Chapitre 124 : déguisement

Publié le par RoN

« J’y crois pas… On va vraiment faire ça ? »
Marie réprima à grand-peine un haut-le-cœur alors que Jack éventrait le cadavre d’une goule isolée. Ils avaient longuement débattu pour savoir s’ils devaient réellement tenter d’aller chercher la femme de Samuel. Pour le leader des adamsiens, la question ne se posait pas. Il s’était fait le serment d’aider et de protéger chaque être humain de ce pays. Même pour une seule personne, il était prêt à mettre sa vie en jeu. En revanche, ses camarades s’étaient montrés beaucoup plus réticents.
Samuel avait pourtant un sérieux argument en sa faveur. Il était médecin. Du moins, étudiant en médecine. Mais ses connaissances avaient suffi pour déterminer l’infection qui rongeait la blessure de Lloyd. Il avait assuré à Jack qu’il pouvait trouver les antibiotiques nécessaires, en ayant une bonne réserve dans son appartement. Bien entendu, il fallait pour cela qu’ils l’aident à déplacer Lydia.
Ces compétences faisaient de Samuel un véritable trésor vivant. Qu’importe ce qu’il exigeait, il fallait absolument le garder avec eux. Cela n’avait cependant pas suffit à décider les adamsiens. S’ils avaient été assez nombreux, ils auraient pourtant pu tenter un passage en force. Les goules ne devaient pas être si nombreuses dans cette ville dévastée. Tous ensemble, ils pourraient sans doute les vaincre. Mais les survivants n’avaient aucune envie de gaspiller leurs forces pour sauver une femme qui n’était même pas capable de se mouvoir par ses propres moyens. Finalement, seules Marie et Béate avaient accepter d’accompagner Jack et Samuel. Arvis aurait également aimé tenter le coup, mais il était préférable qu’il reste en compagnie de son frère.
Obligés de miser sur la discrétion, la petite équipe s’était décider à utiliser la feinte pratiquée par Samuel à l’aller : se « déguiser » en goule. Au départ enthousiaste à l’idée d’essayer cette stratégie inédite, Marie avait vite déchanté. Se couvrir le corps de visque n’était pas une activité dont elle rêvait…
« Personne ne t’oblige à venir, rappela Jack à son amie. 
-    Au fond, on ne risque pas grand-chose, signala Béate. Avec tous les joints qu’on s’est enfilés, aucun problème même si on se fait mordre. On ne court aucun danger.
-    A part peut-être celui de se faire démembrer… rétorqua Marie. Si les goules se rendent compte que nous sommes immunisés, elles vont nous découper en rondelles.
-    Ne te fais pas de souci, la rassura Samuel en se baissant sur le corps du zombie. Elles ne se rendront même pas compte qu’on est humains. »
Ca, il valait mieux l’espérer. Leur nouveau camarade montra l’exemple, plongeant ses mains dans le ventre du monstre pour en sortir une bonne poignée de visque, dont il entreprit de s’enduire. Après un instant de dégoût total, ses compagnons se débarrassèrent de leurs vêtements et se résolurent à l’imiter.
« Pouah ! C’est dégueulasse ! se plaignit Béate. Mais ça pue moins que ce à quoi je m’attendais… Marie, tu veux bien m’en mettre dans le dos ?
-    Avec plaisir, ma jolie. Cette saloperie est glaciale, mais je dois dire que te regarder suffit à me réchauffer…
-    Hey, n’en profite pas ! Tes mains ont pas besoin de descendre aussi bas ! »
Jack et Samuel pouffèrent, le rire soulageant le stress qui leur tordait les tripes. Tous se retrouvèrent bientôt recouverts de visque de la tête aux pieds, l’épais liquide collant à leur corps sans dissimuler leur intimité. Qu’importe, la pudeur était le dernier de leur souci.
« Est-ce qu’on prend des armes ? interrogea Jack.
-    Je pense qu’on devrait éviter… dit Marie. Ca risque de mettre la puce à l’oreille des goules.
-    Pas question que j’y aille sans mon sabre ! objecta Béate.
-    T’as qu’à prendre seulement ton wakizashi. Trempe-le dans la visque, il devrait passer inaperçu. Pour ma part, je préfère ne pas tenter le diable. »
Jack choisit de faire comme sa sœur, sortant son sabre court de son fourreau pour le recouvrir de visque et le tenant à l’envers, le long de son bras afin qu’il soit le moins visible possible. Puis la troupe se mit en marche, frissonnant à chaque brise. A dire vrai, il n’était pas totalement déplaisant de se balader ainsi, le corps gluant et dans le plus simple appareil. S’ils n’avaient pas été en train de marcher vers un troupeau de monstres assoiffés de sang, Jack aurait presque trouvé ça excitant.
La nuit était fraîche mais ils se rendirent compte que la visque agissait comme une sorte d’isolant. Si ce n’est que cette substance elle-même était glaciale, se réchauffant très lentement au contact de leur peau. Ce qui, au fond, était sans doute préférable, les zombies ayant une température corporelle très basse.
Le groupe entra bientôt dans la ville, rencontrant les premières goules assoupies. La plupart se réveillaient à leur approche, redressaient la tête pour les regarder curieusement. Que faisaient donc ces jeunes infectés, à se balader alors que le soleil, seule source d’énergie, était couché depuis une bonne heure ? Le cœur de Jack battait la chamade. Il craignait que ce simple bruit ne le trahisse. Ses doigts se resserrèrent sur la poignée de son wakizashi alors que deux évolués se levaient tranquillement pour venir les observer de plus près.
