Chapitre 111 : complicité

Publié le par RoN

Trois jours après que Mitch ait subi sa petite initiation à l’art de pourfendre de la goule, le jeune homme commençait à prendre réellement confiance en lui. La bataille qui venait d’avoir lieu s’était parfaitement bien déroulée, lui et Saul ayant vaincu sans aucune difficulté la meute de quinze monstres qui leur barraient la route. Les deux hommes réintégrèrent le bus la sueur au front, les chaussures maculées de visque et le sourire aux lèvres. Ils s’offrirent le classique pétard de la victoire tandis que Vicious redémarrait, pilotant adroitement le véhicule malgré son bras gauche en écharpe.
Assis dans le fond, Kenji caressait les chats en ne quittant pas Mitch des yeux. Sa main était un peu trop tendue au goût des félins, et l‘un d’eux le mordit gentiment pour lui montrer son mécontentement. Le jeune homme n’en eut cure, gratifiant Mitch d’un regard courroucé sans que celui-ci s’en aperçoive. Il ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir. Comment Saul avait-il pu offrir son précieux Tenchûken à un tel novice, à un faiblard à peine capable de le brandir ? S’il y avait une seule personne qui méritait cette arme légendaire, c’était bien lui, le pire cauchemar des zombies, celui que l’on surnommait le tueur de goule.
Mais dans son état, il n’était pour l’instant bon à rien. Respirer le faisait souffrir, il se mouvait à la vitesse d’un septuagénaire, et soulever ses katanas lui arrachait des gémissements de douleur. Il était relégué au second plan, obligé de compter sur un vieil homme et un geek homosexuel pour éliminer les monstres qu’ils rencontraient sans cesse. Il ne supportait pas que ce nouveau venu lui vole sa place, en plus de s’approprier le katana qu’il convoitait. Mais il s’abstenait heureusement de toute remarque désobligeante, se contentant généralement de le fusiller du regard quand il revenait des affrontements tel un héros vengeur.
« Tu vas arrêter de le fixer comme ça, oui ? le réprimanda Faye avec un petit coup de poing dans l’épaule. Mitch ne t’a rien fait.
-    Je sais, je sais soupira Kenji en faisant la grimace, ce qui tira douloureusement sur ses méchantes cicatrices. Mais j’en ai vraiment marre d’être impuissant comme ça. Faut que je bouge, que je découpe du zombie.
-    Soit patient, lui recommanda Aya. Dans ton état, tu risquerais d’aggraver tes blessures.
-    Ou de te faire bouffer, compléta Gina. Te fais pas de souci, le samouraï. On sait que c’est toi le meilleur d’entre nous, quand il s’agit de faire leur fête à ces saloperies.
-    Mais parfois, même les héros doivent prendre du repos. »
Devant ces trois femmes qui ne voulaient que son bien, Kenji rendit les armes. Elles avaient raison. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était attendre, récupérer, reprendre des forces. Sa mauvaise humeur s’estompa bien vite et il réussit même à discuter un peu avec Mitch, lui prodiguant quelques conseils sur la façon de manier le sabre. Il ne pouvait s’empêcher de jeter des regards envieux vers le Tenchûken, mais devait bien avouer qu’au fond, un tel katana semblait idéal pour un débutant. Il devait prendre sur lui, mettre de côté son orgueil de guerrier pour favoriser la survie du groupe dans son ensemble.
Et même sans la force du tueur de goule, le groupe s’en sortait très bien. Ils avançaient vite, la distance restant à parcourir jusqu’à la Chaîne Platte se réduisant de plus en plus. Les meutes de zombies ne leur posaient aucun problème. Le gros des monstres avait sans doute dû être éliminé par Jack et les adamsiens, ne leur laissant à affronter que des hordes de moins de trente créatures. Tâche dont se chargeaient généralement Saul et Mitch, parfois assistés des filles.
Même si elles ne raffolaient pas des batailles avec les goules, Aya et Gina formaient elles-aussi un duo redoutable. Elles le démontrèrent plusieurs fois, venant à bout des hordes rencontrées en fin de nuit, quand Gook et Mitch commençaient à avoir les bras trop lourds. Un peu plus musclée que sa partenaire, la philosophe travaillait au katana, fonçant sur les zombies avec la même bravoure que les hommes, tandis que l’institutrice la couvrait au fusil, visant avec soin pour réduire le flux de monstres se ruant sur son amie. Ces deux-là développèrent une grande complicité, oubliant qu’elles rêvaient du même homme et ne songeant pas vraiment à ce qui se passerait quand elles l’auraient retrouvé. Elles s’occupaient d’Alice à tour de rôle, dormaient côte-à-côte, bavardaient continuellement et avaient leurs règles simultanément, à l’heure près. Moment que redoutaient les éléments masculins de leur groupe, en particulier Vicious, qui s’en prenait plein la gueule à la moindre remarque.
Un jour, alors que le groupe s’était arrêté pour se reposer et attendre le coucher du soleil, leur amitié alla même plus loin – peut-être un petit peu trop loin, réalisèrent-elles après coup. Gina sommeillait paisiblement, le nez plongé dans les cheveux soyeux de sa fille, quand des mouvements lents et répétitifs la tirèrent de ses songes. Aya respirait fort dans son dos, gémissait doucement, faisait remuer la couverture à un rythme qui ne pouvait pas tromper. Comprenant parfaitement ce que son amie était en train de faire, elle se retourna en prenant le soin de ne pas secouer Alice. Aya s’interrompit immédiatement, feignant le sommeil.
