Chapitre 114 : dispute

Publié le par RoN

« T’étais où, Victor ? interrogea Aya. On commençait à se faire du souci…
-    J’explorais juste les environs, mentit-il. J’ai trouvé un peu de tabac.
-    Hey, mais c’est quoi cette tâche de sang ? »
Le cœur de Vicious se mit à accélérer. Il s’était nettoyé de son mieux après le massacre de Tricia, mais avait visiblement souillé ses vêtements. Une tâche rougeâtre de la taille d’une pièce de monnaie s’étalait sur sa manche. Trop fraîche pour prétendre qu’elle datait de l’affrontement avec l’ARH. Observatrice et intriguée par la bonne humeur de son ami, elle n’était pas passée à côté de ce détail. Il se maudit d’avoir ainsi manqué de vigilance.
« Ca doit être de la visque, avança-t-il. J’ai buté deux goules.
-    Ca ressemble vraiment à du sang. Tu nous cacherais pas quelque chose ? »
Vite, vite, trouver une explication convaincante. Si ses compagnons venaient à découvrir ce qu’il avait fait réellement, qui sait quelle serait leur réaction ? Ils l’abandonneraient sans doute sur place, le tueraient peut-être. Il tira sur son joint, essayant de gagner du temps.
« J’imagine que ma blessure a dû se rouvrir » sortit-il finalement.
Aya resta dubitative. Elle avait dû apercevoir la légère panique dans ses yeux. Elle sembla néanmoins accepter sa version des faits, et lui sourit. Avant de se rapprocher, comme si elle allait lui coller un baiser. Tendu et ne sachant trop comment réagir, Vicious la laissa venir. Elle tendit la main, faisant mine de vouloir s’emparer de son pétard. Mais agrippa finalement sa chemise et la tira sèchement, révélant son bras blessé. Le bandage qui l’entourait était blanc comme neige.
« Tu mens, déclara-t-elle en fronçant les sourcils. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? »
Vicious remit son vêtement, le cœur battant à tout rompre, avant de se détourner d’Aya. Tous les regards étaient braqués sur lui. Démasqué, il n’avait aucune idée de la façon dont il pouvait gérer cette délicate situation.
« Répond ! exigea sévèrement la jeune femme. Qu’est-ce que tu as foutu ?
-    Va te faire voir, Aya ! lança-t-il, à cours d’explication. T’es pas ma mère. Et même à elle, je ne lui disais pas ce que je fabriquais de mon temps libre. J’ai aucun compte à te rendre.
-    Non, pas à moi. A nous tous. On voyage en ta compagnie. On te fait confiance. Je suis devenue ton amie malgré ce que tu m’as fait subir. Alors explique-nous d’où vient cette tâche de sang ! »
Elle le fusilla du regard, déterminée. Bordel, pourquoi fallait-il que cette gonzesse vienne foutre sa merde ? Il était d’excellente humeur lorsqu’il était arrivé au bus. Le cœur léger, enfin apaisé après ces jours de torture intérieure. Aya venait de tout gâcher. S’il s’était défoulé sur une inconnue, c’était précisément pour épargner les femmes de son groupe. Pourquoi le harceler ainsi ? Pas question de plier devant elle. Ses compagnons ne devaient en aucun cas connaître la vérité. Tant pis s’ils se doutaient qu’il cachait quelque chose.
« Non, répondit-il froidement. Ce que j’ai fait ne regarde que moi. Lâche-moi la grappe.
-    Tu as quelque chose à te reprocher, je le vois dans tes yeux, insista Aya. Je commence à te connaître. Aller, soulage ta conscience.
-    Ma conscience va très bien. Je n’ai jamais autant été en paix avec moi-même. Alors me prend pas la tête, bordel ! »
Perdant contenance, il avait élevé la voix, chose qu’il faisait rarement avec ses camarades de voyage. Lui et Aya s’affrontèrent du regard plusieurs secondes. La main de la jeune femme glissa vers le pistolet qu’elle portait à la ceinture. La tension monta d’un cran dans le bus.
« Fais pas ça… prévint Vicious, ses propres doigts se refermant sur la crosse de son arme.
-    Bon, ça suffit ! s’écria Saul en frappant le sol du fourreau de son sabre. Vous allez vous calmer, tous les deux ! Ce serait vraiment trop con de vous entretuer alors qu’on est plus qu’à quelques jours de la Chaîne Platte.
-    Il a assassiné quelqu’un ! rétorqua Aya.  Peut-être même pire ! Ca crève les yeux, c’est inscrit sur son visage !
-    Tu racontes n’importe quoi ! On a vu personne depuis des jours. Comment j’aurais pu faire du mal à qui que ce soit ? Putain de gonzesse hystérique ! » s’emporta Vicious.
Poussant un cri de rage, Aya tenta de lui foncer dessus, la colère lui faisant heureusement oublier l’idée de se servir de son flingue. Gina la ceintura pour l’en empêcher, faisant de son mieux pour la repousser en arrière. La main de son amie battit l’air, essayant de gifler Vicious, et ses ongles griffèrent profondément la joue du jeune homme. Poussant un juron, il se rua à son tour sur sa camarade, mais Saul s’interposa et le saisit à la gorge avant de le plaquer contre la paroi du bus, ignorant complètement le fait que Vicious était blessé. La douleur qui fusa dans son bras amoché suffit à le ramener à la raison, et il se contenta de fusiller Aya du regard sans tenter de se dégager de la poigne puissante de l’armurier.
