Chapitre 119 : séparation

Publié le par RoN

Les coups de feu avaient cessé et un silence religieux régnait maintenant sur le pénitencier. Silence bientôt rompu par des murmures, puis de véritables acclamations quand les prisonnières osèrent sortir des bâtiments pour crier leur joie. Certaines allèrent féliciter Aya, Faye et Gina, redonnant à l’institutrice son enfant mise à l’abri avant l’assaut, mais la plupart se précipitèrent sur Kenji pour le congratuler, le remercier et lui proclamer leur admiration. Certaines allèrent jusqu’à se jeter dans ses bras et l’embrasser à pleine bouche, faisant fi des protestations de sa petite amie. Le visage du tueur de goule avait beau être hideusement marqué par les stigmates de l’affrontement contre l’ARH, ces femmes avaient rarement vu quelqu’un d’aussi irrésistible. Un homme, un vrai, un véritable héros qui était parvenu à vaincre sept monstres redoutables pour les protéger. Quel dommage que celui-ci n’ait pas le droit de participer aux ébats qui avaient occupé Saul, Mitch et Vicious les heures précédentes. Les prisonnières se seraient damnées pour avoir l’occasion de s’offrir à un tel guerrier.
Mais en désespoir de cause, elles se contentèrent de le couvrir de caresses et de s’occuper de ses blessures sous l’œil vigilant de son amoureuse. Les griffures sur son poitrail étaient profondes, et laisseraient de nouvelles cicatrices sur son corps déjà recousu de partout. Mais comme d’habitude, il s’en remettrait sans problème.
Après les instants de joie qui avaient suivi la victoire vint la tristesse, le chagrin d’avoir perdu des camarades, des amies de longue date. Une quinzaine de prisonnières avaient succombé dans l’attaque, se transformant en zombie avant d’être exécutées par Gina et Faye. Bien que vivante, leur chef était elle aussi en piteux état. Elle avait perdu beaucoup de sang, évitant de sombrer dans l’inconscience au prix d’efforts surhumains. Sans parler de la Ghoulobacter qui proliférait dans ses veines.
Aya, blessée elle aussi mais bien moins gravement, insista pour qu’on l’empêche de s‘endormir. Il fallait absolument qu’elle fume régulièrement de la super-weed, sans quoi l’infection finirait par avoir le dessus.
« C’est dingue… commenta Strychnine d’une voix faible. Alors cette drogue peut vraiment protéger de la contamination… Vous n’auriez pas quelques graines, qu’on puisse en planter ici ?
-    Malheureusement non, répondit Aya. Mais le mec qui a inventé ça – MON mec – en possède certainement. On essaie de le retrouver, c’est pourquoi on voyage vers la Chaîne Platte.
-    Alors vous êtes bientôt arrivés… Si c’est possible, j’aimerais vous accompagner.
-    Pour l’instant, il faut déjà que tu survives. Et tu abandonnerais tes copines ?
-    Bien sûr que non. Mais pour continuer à les protéger, j’aurais besoin de la super-weed. Quelque chose me dit que ces saloperies de super-goules ne sont pas les dernières qu’on verra… »
Sur ce point, elle avait probablement raison. Quant à savoir si le groupe pouvait ou non l’accepter dans leurs rangs, il fallait qu’ils en discutent. Mais après tout, ils n’avaient aucune raison de refuser. Le bus était assez grand pour embarquer sans problème quelques personnes de plus. Cependant, près de la moitié des prisonnières manifestèrent la volonté de suivre le groupe vers la Chaîne Platte. Certaines avaient envie de voir du pays, de sortir de cet abri qu’elles n’avaient pas quitté depuis des mois, voire des années. D’autres souhaitaient rester avec leur chef, quoi qu’il en coûte. D’autre encore ne désiraient qu’une chose : suivre Kenji, le héros qui leur avait sauvé la vie. Ce qui eut le don d’énerver Faye, soucieuse de l’intérêt que portaient ces femmes à son amoureux. Mais cela ne constituait pas un argument suffisant pour leur interdire le voyage.
La place, en revanche, en était un. Avec le matériel entassé dans le véhicule, ils ne pourraient jamais embarquer toutes les volontaires. Ce fut Vicious qui proposa une solution. Le libertin avait à peine jeté un œil à l’extérieur après l’attaque des goules, se replongeant bien vite dans son activité favorite : forniquer avec toutes les femelles qui avaient l’audace de venir le voir. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, celles-ci étaient nombreuses. Saul et Mitch s‘avéraient être des partenaires satisfaisants, mais bien moins performants que le disciple du marquis de Sade, dont le plaisir constituait la passion même. Aussi étaient-elles tout à fait enclines à venir s’essayer aux joies du libertinage. Elles encaissaient sa rudesse et, mieux encore, en redemandaient, nullement horrifiées ou effrayées par ses pratiques douteuses. La plupart étaient des dures : elles aimaient les hommes forts, virils et violents, et attendaient donc des rapports sexuels à cette image. Cette tendance était encore exubérée par leur manque, l’absence de contact masculin depuis une éternité. Elles adoraient Vicious, le vénéraient presque. Immédiatement séduites par le libertin, il n’était pas rare qu’elles lâchent un mot d’amour sincère à la fin de leurs ébats.
