus. La solution régulièrement avancée par les scientifiques était l’injection massive d’alcool ou de super-weed. Mais ils n’avaient aucune idée de ce que cela donnerait. Vraisemblablement, le résultat serait la mort définitive de Lydia. Aussi préféraient-ils ne pas tenter le coup avant d’avoir mis au point un protocole plus précis. Mais le temps passait et la femme de Samuel se transformait, sans qu’ils ne puissent y faire quoi que ce soit.
Malgré le mauvais départ pris par le jeune médecin, celui-ci ne tarda pas à s’intégrer au groupe. Les adamsiens avaient eu du mal à sympathiser avec un homme amoureux d’un zombie, et cela était tout à fait compréhensible, mais ils se rendirent vite compte que l’arrivée de Samuel était une bénédiction.
Ses connaissances et les médicaments qu’il avait ramenés permirent de sauver Lloyd Bronson. L’infection de son bras amputé fut maîtrisée et soignée grâce à l’antibiotique adéquat, et au bout de quelques jours, il était à nouveau sur pied. Un membre en moins, certes, mais vivant. C’était tout ce qui importait pour lui, son frère et ses amis. Sans Samuel, il n’aurait certainement pas passé la première nuit ayant suivi son accident.
La présence d’un médecin – apprenti médecin en réalité, mais qu’importe ; ses compétences dépassaient largement celles de l’infirmière Jane et des scientifiques – eut également des conséquences plus pittoresques. Depuis le début de l’épidémie, les survivants avaient rarement bénéficié de l’opportunité de s’entretenir avec un docteur. Aussi avaient-ils pris sur eux, supportant stoïquement les désagréments que leur santé pouvait rencontrer. Mais avec l’arrivée de Samuel, ces petits problèmes se firent plus pesants, et le jeune homme eut affaire à un véritable défilé d’hypochondriaques, qui s’inquiétaient d’un simple bouton, de crampes intempestives ou d’une toux à la cause pourtant évidente (la plupart des survivants s’étant mis à fumer comme des pompiers).
Leur stock de médicaments ne leur permettait pas de traiter tous ces malades imaginaires, aussi Samuel se contentait-il généralement de les rassurer, de leur recommander de manger de façon mieux équilibrée ou de faire de l’exercice. Peu importait au fond. Tout ce que souhaitaient ces gens, c’était qu’on leur assure que tout allait bien. Cela eut au moins l’avantage de faire du jeune médecin un des piliers du groupe, s’attirant une sympathie collective bienvenue après tous ces mois de vie recluse.
Un beau jour, ses compétences furent mises à rude épreuve. Jack essayait toujours de passer un peu de temps avec les enfants du groupe, ceux-ci n’ayant pas oublié sa promesse de leur enseigner l’art du katana. Lors de leur passage à l’Armurerie des Frères de l’Acier, chaque gosse s’était empressé de s’approprier un wakizashi, adapté à leur taille et musculature insuffisantes pour manipuler un sabre long. Même le jeune Pierre Moncle, qui méprisait ces armes au départ, mais avait fini par suivre l’exemple de la majorité de ses camarades.
Aussi leur mentor passait chaque jour une petite heure à leur faire faire des exercices, à leur apprendre comment trancher efficacement ou à leur lire des passages du Traité des Cinq Eléments, véritable bible du combattant écrite par son maître spirituel Miyamoto Musashi. Cela avait également l’avantage de leur faire pratiquer la lecture et d’utiliser leur cerveau pour réfléchir à certains principes philosophiques, les gosses ne bénéficiant plus des leçons de Gina.
Les enfants et leur mentor prenaient donc ces activités très à cœur. Jack était en train de constituer une véritable troupe de samouraïs miniatures, même s’ils n’avaient pour le moment pas eu l’occasion de tester leurs capacités sur des ennemis de chair et de visque.
Mais une semaine après l’arrivée de Samuel et Lydia, l’un des gamins ne se présenta pas à la leçon quotidienne. Soucieux, Jack laissa ses disciples à leurs exercices pour aller trouver le petit Yann, un gosse de huit ans arrivé avec les lamidiennes. Le pauvre avait perdu ses deux parents durant le siège de la ville, mais Carolane avait pris soin de lui personnellement, s’assurant qu’il survivrait lors de leur fuite. Yann était assez timide et introverti, mais étant donné le traumatisme qu’il avait vécu, cela n’avait rien d’étonnant. Le contact avec d’autres enfants lui avait fait un sacré bien, et il s’était parfaitement intégré à la bande malgré un zézaiement qui faisait souvent rire ses camarades.