« Maintenant, vous allez arrêter votre cirque ! ordonna Gook. Sinon on vous attache chacun d’un côté du bus. Victor, si tu pouvais nous donner une explication, je suis sûr que ça arrangerait tout.
-    Allez vous faire foutre ! cracha-t-il en réponse. Ca vous regarde pas !
-    Bon, très bien. Si je te lâche, tu ne feras rien de dangereux ? Tu n’essaieras pas d’attaquer Aya, ou qui que ce soit ?
-    Mais bordel, c’est pas moi qui ai commencé à chercher la merde ! C’est à l’autre grognasse qu’il faut dire ça ! »
Aya poussa un rugissement rageur, et se débattit violement dans les bras de Gina. Mitch vint lui prêter main forte, tandis que Saul relâchait Vicious, mais le gardait bien à l’œil. Kenji était lui aussi sur ses gardes, la main posée sur la poignée de son katana.
« Vous allez le laisser s’en tirer comme ça ?? exulta Aya.
-    On n’a aucune preuve qu’il ait fait quoi que ce soit de mal, objecta Faye, impressionnée mais gardant son jugement intact. Cette soi-disant tâche peut être n’importe quoi, en fait. Du chocolat, du ketchup, j’en sais rien…
-    C’est du sang ! Il est dangereux !
-    Pour l’instant, c’est toi qui parais la plus dangereuse, Aya, dit doucement Gina. Reprend-toi, je t’en prie. »
La douceur de son amie apaisa un peu la jeune femme, qui inspira un bon coup avant de se détendre. Ses yeux étaient toujours emplis de fureur, persuadée qu’elle était que Vicious avait trahi leur confiance. Mais elle réussit à se maîtriser.
« Je croyais en toi, souffla-t-elle en sondant l’ex-leader des Raiders du regard. Je pensais que tu étais devenu un mec bien. Mais tu n’as pas changé. Tu es toujours le monstre qui m’a kidnappée et violée, il y a des mois de ça.
-    Non, tu te trompes, répliqua Vicious, une sincère tristesse dans la voix. Tu m’as beaucoup aidé, Aya. Je ne suis plus le même. Je contrôle mes pulsions. Je sais apprécier d’autres choses que le sexe.
-    Je ne te crois pas. Tu avais le même regard que maintenant, quand tu sortais d’une de tes petites séances de torture avec les prisonnières des Raiders. Si ça ne tenait qu’à moi, je t’abandonnerais ici. »
Mais bien entendu, ils ne pouvaient pas faire ça. Malgré la détermination dont Aya faisait preuve, les autres ne croyaient pas en ce qu’elle avançait. Vicious était leur ami. Ils avaient combattu ensemble, éliminé des centaines de goules, vaincu la troupe du colonel Magnus, partagé quantité de nourriture et de joints. Même Mitch avait tendance à l’apprécier, Vicious jouant parfois à le draguer gentiment. Il n’était pas réellement intéressé, mais en bon libertin, il aimait s’amuser, et cela plaisait au jeune geek. Kenji et Faye reconnaissaient ses talents de guerrier, et auraient regretté de perdre le renfort qu’il constituait, même blessé.
Aussi décidèrent-ils de passer outre cet incident, de laisser à Vicious le bénéfice du doute sans chercher à savoir ce qu’il avait fabriqué durant son heure d’absence. Mais Aya, elle, n’oubliait pas. Elle n’adressa plus la parole à celui qui avait été son tortionnaire, puis son sauveur, puis son ami. Durant les jours qui suivirent, elle refusa de dormir si le libertin était seul à monter  la garde. Sa déception et son dégoût allaient même jusqu’à ne plus vouloir tirer après lui sur un joint. Vicious n’était pas en reste, poussant des soupirs méprisant quand Aya refusait de lui parler ou de lui passer un objet, ou la gratifiant de regards assassins à la moindre occasion.
Même en s’ignorant le plus possible, ils faillirent en venir aux mains plusieurs fois. Leurs camarades faisaient de leur mieux pour les retenir, pour concilier ces deux énergumènes, mais leurs mauvaises relations finirent par miner le moral de tout le groupe. Les longues heures de route semblaient s’étendre éternellement. Finies, les discussions bon enfant, les délires collectifs déclenchés par un joint de trop. Le chemin jusqu’à la Chaîne Platte paraissait long, bien long, alors qu’ils en avaient pourtant bientôt terminé.
Saul croisait les doigts pour que cette bombe à retardement n’explose pas avant leur arrivée, pour que les jeunes gens ne commettent pas d’erreur irréparable. Heureusement, une solution se présenta bientôt à eux. Une solution qui avait la forme d’un grand complexe grisâtre, entouré de hauts murs et de barbelés, et dont les lourdes portes d’acier étaient surmontées de l’inscription : « Pénitencier pour femmes de Fraquin-Uman ».

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tistoulacasa 31/01/2010 21:49


Chouette, une prison. L'un des lieux classique de l'univers zombie :)