Chapitre 120 : retrouvailles

Publié le par RoN

Difficile de faire tenir tout ce petit monde à l‘intérieur du bus. Entre les armes et les vivres, la place était très limitée pour la vingtaine de voyageurs. Ce qui ne les empêchait pas d’être d’humeur excellente. L’enthousiasme des ex-prisonnières était exemplaire. Cela faisait des mois qu’elles n’avaient pas mis le nez hors de leur prison, et même si le paysage de la plaine du Fraquin était assez monotone, elles passaient leur temps à s’extasier, plaisanter, jouer avec les chats ou la petite Alice. Après la rémission de Strychnine, toutes ou presque s’étaient essayées à la super-weed. En conséquence, les stocks de drogue diminuaient dramatiquement. Mais qu’importe. Si tout se passait bien, il ne leur faudrait pas plus de deux ou trois jours pour atteindre la Chaîne Platte.
Et mis à part quelques rencontres avec des hordes de zombies ou de chimères, le voyage se déroula sans aucun problème. Certaines qu’elles ne risquaient pas d’être contaminées, les femmes se montrèrent bien plus braves qu’elles ne l’avaient été lors de l’attaque des super-goules. Avec tout ce que Gook et ses camarades avaient emporté de l’Armurerie des Frères de l’Acier, il y avait largement de quoi équiper chaque paire de mains. En conséquence, toutes eurent l’occasion de s’essayer au combat au corps à corps avec les monstres.
Après son exploit contre les évolués, Kenji jouissait d’une notoriété quasi-légendaire. Les femmes s’adressaient toujours à lui avec un grand respect, quémandant des conseils sur l’attitude à adopter face aux dangereux prédateurs. Le tueur de goule était toujours ravi de leur apporter ses lumières, et quand lui-même passait à l’action, chacun l’observait avec attention. Faye appréciait moyennement le fait que toutes ces nanas lui tournent autour, telles des abeilles attirées par une fleur. Mais les prisonnières avaient fini par apprendre qu’elle était enceinte du tueur de goule, aussi lui témoignaient-elles le même respect qu’à son mari.
Bluffé par sa performance avec le Tenchûken, Saul Gook désirait revenir sur sa décision de prêter le sabre mono-moléculaire à Mitch. Kenji était un véritable guerrier, lui seul méritait d’user de cette lame légendaire. Inutile de dire que le jeune homme était très tenté. Mais il aimait le challenge. Risquer sa vie le faisait vibrer, et avec le Tenchûken, il se sentait trop invincible. Pourfendre les goules à l’aide de cette arme devenait facile, bien trop facile pour lui. Aussi déclina-t-il cette offre généreuse, se satisfaisant largement du daisho Makoto. Qui plus est, il avait fini par apprécier Mitch, et préférait le savoir équipé d’une arme infaillible. Tôt au tard, les compétence du jeune geek pourraient s’avérer très utiles. Il était primordial qu’il survive. Pour le moment, il conserverait donc le Tenchûken.
De leur côté, Aya et Gina ne pouvaient empêcher l’impatience de les gagner. La Chaîne Platte se rapprochait de plus en plus, sa masse cachant l’horizon telle une vague géante et immobile. Le rêve allait-il devenir réalité ? Retrouveraient-elles l’homme qu’elles aimaient, qu’elles désiraient de toute leur âme ? Mais quand cela se produirait, que feraient-elles exactement ? Qui aurait la priorité ? Qui Jack choisirait-il ? Que deviendrait leur amitié ? Elles n’en avaient pas la moindre idée et préféraient ne pas en parler, de peur de se disputer.
Et un beau matin, alors que les humains sommeillaient après une nuit à rouler et à fumer des joints, ils touchèrent enfin au but. Le massif montagneux se dressait devant eux, muraille gigantesque culminant à plus de trois mille mètres d’altitude, s’étendant du nord au sud telle une monstrueuse chenille rocheuse. Assis au volant, Saul Gook stoppa le bus, faisant couiner les freins et grincer la carrosserie rouillée et mainte fois rafistolée.
« Pourquoi tu t’arrêtes ? interrogea Aya, dont les tripes se tordaient de stress et de fébrilité.
