Chapitre 115 : du sexe !

Publié le par RoN

Le groupe faillit passer à côté du pénitencier sans se rendre compte qu’il était habité, ce qui avait été le cas des adamsiens quelques jours plus tôt. Les paupières lourdes, Saul Gook roulait à faible allure, craignant une rencontre avec une horde bien que la zone soit relativement déserte. Quand les deux énormes spots s’allumèrent et se braquèrent sur le bus, l’armurier fut méchamment aveuglé et pila comme une brute, secouant ses passagers somnolents. Quelques instants plus tard, une voix résonnait dans la nuit, amplifiée par de puissants haut-parleurs.
« Hey vous, dans le bus ! Auriez-vous l’obligeance de venir par ici ? Nous avons besoin d’aide ! »
Gook interrogea ses compagnons du regard. Après leurs mésaventures avec l’Armée du Renouveau Humain, ils n’étaient pas très chauds à l’idée de côtoyer des repris de justice. Mais à vrai dire, rien ne leur prouvait que les habitants du pénitencier étaient des criminels. Avec ses hauts mûrs infranchissables, la prison constituait un abri relativement sûr face aux meutes de zombies. Il n’était pas impossible que des citoyens « normaux » y aient élu domicile. Et au fond, qu’avaient-ils à craindre ? Les blessés allaient déjà beaucoup mieux, Kenji attendant impatiemment l’occasion de pouvoir se servir de ses sabres. Et avec tout l’arsenal qu’ils avaient volé à la troupe de l’ARH, mieux valait ne pas leur chercher d’ennuis.
La voix réitéra sa demande. La politesse et le ton implorant qu’ils y perçurent décidèrent le groupe à obtempérer. Les lourdes portes d’acier s’ouvrirent à l’approche du bus, qui pénétra dans l’enceinte à vitesse réduite, franchissant les murailles puis un haut grillage de fils barbelés. Roulant au pas, Saul se gara devant l’entrée d’un bâtiment d’aspect sinistre, entouré par des cultures aussi hétéroclites que luxuriantes. Une bonne trentaine de personnes les attendaient. Des femmes, uniquement des femmes, toutes habillées de la même manière ou presque : chemise et pantalon gris délavé, chaussures noires d’aspect élimé, cheveux généralement courts.
N’oubliant pas de s’armer, les nouveaux arrivants sortirent prudemment de leur véhicule, laissant la petite Alice en sécurité à l’intérieur. La bande de prisonnières – car il semblait bien que ce pénitencier était squatté par ses occupantes légitimes – les sonda d’un regard curieux, une lueur inquiétante dans leurs yeux. Elles n’étaient pas armées et n’avaient aucunement l’air agressives, mais Kenji et les autres ne pouvaient s’empêcher d’être tendus, doigts crispés sur leurs flingues et katanas.
D’autres détenues se ramenèrent progressivement, et une femme d’une quarantaine d’années finit par venir à leur rencontre, sûre d’elle et d’une prestance qui forçait l’admiration. Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle s’adressa à eux avec une politesse et un respect exemplaire, commençant par les remercier de s’être arrêtés sans s’attarder sur les faits que les nouveaux arrivants étaient surarmés. 
« N’ayez aucune crainte, les rassura-t-elle. On ne vous fera aucun mal, vous avez ma parole. Toutes ces nanas m’obéissent au doigt et à l’œil, et si l’une d’elle vous regarde de travers, elle aura affaire à moi. Je m’appelle Strychnine.
-    J’espère que c’est un surnom, railla Vicious. Sinon tu dois en vouloir à tes parents, ma grande.
-    Bien-sûr, ce n’est pas mon vrai prénom, répondit-elle en souriant, nullement blessée par cette remarque. La strychnine est un composé chimique extrait de la noix de vomiquier, qu’on cultive ici. Ca éclaircit l’esprit, augmente les réflexes et la perception, bref c’est particulièrement utile quand on doit affronter les zombies.
-    Très intéressant, commenta Saul. Mais vous disiez avoir besoin d’aide. Que pouvons-nous faire pour vous ? »
Les prisonnières gloussèrent autour d’eux. Toujours rien de menaçant chez elles, mais Kenji se sentait assez mal à l’aise, comme si ces femmes le déshabillaient du regard. Ce qui était exactement le cas en réalité.
« Eh bien, c’est assez difficile à demander… répondit Strychnine. Je vois que vous êtes… quatre hommes. C’est plus qu’on en a vu ces dernières années.
