Chapitre 125 : Lydia

Publié le par RoN

Jack et Samuel entreprirent de récupérer le maximum d’affaires et de préparer le voyage du retour pendant que les filles tenaient compagnie à Lydia, essayant de la faire manger un peu avant de repartir. Ils avaient réfléchi à la meilleure façon de faire passer l’handicapée à travers les troupes de goules, mais n’avaient trouvé aucune solution véritablement satisfaisante. En désespoir de cause, il s’étaient résolus à utiliser la même tactique qu’à l’aller : se recouvrir de visque et croiser les doigts.
Samuel fourra quelques habits et des dizaines de boîtes de médicaments dans un gros sac, ainsi qu’un ou deux bouquins de médecine et de chirurgie. A l’avenir, le jeune médecin allait avoir de grosses responsabilités sur les épaules. A condition bien-sûr de réussir à rejoindre les adamsiens sans se faire dépecer.
Le cadavre que Samuel avait utilisé pour traverser la ville la première fois commençait à sérieusement embaumer et sa visque durcissait au contact de l’air. Aussi entreprirent-ils de capturer un nouveau zombie. Pour cela, ils se rendirent sur le toit de l’immeuble, où Jack pu découvrir quelques cultures faiblardes, entretenues un minimum mais qui seraient bientôt laissées à l’abandon. Le jeune homme était tout de même impressionné.
« C’est dingue que tu aies réussi à survivre ici tout ce temps, complimenta-t-il son hôte. Et à t’occuper de ta femme, en plus.
-    Elle est tout pour moi… expliqua Samuel. Je ferais n’importe quoi pour elle.
-    C’est admirable. Qu’est-ce qui lui est arrivé pour qu’elle se retrouve dans cet état, au juste ?
-    Accident vasculaire cérébral. Ca va bientôt faire trois ans. A peine un mois après notre mariage, des vaisseaux sanguins ont trouvé judicieux de péter dans son crâne. Elle a bien failli ne pas en réchapper. Après un coma de plusieurs semaines, elle a heureusement repris conscience. Mais pas mal de zones de son cerveau ont été détruites. En particulier dans l’hémisphère gauche.
-    D’où sa paralysie du côté droit, comprit Jack.
-    Ouais. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, de la fille dont j’étais tombé amoureux.
-    Mais tu es resté avec elle. C’est d’une grande noblesse. La plupart des mecs l’auraient abandonnée.
-    Ca c’est clair. Une nana à peine capable de parler, incontinente à même pas vingt-cinq ans… Mais je suis médecin – enfin presque. La laisser tomber serait revenu à me renier moi-même. Et je l’aime, je l’aime plus que tout malgré ce qu’elle est devenue.
-    Est-ce qu’elle comprend ce qu’on lui dit ?
-    Oui, généralement. Bon, faut pas essayer de lui parler de science ou de philosophie, einh. Mais si c’est le voyage retour qui t’inquiète, te fais pas de souci. Elle sera tout à fait capable de rester calme. »
Ca, il y avait plutôt intérêt. Ils allaient déjà devoir porter Lydia à la force des bras, attitude qui ne manquerait pas d’attirer l’attention des goules. Il ne manquerait plus qu’elle se mettre à se débattre ou à hurler… Mais avant ça, il leur fallait se procurer de la visque.
Samuel avait mis au point une technique assez efficace. Les deux hommes se placèrent au bord du toit, équipés d’une longue corde d’escalade, et firent descendre un nœud de pendu vers les goules endormies au pied de l’immeuble. Avec beaucoup d’adresse, le médecin fit passer la boucle autour du cou d’un zombie sans même le réveiller. Puis il compta doucement jusqu’à trois, et les deux hommes tirèrent violemment sur la corde, remontant leur proie le plus vite possible. Ils la hissèrent jusqu’à eux et Jack n’attendit pas pour lui planter son sabre dans le crâne. Un coup d’œil en bas leur apprit que cette agitation n’avait pas dérangé les autres goules plus que ça. Certaines regardaient aux alentours, curieuses, mais la plupart gardaient le nez baissé.
Satisfaits, les partenaires descendirent le corps jusqu’à l’appartement et rejoignirent leurs amies.
« Lydia n’a presque rien mangé, annonça Marie en désignant l’assiette de soupe froide quasiment intacte. Elle ne doit pas avoir faim.
-    Elle n’a jamais faim, l’informa  Samuel. Mais il faut manger, ma chérie, tu le sais bien. Enfin bon, tant pis. Il va falloir y aller. »
Il expliqua patiemment à sa femme la manière dont ils allaient procéder, la suppliant de rester calme et de ne faire aucun bruit une fois qu’ils seraient dehors. Lydia semblait avoir compris et ils se préparèrent, se recouvrant une nouvelle fois de visque. Samuel se chargea d’enduire sa femme, tandis que Jack s’occupait du gros sac.
« Je me charge de le transporter, proposa Marie. Je vais passer devant, histoire de voir si les goules me remarque ou pas. Sam et Jack, vous portez Lydia. Béate, tu restes avec eux, prête à te servir des sabres si c’est nécessaire. Espérons que ce ne soit pas le cas… »
