Chapitre 122 : le parc zoologique

Publié le par RoN

« Putain, mais qu’est-ce que c’est que cette bestiole ?! s’exclama Marie en observant le cadavre du monstre.
-    Je crois bien que c’est… un tigre ! balbutia Jack, aussi ébahi que son amie.
-    On s’en fout ! cria Arvis, hystérique et recouvert du sang de son frère. Lloyd est en train de crever ! »
Ses camarades avaient rappliqué à toute vitesse en entendant ses appels au secours, et étaient restés estomaqués devant le spectacle effroyable de leur ami en train de se vider de son sang. L’infirmière Jane était déjà en train de s’occuper de lui, comprimant son bras mutilé pour limiter l’hémorragie.
« Qu’est-ce qu’on peut faire ? interrogea Jack en plantant une seringue de morphine dans l’épaule de son ami.
-    Son bras est foutu… grimaça Jane. Je ne pourrai jamais arrêter le saignement dans ces conditions. Faut amputer, pas le choix.
-    Lloyd, tu tiens le coup ? Tu en penses quoi ?
-    Qu’est-ce que tu crois ? répondit l’intéressé d’une voix faible. Ca ne m’enchante pas du tout… Mais c’est ça ou j’y reste, non ? Faites ce que vous avez à faire. »
Jack lui sourit, blanc comme un linge, et dégaina son katana. Cruelle coïncidence. Sa sœur avait amputé le bras gauche d’Arvis, il allait maintenant devoir se charger du bras droit de Lloyd. Ses amis aidèrent le blessé à se mettre à genoux pour faciliter la coupe. Le jeune Bronson avait les larmes aux yeux, sachant pertinemment ce que son frère allait endurer.
« Surtout applique-toi… souffla Jane en soutenant le malheureux. 
-    Je crois que je vais tomber dans les pommes… prévint-il. Non, merde, j’espère que je vais tomber dans les pommes.
-    Accroche-toi, mon vieux. Ca va aller.
-    C’est ça. Aller Jack, grouille-toaaaAAAAAAAAAH !! »
Son ami venait d’abattre son arme, pensant que Lloyd supporterait mieux la souffrance s’il ne s’y attendait pas. Cela fonctionna peut-être, difficile de le savoir. La douleur fut tout de même atroce, saisissant le pauvre Lloyd comme un électrochoc, le faisant bondir sur ses jambes avant de s’écrouler face contre terre. Le coup porté par Jack était heureusement parfait, une tranche propre et rectiligne ne laissant qu’un petit moignon de bras. Le saignement fut moins important que ce à quoi ils s’étaient attendus, sans doute grâce au garrot fermement serré autour de son épaule. Il fallait maintenant ligaturer les vaisseaux sanguins et suturer la plaie, en espérant que le blessé tienne le coup.
Malgré ce qu’il espérait, Lloyd n’avait pas perdu connaissance, et sa torture continua alors que la chirurgienne improvisée le charcutait. Jack et Marie le maintenaient de leur mieux, essayant d’ignorer ses suppliques et hurlements. Arvis, pour sa part, avait préféré s’éloigner un peu, tout cela lui rappelant douloureusement l’horrible moment qu’avait été sa propre « opération ». D’autres adamsiens vinrent le soutenir dans ce moment difficile, en particulier Béate, qui ne lui en voulait aucunement de la dispute qui avait eu lieu quelques minutes auparavant.
« Je suis vraiment désolé, ma chérie, s’excusa le jeune homme, les larmes coulant sur ses joues. J’ai été horrible.
-    Ne t’en fais pas, beau mec, répondit-elle en le serrant dans ses bras. Tu as parfaitement le droit d’être en colère.
-    Mais pas contre toi ! C’est impardonnable. Je te promets, je te jure que plus jamais je ne m’adresserai à toi comme ça.
-    J’espère bien que si. Il m’arrive d’être une vraie peste. »
Ils se sourirent malgré les cris de Lloyd, quelques mètres plus loin. Par bonheur, Jane était tout de même beaucoup plus expérimentée que Marie pour ce qui était des soins médicaux, et la blessure fut refermée en beaucoup moins de temps qu’il n’en avait fallu pour Arvis. Mais le malheureux n’était pas encore au bout de ses peines. A demi-conscient, il geignait sans s’arrêter, les larmes coulant du coin de ses yeux et de grosses gouttes de sueur perlant à son front.
« Il faudrait lui redonner de la morphine, annonça Jane en essuyant ses mains tachées de sang.
-    Non, il risquerait de s’endormir, refusa Jack.