« Je t’y prends, coquine, lui chuchota Gina. Fais pas semblant de dormir, t’es toute rouge.
-    Oh, ça va… murmura son amie en esquissant un sourire. Ca fait des mois que j’ai pas fait l’amour, et on ne peut pas dire que les dernières fois aient été romantiques… Je suis en manque. Grave en manque.
-    Ca, je te comprends. Moi aussi, ça fait un sacré bail. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour un câlin dans les bras d’un bel étalon. Bien membré, évidemment. »
Les deux femmes gloussèrent silencieusement, complices.
« Te gène pas pour moi, continua Gina. Evite juste de réveiller Alice.
-    Merci, mais tu m’as interrompue. J’arriverai pas à reprendre où j’en étais.
-    Tu veux un peu d’aide ?
-    Euh… t’es sérieuse ? »
Gina haussa les sourcils et, pour toute réponse, fit glisser ses doigts sur la cuisse d’Aya, remontant doucement vers son entrejambe. L’intéressée eut un frisson, un mouvement de recul, et attrapa la main de l’institutrice.
« Attend, attend ! souffla-t-elle. Tu fais quoi, là ? Je suis pas lesbienne, moi. »
Gina haussa les épaules. Aya avait beau se montrer réticente, elle voyait bien que ses yeux brillaient et que sa respiration s’accélérait.
« Moi non plus, répondit-elle en amenant la main d’Aya sur son propre corps. Mais il n’y a rien de mal à se faire du bien. Ferme les yeux. Tu n’auras qu’à penser à Jack. Moi, je ferai pareil. »
Bien malgré elle, cette idée emplit la philosophe d’un désir puissant, insurmontable. Ses doigts s’aventurèrent autour du nombril de Gina, soulevèrent l’élastique de sa culotte, caressèrent sa toison, descendirent dans le sillon de ses lèvres. L’institutrice lâcha un soupir de satisfaction, écarta un peu les jambes, et sa main imita celle de son amie. Aya poussa un gémissement qui manquait vraiment de discrétion, mordit l’épaule de Gina pour se retenir, et commença à se trémousser alors que les doigts de son amie s’activaient dans son intimité. Cachées sous leur couverture, le temps s’arrêta autour d’elles, tandis qu’elles entamaient l’escalade du plaisir en parfaite simultanéité. A l’apogée de leur communion, Aya se cambra de toute sa force, les cuisses largement ouvertes, tandis qu’à l’inverse Gina refermait ses jambes dans un spasme, emprisonnant les doigts de son amie dans sa caverne humide. Le retour à la réalité fut au contraire plutôt sec.
« Mais qu’est-ce que vous foutez, toutes les deux ? » interrogea Vicious, planté au dessus d’elles, et à qui les gémissements plaintifs n’avaient pas échappé.
Impossible de s’envoyer en l’air dans la même pièce qu’un libertin. Autant essayer de faire une prise de sang sous les yeux d’un vampire.
Les deux femmes se figèrent, prises sur le fait, et se jetèrent un regard un peu paniqué avant de relâcher leur étreinte. Elles osèrent sortir leur visage de sous la couette, les joues rougies, des gouttes de sueur perlant sur leur front et les yeux brillants. Inutile de jouer la comédie.
« J’imagine que tu en as une idée assez précise, de ce qu’on faisait, dit Aya.
-    Merci de nous avoir interrompues, railla Gina. 
-    J’y crois pas ! s’exclama Vicious. Bordel, je me réveille tous les matins – enfin tous les soirs – avec une trique de tous les diables, j’ai des litres de foutre en réserve, je vendrais un rein pour tirer un coup, mais il n’y en a pas une qui vient me voir ! Non, vous préférez jouer aux lesbiennes ! Moi, j’appelle ça de l’égoïsme !
-    Tais-toi un peu ! Merde, t’es pas obligé d’en faire part à tout le monde… »
C’était trop tard. Si certains dormaient encore, ce n’était plus le cas. Tous étaient tournés vers les deux femmes, qui se sentirent tout de même un peu honteuses mais préférèrent en rire. Elles furent bientôt suivies par leurs compagnons, qui s’esclaffèrent devant l’incongruité de la situation. De toute manière, il était presque impossible d’avoir de l’intimité, dans ce bus.
Vicious, pour sa part, n’avait pas très envie de rire.
« Mais je suis sérieux, les filles ! grogna-t-il, les poings sur les hanches. Putain, ça fait des semaines que je m’évertue à te draguer, Gina. Et j’ai droit à que dalle ! Vraiment, je comprendrai jamais les meufs ! »
Cela ne fit que renforcer l’hilarité du groupe. Vicious ressemblait à un gamin, dépité en réalisant que le cadeau qu’il attendait d’ouvrir était vide.
« Allez, pleure pas, mon petit, dit Gina en riant. Viens me faire un câlin ! »
Mais Vicious était plus profondément blessé qu’il ne le laissait paraître. Ces moqueries lui piquaient les oreilles, réveillaient sa colère. La vision de ces deux femmes, transpirantes et heureuses après s’être données du plaisir, affamait le monstre en lui, réveillait sa soif de libertin.
Il quitta le bus en pestant, s’éloigna un peu pour trouver un objet sur lequel taper, puis se masturba furieusement en pensant à ce qu’il ferait subir à ces deux pestes s’il se trouvait seul à seul avec elles. Mais cela était bien loin de suffire à le rassasier.

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tistoulacasa 31/01/2010 15:33


chaud chaud...
Toute femme cache en elle une lesbienne c'est ça le message ? ;)