Les monstres s’arrêtèrent à un mètre du groupe et tendirent le cou, détaillant leurs faux camarades sous toutes les coutures. Respirant le plus discrètement possible, ceux-ci leur rendirent leur regard sans dire un mot. C’était la première fois qu’ils pouvaient approcher des goules d’aussi près sans se faire attaquer. Exception faite du docteur Church, bien entendu.
Jack et Marie auraient été curieux de pouvoir étudier les habitudes des zombies, leur comportement en communauté. Mais de toute évidence, la nuit n’était pas le moment le plus adéquat pour cela, les créatures se contentant de rester accroupies, seules ou se serrant de près. De toute manière, ils n’étaient pas là dans un but scientifique.
L’un des deux monstres qui leur barraient la route tendit soudain sa main vers le visage de Béate. Jack connaissait assez bien sa sœur pour savoir qu’elle était en train de hurler intérieurement, ses yeux trahissant une émotion tout à fait humaine. Il craignit que la jeune fille ne craque si la goule la touchait, que son sabre bondisse pour trancher la tête de la créature. Par bonheur, elle s’en abstint, mais ne laissa pas le zombie l’effleurer pour autant. Prise d’une impulsion soudaine, elle claqua vivement des mâchoires. Le monstre suspendit son geste, l’imita, faisant s’entrechoquer ses dents déformées, avant de tourner les talons et de s’éloigner avec son comparse.
Soulagés, les humains reprirent tranquillement leur marche, et finirent par arriver en vue de l’immeuble de Samuel. De nombreux zombie squattaient devant l’entrée, ils durent même en enjamber certain pour accéder à la porte. Heureusement, mis à part les gratifier d’un regard étonné – et réprobateur, Jack le sentait – pas un ne tenta de faire quoi que ce soit pour les arrêter. Une fois à l’intérieur, Samuel referma soigneusement la porte avant de la bloquer à l’aide d’une poutrelle. Puis ils gravirent les étages, traversant divers obstacles mis en place par le jeune médecin pour décourager les monstres de s’y aventurer.
« Bon dieu, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter quand cette saloperie a voulu me toucher… souffla Béate, s’autorisant à haleter maintenant qu’ils étaient en sécurité.
-    Mais tu as sacrément bien géré, la complimenta son frère. C’était quoi, ce claquement de mâchoire ?
-    Une simple intuition. J’avais vu les goules faire pareil en quelques occasions.
-    C’est peut-être un début de langage… avança Marie. Ou du moins, de forme de communication. En tout cas, ces monstres n’étaient pas très vifs.
-    Sans doute parce qu’il fait nuit, expliqua Jack. De jour, je ne tenterais pas ce qu’on vient de faire. A mon avis, bien réveillés ils ne seraient pas dupes…
-    On arrive, annonça Samuel. S’il vous plait, attendez un peu avant de vous montrer à Lydia. Elle a tendance à paniquer, et dans son état, ce n’est pas recommandé. Il faut que je prenne le temps de lui expliquer ce qui se passe. »
Les trois jeunes gens se regardèrent, interloqués, mais obtempérèrent, patientant dans le vestibule le temps que leur hôte parle à sa femme. Ils en profitèrent pour se débarbouiller un peu, ne serait-ce que le visage. De quoi souffrait donc la pauvre Lydia ?
« Je suis là, ma chérie, entendirent-ils leur hôte annoncer d’une voix douce. Tu vas bien ? »
Pour toute réponse, les invités ne perçurent qu’une sorte de grognement incompréhensible.
« Je suis désolé de t’avoir laissée toute seule, continua Samuel. Mais il le fallait. Tu te souviens, tout à l’heure je t’ai dit que j’avais aperçu des gens. Je suis allé les voir. Ils sont très gentils, et m’ont raccompagné. Ils vont nous aider à partir d’ici. Tu veux que je te les présente ?
-    Gnnnouuui, comprirent-ils cette fois-ci.
-    OK, Jack, Marie, Béate, vous pouvez venir. »
Ils entrèrent enfin, se retrouvant face-à-face avec une femme d’un âge assez indéfinissable, tant ses traits et son corps étaient distordus. Un côté de son visage restait détendu, tandis que l’autre s’étirait en un rictus très troublant, un peu de bave coulant de sa lèvre retroussée. Un de ses bras était recroquevillé sur lui-même, les muscles tétanisés. Visiblement, cette femme était partiellement paralysée. Assise sur un fauteuil roulant électrique, la malheureuse semblait bien incapable de se déplacer seule. Plus d’énergie pour alimenter les batteries, et ce depuis longtemps. Elle était sans doute restée à l’endroit exact où l’avait laissée son mari. Un véritable enfer, dans ce pays où survie était bien souvent synonyme de fuite.
Jack et Béate restèrent un instant immobiles sans savoir quoi dire, légèrement choqués comme peuvent l’être des gens rencontrant brusquement une personne souffrant d’un grave handicap ou d’une malformation. Marie, pour sa part, ne parut nullement décontenancée, et s’agenouilla devant la femme avant de lui caresser la main.
« Bonsoir, Lydia, dit-elle d’une voix douce. Je m’appelle Marie.
-    Gonchoir, ‘Arie, articula Lydia, les yeux brillants, véritables joyaux sur ce visage hideux.
-    Voici mes amis Jack et Béate. Nous sommes ravis de te rencontrer. Ne te fais aucun souci. Nous allons t’emmener en lieu sûr. »
Sacrée promesse. Comment, oui comment allaient-ils bien pouvoir faire traverser la ville infestée de monstres à cette femme ? Jack n’en avait strictement aucune idée.

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Tom 16/02/2010 01:38


Mort de rire ton commentaire Baptiste!


Tistoulacasa 15/02/2010 10:23


Innovante façon de les foutre dans la merde