-    Je veux bien continuer, ma jolie, mais par où exactement ? »
C’était là une bonne question. Ils n’avaient pas eu à s’interroger sur le chemin à suivre pour aller de la base d’Adams à la Chaîne Platte, se contentant de suivre une direction générale. Mais maintenant qu’ils y étaient, quelle route fallait-ils emprunter ? Continuer tout droit, s’enfoncer dans la montagne, prendre de l’altitude ? Ou bien longer la Chaîne, essayer de trouver un autre accès ? Qu’avaient bien pu faire les adamsiens ?
A l’extérieur, pas d’indice, pas la moindre trace pouvant informer les voyageurs. Plutôt que de se décider au hasard, ils choisirent de consulter leur carte. Quand on ne sait pas où aller, il faut commencer par savoir où l’on se trouve. Jack et son groupe recherchaient un petit village quelconque, un lieu où ils pourraient trouver des toits sous lesquels s’abriter et de la place pour développer des cultures. Ceux-ci étaient légion dans cette chaîne de montagne. Des hameaux, des villes de moins de cinq mille habitants, il n’y avait que ça dans ce coin. Comment faire un choix ?
Les critères étaient nombreux : présence d’un court d’eau, installations industrielles ou artisanales pouvant aider à se reconstruire, laboratoires d’étude de la faune et de la flore… C’étaient ces derniers lieux qui attiraient le plus l’attention de Gina. En bon scientifique, Jack aurait probablement choisi un endroit où lui et Marie pourraient poursuivre leurs recherches sur la Ghoulobacter. Mais il ne fallait pas oublier qu’ils avaient plusieurs dizaines de personnes avec eux, et que la décision revenait à la communauté entière. Ils préféreraient donc un endroit tranquille, avec beaucoup d’habitations. C’était du moins l’avis d’Aya.
« Ecoutez, les filles, trancha Saul. Je crois qu’on ne va pas avoir le choix. Il va falloir faire le tour de tous les villages. Ca va nous prendre un certain temps, alors autant ne pas se presser. Désolé si vous ne revoyez pas votre homme dès aujourd’hui. »
Leur déception était parfaitement perceptible, mais l’armurier avait raison. Il leur faudrait patienter encore.
« On n’a pas énormément de vivres, intervint Strychnine. Ni d’essence. Et dans ces montagnes, ce bus va consommer. Pour aujourd’hui, je proposerais bien qu’on aille vers ce petit village, là. On pourrait peut-être y trouver de quoi s’y approvisionner. »
Elle pointa sur la carte une localité du nom de Nemace, un hameau placé sur les bords du fleuve Uman, situé à une dizaine de kilomètres au sud. Tout le monde fut d’accord avec elle. Après cette nuit de voyage, ils avaient bien besoin de se reposer, et refaire le plein de vivres pouvait s’avérer crucial avant de s’aventurer dans la Chaîne Platte. De plus, la densité de goules avait beau être très faible dans ce coin, mieux valait ne pas tenter le diable en roulant en plein jour.
Ayant pris l’habitude de conduire à vitesse modérée, il fallut un bon quart d’heure pour que les voyageurs finissent par apercevoir le village. Et immédiatement, des cris de joie et de stupeur envahirent le bus. Car c’étaient bien des gens qu’ils voyaient. Des dizaines de personnes, affairées à labourer la terre, que l’arrivée des nouveaux venus sortirent de leur labeur.
« Je… je les connais ! glapit Gina en trépignant. Les lamidiennes ! Charles Moncle ! Roland !
-    Marie ! Béate ! » s’écria à son tour Aya, reconnaissant elle aussi certaines têtes.
Les adamsiens. C’étaient bien eux, établis dans ce petit village tranquille au pied de la Chaîne Platte. Saul stoppa le bus et tous sortirent saluer la communauté, Aya et Gina en tête.
Elles coururent vers leurs amies, qui écarquillèrent les yeux en reconnaissant l’institutrice. Avant de rester bouche bée en voyant Aya. Elles ne purent sortir un mot quand les deux femmes les serrèrent dans leurs bras à tour de rôle.
« Nom de dieu de bordel de merde ! finit par lâcher Marie, ce qui résumait parfaitement sa stupéfaction. Gina ! On te croyait morte ! Et toi, Aya !! Putain, c’est dingue ! Comment… comment avez-vous réussi à nous retrouver ?