-    Tant mieux. Il souffrira moins s’il dort un peu.
-    Avant ça, il faut qu’il fume. La saloperie qui lui a bouffé le bras était un tigre-zombie. Il est contaminé.
-    Mais comment un tigre a pu atterrir ici ? s’interrogea Marie. Il n’y a pas de bestiole de ce genre, dans notre pays. Ca n’a vraiment aucun sens…
-    Si, intervint le jeune Roland, se ramenant avec un panneau de contreplaqué à moitié défoncé sous le bras. Regardez ça. Faut qu’on se tire d’ici, et vite. »
Il avait parfaitement raison. Car ce qui était sur le panneau fit frissonner son maître d’horreur.
« Parc zoologique de plein air de Morino, lut-il à voix haute. Oh, bordel de merde… »
La terreur déferla sur lui telle une vague glacée. Ce coin qu’ils croyaient tranquille était en réalité un véritable nid à chimères. Qui sait combien d’autres créatures cauchemardesques traînaient dans le coin ? Les appels à l’aide d’Arvis et les hurlements de douleur de son frère avaient été tout sauf discrets. Il y avait fort à parier que d’autres animaux-zombie étaient en route. C’était même étonnant que les humains n’aient pas déjà été attaqués.
Ils collèrent un joint dans la bouche du blessé, puis le soulevèrent et entreprirent de le ramener vers les bus sans perdre une seconde de plus. Il était grand temps, car derrière eux un grondement se mit à résonner, se rapprochant rapidement. Bientôt, le sol se mit à trembler. Roland jeta un coup d’œil en arrière et poussa un cri d’effroi.
« Vous retournez pas ! hurla-t-il en prenant ses jambes à son cou. Courez ! Courez ! »
Ses camarades ne se le firent pas dire deux fois. Mais les pas – car il semblait bien que c’étaient des pas, ceux d’une créature titanesque – se faisaient de plus en plus proches.  Jamais, jamais ils ne pourraient mettre les voiles assez vite. Aussi Jack s’arrêta-t-il, laissant Jane et Marie porter Lloyd. Il dégaina son sabre et se prépara à faire face à cette menace, quelle qu’elle soit.
Dans un craquement effroyable, le tronc d’un arbre se brisa en deux. Pour laisser apparaître le monstre le plus terrible auquel le jeune homme avait songé quand ils avaient découvert l’existence des animaux-goules, dites chimères. Mais le voir en vrai était autre chose que de l’imaginer.
Un éléphant-zombie. Un putain d’éléphant-zombie. Une créature de plusieurs  tonnes, pourvue des deux gigantesques défenses dégoulinantes de bave, d’une trompe massive et de quatre jambes de la taille de poteaux téléphoniques, terminées par des ongles noirs et bien trop pointus pour un spécimen normal. Jack en resta paralysé de terreur. Mais il se reprit et plongea de justesse, esquivant une charge qui l’aurait réduit en poussière.
Inutile de songer à combattre un monstre de cette taille. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était gagner du temps, détourner l’attention de la créature pour permettre à ses amis de s’enfuir. Aussi se mit-il à agiter les bras en braillant, faisant de son mieux pour attirer la chimère dans la direction opposée aux bus. L’éléphant fit volte-face, battit l’air de sa trompe et fonça à nouveau sur lui. Jack prit la fuite, se jetant sur le côté pour éviter de se faire empaler par l’ivoire teinté de bave. Il faillit tomber dans un trou profond de deux mètres, au fond duquel était tapis un nouvel échantillon de ce que l’infection ghoulobactérienne avait créé de pire.
« Mais c’est pas vrai ! s’écria-t-il en sautant par-dessus la fosse. Manquait plus que ça ! Un foutu serpent ! »
Et pas un petit. Un bon boa long de plusieurs mètres, sans doute pas très différent des spécimens normaux, mais dont l’épiderme gris et la vivacité ne pouvaient tromper. Lui-aussi avait subi la goulification.
