Chapitre 109 : sans pitié

Publié le par RoN

« Crevez ! Crevez tous, connards de militaires !! »
Pistolet dans une main et fusil calé contre la hanche, Vicious tirait comme un forcené, dézinguant tout ce qui bougeait. Il faillit même loger une balle dans le dos de Kenji, mais se retint juste à temps. Un instant d’arrêt qui fut puni instantanément, un trait brûlant lui frôlant la cuisse en y laissant une traînée sanglante. Vicious s’aplatit au sol en essayant de maîtriser sa folie furieuse, puis rampa derrière un muret pour se mettre à couvert.
L’effet de surprise avait parfaitement fonctionné, une bonne quinzaine de soldats de l’ARH tombant dès la première minute. Mais les survivants avaient repris leur sang-froid et s’étaient organisés de leur mieux, se couvrant les uns les autres le temps de repérer les assaillants.
Sa blessure à la jambe n’était pas sérieuse, et il jeta un coup d’œil hors de sa cachette pour déterminer la position des militaires restants. Une rafale de balles l’accueillit, percutant les briques à seulement quelques centimètres de son visage.
« Sors de là ! » lui gueula Kenji, planqué à quelques mètres de là.
Il en avait de bonnes ! Si Vicious mettait un pied dehors, il se retrouverait instantanément truffé de plomb. Il aurait pourtant dû suivre son conseil, car dix secondes plus tard, une explosion lui déchira les oreilles, réduisant le mur derrière lequel il se terrait en une pluie de béton. Les grenades, ça ne rigolait décidemment pas.
A moitié sonné, l’ancien Raider se retrouva enseveli sous une montagne de gravats, ignorant s’il était blessé et incapable de se tirer de là. Il entendit un bruit de course et, levant les yeux, vit le canon d’une arme s’approcher de son visage.
« Dis bonne nuit, salopard ! » lui cracha un soldat.
Erreur classique. Pourquoi parler alors qu’une pression sur la gâchette aurait été bien plus pertinente ? Avant qu’il ait pu mettre sa victime à mort, une courte flèche d’acier vint lui perforer la poitrine, le faisant reculer en toussant. Vicious dégagea son bras et lui logea une balle dans le crâne, remerciant Saul intérieurement. Visiblement, les militaires n’avaient pas encore repéré l’armurier.
Kenji apparut à côté de lui et l’aida à se libérer du mur effondré. Puis il lui fit signe de bouger de là, tirant au hasard pour couvrir son camarade. Vicious rampa dans un fossé, percevant les balles fuser au-dessus de lui. Il avait perdu son fusil et son pistolet serait bientôt à sec, mais il n’avait aucune envie de se replier. Pas tant qu’il lui resterait son couteau et la force d’éviscérer ces bâtards. Visant soigneusement, il logea une balle dans la tête d’un soldat mal dissimulé.
De son côté, Kenji était à cours de munition. Qu’à cela ne tienne, il dégaina ses deux sabres et courut du côté opposé à Vicious pour essayer de prendre leurs adversaires à revers. Zigzagant entre les projectiles mortels, passant à chaque instant à quelques centimètres de la mort, il plongea derrière une carcasse de véhicule et patienta quelques instants. Utilisant la lame de son wakizashi comme un miroir, il aperçut deux soldats en train de se diriger vers lui, dos courbé et armes braquées devant eux. Sans doute pensaient-ils que le tueur de goule était totalement désarmé.
Bien mal leur en pris. Kenji attendit le dernier moment pour se débusquer et bondit entre les deux hommes, chacune de ses lames fauchant une tête. Mais une rafale d’arme automatique le faucha à l’atterrissage. Il l’encaissa au niveau de la poitrine et fut projeté en arrière, le souffle coupé. Submergé par la souffrance, il crut entendre la voix de Faye hurler son nom, et lutta pour ne pas s’évanouir. Sa main tâta son torse à la recherche de sang. Rien.
Grimaçant de douleur et presque incapable de respirer, il se replia derrière sa carcasse de voiture et entreprit de retirer l’armure de samouraï qui lui comprimait la poitrine, mais qui venait de lui sauver la vie. Il pu immédiatement inspirer plus facilement, sans que la douleur disparaisse pour autant. Il avait probablement des côtes cassées.
Mais il n’eut pas le temps de s’appesantir sur ses blessures, car un tintement de métal se fit à sa droite. Baissant les yeux, Kenji sentit son cœur manquer un battement. Encore une saloperie de grenade. Il ne réfléchit pas un instant et envoya un bon coup de pied dans l’explosif. Adresse ou chance miraculeuse, l’engin de mort explosa juste au dessus de là où il était parti, réduisant en charpie cinq ou six soldats qui avaient fait l’erreur de rester groupés. Ils n’auraient plus jamais l’occasion de commettre ce genre de bévue.
Tout était plus calme maintenant. Des balles crépitaient de-ci de-là mais les cris avaient cessé, de même que les mouvements. Chacun restait sur sa position, conscient que le moindre déplacement pouvait signifier une mort instantanée. Combien restait-il d’ennemis ? Faye était-elle toujours vivante ? Et Vicious ? Et Saul ? Impossible de le savoir.
Gémissant à chaque expiration, Kenji se força à bouger et courut vers une camionnette surmontée d’une parabole. Il jeta un rapide coup d’œil et localisa sa femme, allongée derrière une table en compagnie d’un jeune homme tremblant de tout son corps. Elle n’avait pas l’air blessée.