-    Ca explique pourquoi vos amies nous dévorent des yeux ainsi, commenta Saul avec un sourire en coin. Ravi de vous rencontrer, mesdames ! »
Les femmes rirent et lui rendirent son salut, réjouies et parfaitement aimables. Tout le monde se détendit un peu, rassurés de voir que les prisonnières n’étaient en rien les criminelles sanguinaires auxquelles ils auraient pu s’attendre.
« Ici, on ne manque de quasiment rien, continua la chef. On a un peu d’électricité, l’eau nous vient du fleuve Uman, on fait pousser nos légumes et on a même quelques poules. Il y avait près de cinq cent femmes dans ce pénitencier avant le début de l’épidémie, mais pas mal se sont tirées quand les gardiennes nous ont abandonnées. Moi, ça fait près de dix ans que je suis là. Le monde extérieur ne signifie plus rien, j’avais nulle part où aller. Alors je suis restée, tout comme une cinquantaine de mes copines. On s’est organisées et on a survécu.
-    C’est vrai que ça a l’air pas mal, ici, commenta Vicious.
-    Avant, certainement pas. On bossait dix heures par jour pour un salaire qui ne mérite même pas cette appellation. Mais depuis que ce pays a sombré dans la merde, ouais, on n’a pas à se plaindre étant donné ce qui a dû se passer pour le reste de la population. La seule chose qui nous manque, ce sont les hommes. »
Commençant à comprendre ce que ces prisonnières leur voulaient, les nouveaux arrivants se jetèrent des regards assez évocateurs. De l’étonnement dans celui de Kenji. De la joie, de l’excitation dans les yeux de Vicious. De l’amusement dans ceux de Saul. Une légère panique chez Mitch. Les filles, pour leur part, ne percutaient pas encore.
« Laissez-moi devinez, dit Saul. Ce que vous voulez, c’est… nous ?
-    Ouais ! confirma une femme. On veut de la bite !
-    Des mecs bien membrés ! répondit une autre.
-    Des couilles bien grosses et bien remplies ! lança une troisième.
-    Je crois que vous voyez le tableau… conclut Strychnine en riant et en apaisant ses camarades d’un geste de la main. Cependant, soyons claires. On ne vous obligera à rien. Mais on est toutes en manque, sacrément en manque. Les trucs entre filles, ça va bien un moment. La plupart d’entre nous n’ont pas été dans les bras d’un homme depuis des années. On ne rêve que de ça. Ce serait très généreux de votre part de vous… prêter un peu à nous… »
Ils n’en revenaient pas. Alors c’était ça, « l’aide » dont ces femmes avaient besoin. Une demande aussi surprenante qu’incongrue, dans ce pays où la plupart des gens étaient uniquement préoccupés par leur survie. Mais après tout, pourquoi pas ? Une fois en sécurité, bénéficiant d’un confort relatif et de nourriture suffisante, que fallait-il pour être heureux à part un peu de contact charnel ? Et de la part de femmes recluses depuis des mois, ça n’avait rien d’étonnant. Dans ces conditions, n’importe qui deviendrait nymphomane.
Vicious se frotta les mains, aux anges, mais ses compagnons avaient l’air plus réticents. Saul prit une nouvelle fois la parole.
« Tout ceci est très flatteur, mesdames, dit-il respectueusement. Je ne peux pas m’exprimer à la place de mes amis, mais pour ma part, ça va être difficile de vous satisfaire. Je… je n’ai plus d’érection depuis des mois.
-    Arrête ! s’écria une femme. T’as l’air parfaitement conservé !
-    Merci. Mais le problème n’est pas là. Vraiment, je ne ressens plus la moindre excitation sexuelle depuis… depuis que j’ai perdu mon fils… »
Un silence pesant accueillit cette annonce. De nombreuses prisonnières avaient l’air sacrément déçues, l‘hypothèse de s’envoyer en l‘air avec ce bel homme mûr s’évanouissant comme neige au soleil.
« Ecoutez, je comprends votre douleur, dit Strychnine d’une voix douce. Voir son enfant mourir doit être un sacré traumatisme. Pas mal d’entre nous doivent être dans le même cas. Mais vous ne voudriez pas essayer de faire un effort ? On cultive quelques plantes aphrodisiaques, ici. Ca pourrait peut-être vous donner un coup de fouet ? Et j’ai dans l’idée que mes amies sauront se montrer très motivées…
-    Bon, soupira Saul après quelques secondes. Je… je ferai de mon mieux. Comment dire non à de si jolies demoiselles ? »
Une ovation accueillit cette annonce, et pas moins de six femmes se précipitèrent sur Saul, gloussant et le caressant comme s’il était leur roi. Elles l’entraînèrent à l’écart, sous les regards amusés de ses camarades.