Jack le trouva allongé dans un bus, recroquevillé sur lui-même et la sueur au front. Carolane le surveillait d’un regard soucieux, essayant de le faire boire et de savoir ce qui n’allait pas. Yann n’osait pas lui répondre, mais finit par céder devant son maître.
« Z’ai mal au ventre… gémit-il en essayant de ne pas paraître effrayé.
-    Beaucoup ? interrogea Jack. Ou juste un peu, comme quand tu as trop bouffé ?
-    Il n’a pas mangé depuis hier soir, l’informa Carolane.
-    Bon. N’aie pas peur, gamin, c’est sans doute rien. On va quand même demander à Sam de t’examiner, d’accord ? »
Yann esquissa un sourire avant de grimacer, une nouvelle crampe abdominale le pliant en deux sur son matelas. Bien plus inquiet qu’il ne le laissait voir, Jack s’empressa d’aller chercher le médecin. Contrairement aux adultes, il était rare que les gosses se plaignent pour rien. Malgré leur jeune âge, les épreuves qu’ils avaient traversées leur avaient forgé un caractère dur et stoïque. Si le jeune Yann avait admis sa souffrance, celle-ci devait être sérieuse.
Samuel l’examina d’une façon très professionnelle, demandant à l‘enfant de lui décrire précisément sa douleur ainsi que sa localisation. Yann avait une légère fièvre, et son abdomen était très tendu au niveau de la fosse iliaque, en bas à droite du nombril. Il ne pu retenir un cri de douleur quand le médecin appuya doucement à l’endroit en question. Samuel sourit et lui assura que tout irait bien, mais Jack vit distinctement la panique dans ses yeux. Il le suivit à l’extérieur du bus, où Samuel se laissa tomber sur les fesses, les mains tremblantes et le teint pâle.
« Merde, merde, merde… murmurait-il entre ses dents.
-    Qu’est-ce qu’il a ? interrogea son camarade, dévoré par l’inquiétude devant l’attitude du docteur.
-    Crise d’appendicite. Enfin je crois. Non, ça ne peut être que ça... »
Jack ressentit un certain soulagement à cette annonce, avant de réaliser ce que cela signifiait exactement. Ce genre de chose était parfaitement bénin quelques mois auparavant. Mais dans leur situation, cela constituait un problème très grave.
« Bon, t’es médecin, non ? tenta-t-il de se rassurer. Ca devrait être du gateau, pour toi…
-    T’es un marrant, toi ! répliqua Samuel, maîtrisant à peine les tremblements dans sa voix. Vous avez un bloc opératoire mobile, ici ? »
Ce n’était bien entendu pas le cas. Ils disposaient d’un minimum de matériel chirurgical – scalpels, aiguilles, fils à suture, pinces et outils divers – mais rien qui leur permette de mettre en place une opération digne de ce nom. Comme d’habitude, il allait falloir improviser. Heureusement, Samuel se reprit vite.
« Bon, c’est pas la peine de paniquer, dit-il après avoir inspiré un bon coup. J’ai appris comment faire, je vais y arriver.
-    Je t’en prie, dis moi que tu as déjà pratiqué ce genre d’intervention… »
Le médecin secoua la tête, l’air désolé. Il n’en était qu’à sa cinquième année d’étude lorsque le pays avait sombré dans le chaos. Bien entendu, il avait pris part à tout un tas d’opérations, mais seulement en tant que spectateur ou assistant. Mis à part pour les sutures, son expérience chirurgicale était purement théorique. Il réussit néanmoins à garder son sang froid, et alla expliquer au pauvre Yann comment il allait procéder.
« Je vais devoir te faire ce qu’on appelle une appendicectomie, lui annonça-t-il. Ca fait un peu peur, ce nom là, mais ne t’inquiète pas, c’est vraiment pas méchant. Il y a un petit bout de tes intestins qui s’est infecté. Tout ce que je vais faire, c’est l’enlever. Tu auras une belle cicatrice pour frimer devant les filles.
-    Z’ai pas très zenvie que tu m’ouvre le ventre… gémit le malade. On peut pas faire za avec des médicaments ?
-    Malheureusement non. Mais je te promets que tout va bien se passer. Il faut que tu sois courageux. »
Yann hocha la tête, pas vraiment convaincu mais rassuré de voir la confiance sur le visage de Samuel. Mais intérieurement, le jeune homme n’en menait pas large.

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Tom 16/02/2010 01:58


Ca me rappelle Le Fléau de King cette crise d'appendicite en circonstances difficiles.


Tistoulacasa 15/02/2010 10:50


C'est du gâteau pour Sam, avec un ^ sur le a.


ICI on s' taille une drôle de surprise....!!! 25/01/2010 19:03


Coucou...
Cloué au lit par un mal de dos terrible..
Je profite de faire le tour de mes blogs préférés..
Il est donc évident que je passe par chez toi...
et te laisse un petit mot.....
Bonne semaine.....


LORENT