Une ombre attira son regard, et il découvrit un soldat en train de ramper pour s’éloigner de la bataille. Le tueur de goule bondit et, sans pitié, planta ses deux lames dans le dos du fuyard. Des plombs sifflèrent immédiatement autour de lui. Il s’aplatit derrière le cadavre encore agité de soubresauts, dans lequel se logèrent une bonne dizaine de balles. Jusqu’à ce qu’un « clic » se fasse nettement entendre dans le silence désormais écrasant.
Kenji ne perdit pas une seconde, se ruant dans la direction d’où étaient partis les coups de feu. Il sauta pas dessus une haie de sacs de sable, se retrouva nez-à-nez avec un type en train de se démener à changer de chargeur, lui plongea son wakizashi dans le cœur. Il vit une jeune femme fouiller dans une caisse d’explosifs, s’apprêta à lui foncer dessus, mais aperçut Vicious qui s’extirpait de son fossé, couteau dans une main et pistolet dans l’autre.
L’ex-leader des Raiders arriva par derrière et planta sa lame dans le dos de la soldate, qui tomba à genoux en hurlant.
« Suce-moi ça ! » gueula-t-il avant de lui enfoncer son flingue dans la bouche et de presser la détente.
Visiblement, il prenait son pied, goûtant le plaisir de défendre sa vie dans une bataille sanglante. Mais il déchanta vite, un tireur isolé réussissant à lui coller une balle dans le gras du bras. Vicious se coucha en jurant, essayant de localiser ce sniper. Deux autres coups de feu égratignèrent le sol juste devant lui sans qu’il parvienne à en déterminer la provenance. Kenji, lui, l’avait vue, mais il était incapable de l’atteindre sans se mettre trop à découvert.
« Saul ! cria-t-il en espérant que l’ingénieur avait une ouverture. Derrière le puit ! »
Dix secondes plus tard, une flèche volait et terminait sa course dans l’œil du tireur. Etait-ce enfin fini ? Malheureusement non. Comprenant que le but des assaillants était la jolie Faye, le colonel Magnus arriva par derrière et attrapa la femme par les cheveux, lui plaquant son revolver contre la tempe. Toujours liée à Mitch, la pauvre eut le bras méchamment tordu et poussa un cri de douleur.
« Maintenant ça suffit ! beugla Magnus en s’adossant à la table renversée, histoire de ne pas exposer son dos. Vous sortez de votre cachette tout de suite ou je lui fais sauter la tête ! »
Vicious jeta un regard à Kenji, attendant des instructions. Si ça n’avait tenu qu’à lui, il aurait flingué Faye avec le colonel. Mais s’ils étaient venus ici, c’était pour sauver la femme du tueur de goule. Rien d’autre n’importait. Aussi Kenji lui fit-il signe de se rendre. Les deux guerriers s’avancèrent lentement vers le preneur d’otage.
« Mitch ! Prend leurs armes ! ordonna le colonel.
-    … peux pas… glapit le jeune homme. Chuis attaché.
-    Putain de bon à rien. Faites pas un geste, faites pas un geste bordel ! Il est où, votre pote ? Je sais qu’il y a quelqu’un d’autre !
-    Aucune idée, répondit Vicious. Il s’est sûrement fait plomber.
-    Vous foutez pas de moi ! Soldats ! Ramenez-vous ici et trouvez-moi ce fumier ! »
Pas un mouvement du côté des militaires de l’ARH. Et pour cause : tous étaient réduits à l’état de cadavre. Magnus jeta un regard paniqué autour de lui, réalisant qu’il était seul, tout seul. Ces dingues avaient réussi à éliminer sa troupe entière.
« Enfoirés… siffla-t-il entre ses dents. Sales enfoirés !
-    Laisse tomber, dit Kenji calmement. On t’épargnera si tu relâches ma femme.
-    Sûrement pas ! Vous allez payer, oh oui ! Je vais vous crever ! »
Ivre de rage, il décolla son revolver de la tempe de Faye pour le braquer sur le tueur de goule. C’était exactement ce que Saul attendait, tapis juste derrière le militaire. Le Tenchûken s’envola vers le ciel, tranchant à la fois la table et le corps de Magnus. Kenji plongea juste à temps pour éviter la mort, la balle lui éraflant méchamment la joue, emportant une partie de son oreille.
Le colonel Magnus resta debout une seconde, avant que les deux moitiés de son corps glissent l’une contre l’autre et se décollent, coulant au sol dans une vague de sang et de tripes. Faye tourna de l’œil devant ce spectacle horrible, s’affalant de tout son poids sur le pauvre Mitch. Les combattants ne se détendirent pas immédiatement, à l’affût du moindre bruit ou mouvement. Mais le camp semblait bien « nettoyé ». Expression peu adaptée à vrai dire, étant donnée la dévastation que les combattants avaient semée et les litres de sang qu’ils avaient déversés.
Une voix les fit néanmoins sursauter. Une voix légèrement déformée par le réseau numérique qu’elle empruntait.
« Bon dieu, mais qui êtes vous ? interrogea le général Hadida, qui avait assisté au massacre par le biais de la webcam de l’ordinateur.
-    Je m’appelle Kenji, déclara le tueur de goule en s’accroupissant devant l’écran.
-    Pourquoi avez-vous tué mes hommes ?
-    Pour leur apprendre les bonnes manières, en gros. Tes hommes sont des rustres, mec. Si c’est toi qui les as éduqué comme ça, laisse-moi te dire que je serais ravi de te donner la même « leçon ».
-    Petit inconscient. Tu n’as aucune idée de qui je suis. Je vais te pourchasser, te trouver et te faire regretter d’être né.
-    Viens quand tu veux. J’ai hâte de te rencontrer. »
Et il conclut cette enrichissante conversation en écrasant la caméra d’un bon coup de talon.

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tistoulacasa 31/01/2010 15:11


Jolie bataille