« Et toi, mon mignon ? demanda la chef à Mitch. Partant pour une nuit de folies ?
-    Je… je suis désolé… balbutia le pauvre geek, rougissant et baissant la tête. Je suis gay…
-    Non, c’est pas vrai ! Un beau gosse comme toi ? C’est du gaspillage ! Ecoute, tu peux bien faire une petite exception, non ? On peut te faire les mêmes trucs qu’un mec…
-    Je… je sais pas trop… »
Les femmes prirent son indécision pour de l’approbation, et l’emmenèrent à son tour vers un endroit plus privé. Mitch lança un regard paniqué vers ses amis, qui se contentèrent d’éclater de rire. Bah, il ne pouvait rien lui arriver de mal.
« A toi, le samouraï, annonça Strychnine. Oh, quelque chose me dit que là, il va vraiment y avoir un problème… »
En effet, Faye avait enserré les épaules de Kenji dans ses bras, l’air bien décidée à ne pas laisser ces nymphomanes s’emparer de lui. Le jeune homme haussa les épaules, l’air désolé. Mais au fond, il était plutôt soulagé.
« Allons, tu ne veux pas partager un mec si sexy ? interrogea la chef des prisonnières.
-    Hors de question ! répliqua Faye. Celui-là, il est à moi ! »
Un soupir de déception parcourut l’assemblée, et certaines femmes firent mine de passer outre la volonté de Faye, pour emporter le tueur de goule avec ou sans son accord. Mais Strychnine leva le poing, jeta un regard dur et autoritaire à ses camarades. Celles-ci reculèrent sans dire un mot.
« On respecte ces gens ! rappela-t-elle. Cette petite dame a le droit d’être jalouse, on ne peut pas la blâmer pour ça. Un bel homme comme lui, moi aussi je voudrais le garder pour moi. Je ne veux pas voir une seule d’entre vous le lui reprocher, ou faire quoi que ce soit contre elle ! Vous devrez vous passer du samouraï, mais ne désespérez pas, car un a gardé le plus beau morceau pour la fin !
-    Ca, tu as bien raison ! dit Vicious en souriant de toutes ces dents. Pour ma part, je suis entièrement prêt à vous satisfaire ! L’une après l’autre ou toutes en même temps, c’est uniquement à vous de voir ! »
Un gigantesque cri de joie accueillit ses paroles, et toutes les femmes restantes se précipitèrent sur lui. Vicious leva la main pour les faire patienter quelques instants
« Je dois cependant vous mettre en garde, mesdames ! les prévint-il. Je préfère être sincère avec vous. Quand je baise, je suis un fauve, une bête. J’aime faire mal, j’aime dominer les femmes. Si ça vous déplait, ne prenez pas le risque de venir dans mon lit. »
Cette annonce en refroidit certaines, mais la plupart des filles ne montrèrent pas la moindre crainte. Certaines n’en eurent l’air que plus excitées encore, et se jetèrent dans les bras du libertin, impatientes de découvrir ce qu’il leur réservait. Imaginaient-elles réellement ce à quoi elles s’exposaient ?
« Merci de ta franchise, jeune homme, lui dit Strychnine. Ne te fais pas de souci. La plupart d’entre nous en ont vu des vertes et des pas mûres. Moi en particulier. Les pervers, les cinglés, ça nous connaît. Tout ce qu’on te demande, c’est de ne tuer personne. A part ça, tu peux te lâcher. C’est précisément ce dont on a envie. »
Aya et Gina échangèrent un regard mi-interloqué, mi-choqué. Elles n’en croyaient pas leurs oreilles. Il existait donc réellement des personnes qui appréciaient ce genre de pratiques ? Des femmes qui aimaient se faire frapper, se faire humilier ? Décidemment, l’être humain était surprenant dans sa folie…
Vicious, pour sa part, était sur un petit nuage tandis que les prisonnières l’entraînaient vers le bâtiment principal. Une bonne vingtaine au moins. Aurait-il assez d’énergie pour toutes les contenter ? Cela restait à prouver. Mais pour le moment, l’excitation qu’il ressentait au contact de toutes ces mains en train de le caresser surpassait largement ces doutes.
« Je suis au paradis… » soupira-t-il, humant le parfum du désir tout autour de lui.

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tistoulacasa 31/01/2010 21:56


Je crois que Vicious a trouvé son Paradis, c'est clair !!!