-    Et comment se fait-il que vous soyez toutes les deux ? » ajouta Béate.
Elles avaient tellement d’autres questions à leur poser, de choses à se raconter, tant leur étonnement de retrouver leurs camarades perdues était grand. Mais ce n’était pas le moment de se donner des explications. Les quatre femmes se contentèrent de rire, de pleurer, de s’étreindre pendant de longues secondes, éperdues de joie, tandis que leurs compagnons faisaient connaissance avec les ex-adamsiens. Aya finit par lâcher la question qui lui brûlait les lèvres.
« Jack est ici ? articula-t-elle, le cœur battant. Il est en vie ?
-    Oh, ça oui ! » s’exclama Marie avec un sourire monumental.
Avant de regarder successivement l’institutrice et la philosophe, l’air de prendre conscience d’un problème de taille. Les deux femmes l’ignorèrent, car l’objet de leur désir venait d’apparaître, sortant d’une bâtisse délabrée en compagnie des frères Bronson. Le jeune homme en lâcha son katana de stupeur.
Aya et Gina s’élancèrent vers lui, les larmes aux yeux, avant de s’arrêter et de se jeter un regard incertain. L’institutrice eut un sourire triste et fit signe à son amie de passer devant. Mais la philosophe ne l’entendait pas de cette oreille, et la prit par la main avant de courir vers Jack, toujours paralysé par l’étonnement. Jusqu’à ce que ces deux furies se jettent dans ses bras, manquant de le renverser en arrière.
Bouleversés par l’émotion, ils s’étreignirent tous les trois sous le regard curieux de leurs amis. Pleurant de bonheur, le visage de Jack se tourna d’abord vers Aya, qui s’empressa de l’embrasser à pleine bouche. Leur baiser dura de longues secondes et, mal à l’aise, Gina préféra faire quelques pas en arrière. Mais quand Aya libéra les lèvres de Jack, elle se tourna vers son amie et lui fit signe de revenir. Lui laissant sa place, ce fut au tour de l’institutrice de partager un baiser fougueux avec l’homme qu’elle aimait. Jack était complètement déboussolé, mais il n’allait pas repousser ces jolies demoiselles pour autant. Mieux valait ne pas se poser de question et profiter de cet intense moment de félicité.
« Eh bien, ces trois là vont avoir des choses à régler… commenta Lloyd Bronson en souriant.
-    Ca c’est sûr… ajouta Saul, qui avait rejoint le groupe.
-    Saul Gook ! Putain, ça fait plaisir de te revoir !
-    C’est réciproque, jeune homme. Mais bon dieu, qu’est ce qui t’est arrivé au bras ? »
L’armurier avait un instant cru confondre l’aîné des Bronson avec Arvis, amputé d’un membre suite à la « vengeance de Paul », des mois auparavant. Mais il était bien en train de parler à Lloyd. Tout comme son jeune frère, celui-ci n’avait plus qu’une seule main pour se défendre.
Le jeune homme passa ses doigts sur son moignon en grimaçant.
« C’est une longue histoire… souffla-t-il, souffrant visiblement à ce souvenir.
-    On va avoir des tas de choses à se raconter, intervint Marie. On n’a qu’à tous se réunir dans la salle commune, histoire de faire les présentations et de partager nos aventures.
-    Allons-y, répondit Saul. Je suis curieux de savoir ce qui vous est arrivé depuis que vous êtes partis de l’Armurerie.
-    Il nous faut de la bière ! décréta Arvis en souriant de toutes ses dents.
-    Et des joints ! ajouta Béate. Des tonnes de joints ! »
Là-dessus, tout le monde était bien d’accord. Laissant leur travail de côté, la plupart des survivants se retrouvèrent dans le lieu servant visiblement de réfectoire, bien décidés à fêter ces retrouvailles comme il se devait. Remettant à plus tard une discussion qui s’avérerait plus que nécessaire, le trio Aya-Jack-Gina se joignit à eux, bras-dessus, bras-dessous, choisissant pour le moment d’ignorer l’inconfort d’une telle situation. Après quelques verres et pétards bien mérités, le leader entreprit de raconter aux nouveaux venus leur propre périple jusqu’à la Chaîne Platte.

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Tistoulacasa 02/02/2010 18:11


Youpi !!!!
J'en ai la larme à l'oeil...