Autant dire que le jeune homme était sur un petit nuage. Jamais il n’aurait imaginé qu’un tel lieu puisse exister dans ces terres désolées. Un abri peuplé de nymphettes qui n’attendaient qu’un mâle pour les satisfaire. Un palais de la luxure, où chaque jour, chaque heure était consacrée au plaisir de la chair. Un lieu où lui et son monstre intérieur pourraient vivre en toute harmonie.
« J’ai décidé de rester, annonça donc Vicious lors d’une de ses rares pauses-joint. Cet endroit est fait pour moi. Je veux vivre avec ces femmes.
-    Pfff, alors ça, ça ne m’étonne vraiment pas de toi… commenta Aya avec une moue méprisante.
-    Tu m’effaces ce regard de ta jolie gueule, poupée, la réprimanda une des prisonnières, au bras de son amant. Vic nous aime, et nous l’aimons.
-    Ca n’a rien à voir avec de l’amour. Ce monstre est incapable d’éprouver quoi que ce soit pour qui que ce soit.
-    Détrompe-toi, Aya, répondit l’intéressé d’une voix douce, bien éloignée de son ton habituel. Je crois qu’ici, je pourrai enfin goûter au bonheur. Non, j’en suis certain. Est-ce que ce n’est pas précisément ça, l’amour ? Etre heureux grâce à d’autres êtres humains ? Qu’importe si ce n’est pas avec une personne unique. »
Aya resta silencieuse. Là, Vicious marquait un point. Il était rare que la philosophe reçoive une leçon de vie de la part de ses camarades. Mais celle-ci pourrait peut-être lui être utile dans un avenir pas très lointain.
« J’espère que tu as raison, répondit-elle finalement. Pour toi, et pour toutes ces nanas.
-    Et puis au fond, tu dois être contente de te débarrasser de moi, non ?
-    Ca, c’est clair. »
Elle afficha un sourire sarcastique, mais ne parvint pas à dissimuler une légère tristesse. Ainsi, ils se séparaient ici. Ce qui était sans doute préférable. Si elle retrouvait Jack prochainement, comme elle l’espérait de tout cœur, mieux valait que l’ancien leader des Raiders ne soit pas en sa compagnie.
« Quoi qu’il en soit, j’estime qu’une partie de notre matériel me revient, continua Vicious. Après tout, j’ai largement contribué à vaincre la troupe de l’ARH. Aussi je pense que vous devriez nous laisser des armes et des vivres. Et un peu de super-weed, si ce n’est pas trop demander. »
Cela semblait raisonnable, et présentait l’avantage de libérer de la place dans le bus renforcé. Gina, Faye, Kenji, Saul et Mitch ne purent qu’approuver cette proposition. Ils déchargèrent donc une portion de leurs munitions, flingues, médicaments et boîtes de conserves, puis s’accordèrent quelques heures de repos en attendant la tombée de la nuit.
Au soir, ils se firent leurs adieux. Les hommes souhaitèrent à Vicious bien du courage. Et de l’énergie, car il allait lui en falloir pour s’occuper des ces vingt femmes assoiffées de sexe. Il serait désormais un pilier dans la vie à la prison. Et s’en satisfaisait pleinement, heureux d’avance à l’idée de ce que les prochains mois lui réservaient. Gina et Faye, pour leur part, ne manifestèrent pas de grand regret à l’idée de quitter leur camarade. Seule Aya semblait sincèrement touchée. Une réelle amitié s’était développée entre elle et celui qui avait été son tortionnaire, et se séparer les attristaient tous les deux malgré leur récentes discordes. Mais Vicious avait choisi de suivre sa propre voie, et rien n’aurait pu le faire changer d’avis.
Strychnine et une quinzaine de prisonnières se tassèrent dans le bus en compagnie des voyageurs. La chef promit de revenir un jour ou l’autre avec les fameuses graines de super-weed. Elle espérait que ses camarades réussiraient à se débrouiller sans elle. Dans le pénitencier, la routine était bien rôdée, et elles lui assurèrent qu’elle n’avait pas de souci à se faire. Avec un homme à leur côté, elles se sentaient bien plus confiantes en l’avenir.
Chacun avait donc fait son choix et ils reprirent finalement la route, pour la dernière ligne droite en direction de la Chaîne Platte. 