Le cœur battant et le ventre noué par le stress, le groupe redescendit au rez-de-chaussée. Marie sortit la première, ses camarades l’observant à travers les vitres crasseuses. La scientifique s’éloigna sans que les monstres ne semblent perturbés par son bagage. Légèrement soulagés, ses camarades la suivirent, Jack et Samuel tenant fermement l’handicapée. La pauvre haletait, terrorisée par ces dizaines de zombies qui levaient la tête à leur passage. Béate priait pour que des évolués ne viennent pas les observer de plus près. Mais cela finit pourtant par se produire.
Ils s’étaient déjà bien éloignés de l’immeuble quand un couple de créatures vint à leur rencontre. Jack avait bien l’impression que c’étaient les mêmes qui les avaient importunés à l’aller. Béate tenta de s’interposer entre les monstres et ses camarades, claquant des mâchoires pour leur signifier que tout allait parfaitement bien. Mais cette fois, les goules l‘ignorèrent, se contentant de la contourner pour s’approcher du trio. Samuel et Jack s’arrêtèrent, luttant contre la panique, tandis qu’un des zombies tendait la tête vers le visage de Lydia. La jeune femme avait les yeux baissés, faisant de son mieux pour se contrôler. Son allure devait vraiment intriguer les monstres, la visque ne suffisant visiblement pas à la faire passer pour une des leurs. Ou bien était-ce le fait que les deux hommes soient en train de la porter, comportement bien trop complexe pour de jeunes infectés.
Les griffes noires de la goule virent effleurer sa joue et elle ne pu retenir un gémissement de peur. Le monstre eut un mouvement de recul et ses dents s’entrechoquèrent. Il attendait vraisemblablement une réponse. Mais Lydia était incapable d’un tel mouvement, ou bien elle ne comprenait pas ce que cette créature voulait d’elle. Elle geignit à nouveau.
Avant que Jack et Samuel n’aient pu esquisser un geste, les mâchoires du zombie se refermèrent sur l’épaule de la malheureuse, mordant profondément sa chair délicate. Elle poussa un hurlement, attirant immédiatement l’attention des goules du coin. Béate bondit et abattit les deux créatures en un clin d’œil, trop rapidement pour que les autres zombies comprennent ce qu’elle avait fait exactement.
« On bouge, ordonna-t-elle à mi-voix, alors que les monstres se levaient lentement, ne sachant encore trop s’ils avaient affaire à des proies ou des camarades. Aller, aller, aller ! »
Jack et Samuel partirent au pas de course tandis que les goules se rapprochaient, curieuses de savoir ce qui se passait. Béate resta sur place et claqua plusieurs fois des dents. Les monstres l’ignorèrent superbement. Ils ne se lançaient pas à la poursuite de ses amis, mais avaient visiblement décidé de les suivre. Une bonne trentaine au moins. Les créatures restaient sur leurs traces sans accélérer, croyant peut-être que le trio avait repéré des proies. Stupides cadavres ambulants.
Il fallait agir. D’un instant à l’autre, ils pouvaient se mettre à courir, réalisant que ceux qu’ils suivaient n’étaient pas des compatriotes mais bien des proies à sang chaud. Essayant de ne pas paniquer, Béate les laissa passer devant, se positionnant à l’arrière de la meute. Une fois que le dernier zombie l’eut dépassée, elle lui emboîta le pas avant de le décapiter silencieusement. Aucune créature ne se retourna quand le corps s’affaissa au sol. Béate grimaça de satisfaction, et entreprit d’envoyer méthodiquement chaque membre de cette horde en enfer. Aussi discrètement que possible, elle usa de ses deux sabres pour trancher chaque tête, planter chaque crâne. La nuit jouait en sa faveur, limitant considérablement les sens très développés des goules. Pas une ne remarqua quoi que ce soit. En quelques minutes, tous les monstres avaient trépassé.
Le cœur emplit de fierté, Béate pressa l’allure pour retrouver ses camarades.
« Problème réglé, annonça-t-elle sobrement. Plus aucune saloperie ne nous suit. »
Jack et Samuel auraient souri s’ils n’avaient pas été dévorés d’inquiétude. Lydia saignait abondamment et avait perdu conscience, sa tête ballotant au rythme des foulées de ses porteurs. Pour le moment elle respirait toujours, mais s’ils ne stoppaient pas rapidement l’hémorragie, elle risquait d’y passer. Mais ce n’était même pas ce qui les inquiétait le plus. Car contrairement à eux, elle n’avait pas eu l’occasion de consommer de la super-weed avant leur escapade.

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Bigdool 23/01/2010 19:11


Sympa l'idée du camouflage, mais y à une petite incohérence : Au chapitre 17, marie dit dans son journal que les zombies s'arrachent les cheveux en plus de s'enlever les vêtements. Je sais pas si
marie Béate et lydia ont des cheveux, mais si c'est le cas, les zombies l'auraient remarqué, non ?

Bon c'est vrai qu'il fait nuit aussi, disons que les zombies devaient encore avoir la tête dans le cul ^^


RoN 23/01/2010 20:10


Dans le chapitre 17, Marie constate que les zombies ont de moins en moins de cheveux, mais elle ne sait pas si ils se les arrachent ou les perdent naturellement.
De toute manière, ceci apparait progressivement, les humains venant d'être contaminés gardant leurs cheveux pendant un certain temps. Jack et les autres peuvent donc passer pour de "jeunes
infectés" n'ayant pas encore perdu leur chevelure.