Hors d’haleine, le jeune homme reprit sa course alors que le reptile s’extrayait souplement de son trou. Un bien dans un mal, ce monstre fut littéralement piétiné par l’éléphant-zombie, toujours à la poursuite de sa proie. Sortant de ce bois qui pouvait cacher mille-et-un dangers encore, Jack s’en retourna vers la plaine où ils avaient retrouvé les frères Bronson. Tentant le tout pour le tout, il escalada les rochers, espérant que cela le tiendrait à l’abri de la chimère. Celle-ci freina brutalement devant le monticule et poussa un barrissement tonitruant. Puis elle plongea l’embout de sa trompe dans sa bouche, avant d’asperger l’humain de plusieurs litres de bave. Une tactique judicieuse. Complètement trempé, le jeune homme était forcé d’ingérer un minimum de ce liquide hautement contagieux. Mais pour quelqu’un littéralement imbibé de super-weed, cela se révélait tout à fait inefficace.
Que faire maintenant ? L’éléphant était trop maladroit pour tenter de grimper sur les rochers, mais Jack se retrouvait complètement coincé. Ses amis avaient certainement pu rejoindre les bus. Il lui fallait tenter le tout pour le tout, piquer le sprint de sa vie pour embarquer à son tour et mettre les voiles le plus rapidement possible. Il allait se lancer, quand une voix l’appela par son nom. Béate et Arvis, qui avaient fait demi-tour et venaient de se montrer à l’entrée de la clairière. Mais bordel, qu’étaient-ils en train de foutre ?
La chimère se tourna vers eux et Jack saisit cette occasion. Il bondit sur le dos de la créature, katana en main, et marcha maladroitement vers sa nuque. Usant de toute sa force, il planta la pointe de son sabre dans le crâne du monstre et y pesa de tout son poids pour la faire pénétrer. Tentative ridicule. La lame s’enfonça de quelques centimètres, immédiatement bloqué par l’os épais. L’éléphant rua, se secoua pour se débarrasser de cette mouche pitoyable, envoyant Jack valdinguer à plusieurs mètres.
A moitié assommé, il vit le monstre racler le sol de sa patte gigantesque, avant de foncer sur lui pour en finir une bonne fois pour toute. Le corps trop endolori, le jeune homme n’avait pas la force de se relever.
Béate hurla. Arvis, pour sa part, ne prit pas le temps de crier. Il avait fini de se plaindre. Il était temps d’agir. Empli d’une détermination sauvage, il se précipita en avant, les muscles du dos bandés et les doigts fermement serrés autour du manche de sa lance. Il la projeta de toute sa force, usant de ces semaines d’entraînement pour faire de son corps un arc, une corde de chair à la puissance phénoménale. Le long trait d’acier vola, passa au dessus de Jack en sifflant, avant de venir se planter en plein dans l’œil du monstre, transperçant son cerveau, le foudroyant instantanément.
L’éléphant-zombie s’étala à terre comme une marionnette dont on aurait coupé les fils, sa vitesse le faisant glisser sur quelques mètres, pour s’arrêter juste devant Jack. Y croyant à peine, le jeune homme ne pu s’empêcher de tendre le bras pour toucher le cuir épais de la créature. Celle-ci resta immobile, définitivement.
Arvis vint bientôt le rejoindre, et après avoir considéré sa victime un instant, posa un pied sur son crâne pour en extraire sa lance. Béate aida son frère à se relever, hébété et encore un peu sonné.
« Putain, Arvis, tu viens de me sauver la vie… balbutia-t-il. Quel lancer, la vache ! Mille mercis.
-    Aucun problème, se contenta de répondre le jeune Bronson. Ce genre de chose est devenu banal, dans ce pays rempli de merde. Par contre, cette bestiole, ça c’est pas banal. Je crois que je vais m‘en garder un souvenir… »
Il récupéra une petite hachette passée dans sa ceinture, et entreprit de fracasser l’une des défenses de la créature, prélevant un bout d’une trentaine de centimètres de long. Une pratique digne d’un braconnier. Mais sa performance le méritait. Et de toute façon, Jack doutait que l’éléphant-zombie soit considéré comme une espèce protégée…

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Tom 16/02/2010 01:15


Petit détail mais euh, "plusieurs milliers de tonnes" pour un éléphant-zombie, je veux bien qu'il ait pris du volume le bestiau mais là ça me parait quand même un peu démesuré...
Quelques dizaines de tonnes devraient suffire, ce qui est déjà énorme...


RoN 16/02/2010 11:44


En effet, c'etait très exagéré ^^ C'est rectifié, le bestiau est passé à "plusieurs tonnes" seulement !


Tistoulacasa 15/02/2010 09:56


j'adore les animaux zombies :D