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Tistoulacasa 02/02/2010 18:02


Elle ne s'appelerait pas EDEN cette prison :D


Bigdool 17/01/2010 21:45


Salut,

Ca fait déjà presque un mois que j'ai commencé à lire ton roman, et honnêtement, j'aime beaucoup, c'est ma préférée sur le net.

Tout est vraiment bien détaillé, on est vraiment dedans. Le seul reproche que je pourrais faire est que tu n'espace pas énormément entre les paragraphes, ça fait trop pavé des fois. Bon pis y'a le
tenchukên aussi, j'ai trouvé ça un peu ... irréaliste ^^'

En tout cas c'est dommage que tu n'ai pas beaucoup de lecteurs, mais si tu n'y vois pas d'inconvénients, j'essayerai de te faire un p'tit peu de pub à l'avenir ^^

Bref, bonne continuation et bon courage, parcequ'un chapitre par jour, c'est vraiment cool ^^

Ps: La façon dont tu as décrit les super-goules qui attaquaient le pénitencier m'ont trop fait pensé aux tank du jeu left 4 dead, mais en moins massifs ^^


RoN 18/01/2010 01:30


Eh bien ma foi, merci beaucoup pour ce commentaire, voilà qui me fait bien plaisir ^^

C'est vrai, je pourrais sans doute essayer d'éclaircir un peu le texte... A la base j'écris sur word, ça fait moins pavé, mais le passage en format blog à tendance à tasser un peu le tout...

Pour le Tenchûken, ce n'est pas si irréaliste que ça, une telle arme pourrait je pense être réalisable. Du moins en théorie, car il va de soi que son coût serait sans doute exhorbitant. Et aucune
rentabilité, mieux vaut investir dans un bon missile... Enfin, ces tarés de japonais seraient bien capables de nous mettre ça au point, rien que pour le trip ^^
Et de toute manière, j'ai jamais dit que ce roman n'était pas de la science-fiction, rien ne m'empêche de sortir des technologies qui n'existent pas ^^

Pour ce qui est du tank, les super-goules sont quand meme bcp plus intelligentes. Le tank c'est l'ultra-bourrin de base, qui défonce tout sur son passage sans réfléchir. Pour moi, les goules
ressembleraient plutot aux espèces de zombie qu'on voit dans le jeu Killing Floor...

A part ça, toute publicité est la bienvenue, n'hésite pas si tu connais des gens que ce genre de récit pourrait intéresser !

Merci encore, et bonne lecture pour la suite !