Chapitre 107 : détermination

Publié le par RoN

« Allons, vous n’allez pas nous priver de nos seuls moyens de défense contre les goules, argumenta Saul. Comment on est sensés survivre ?
-    Vous faites pas de souci, répondit Crane. De toute façon, vous venez avec nous. Comme tout citoyen de ce pays, vous faites désormais partie de l’Armée du Renouveau Humain. Vous nous aiderez à bouter l’ennemi zombie hors de nos frontières.
-    Et d’habitude, tout le monde accepte de vous suivre sans discuter ? Vous n’allez pas me dire que les gens rejoignent votre armée de bon cœur ?
-    La question ne se pose pas. Venir avec nous est leur seule chance de survie. Et quand on est face à une meute de zombies, ils n’ont d’autre choix que de combattre.
-    Ma foi, ce serait un plaisir, mais nous avons d’autres projets. Comportons nous intelligemment. Prenez un peu de super-weed, rendez-nous Faye, et chacun reprendra sa route.
-    Je crois que t’as pas bien compris, le vioque, répliqua Portman avec une moue de dégoût. On vous a donné un ordre, vous allez obéir. Ou on vous flingue sur place.
-    Et vous ne reverrez jamais votre copine » ajouta Crane avec un sourire insupportable.
Gook les jaugea tous les deux sans une émotion dans les yeux. Contrairement à Kenji et Vicious, qui bouillonnaient littéralement de rage, le visage rouge et les poings serrés. Mais intérieurement, l’armurier était dans le même état qu’eux. Les grimaces arrogantes des deux militaires, leur chantage, leur attitude complaisante, tout ça l’insupportait. Sans parler de ce qu’ils exigeaient d’eux. Il inspira un bon coup avant de se tourner vers le lieutenant Crane.
« Vous savez quoi ? articula-t-il. Allez vous faire foutre. »
Il jeta un coup d’œil vers Kenji. Ce signal suffisait. Le tueur de goule bondit, dégainant son sabre en un éclair pour faucher la gorge de Portman. Le soldat n’eut même pas le temps de faire un mouvement que sa tête roulait au sol, une expression stupéfaite au visage. Crane poussa un juron et tenta d’épauler son fusil. Fronçant les sourcils, Saul fit voler le Tenchûken.
Pendant un instant, tous crurent que le coup n’avait pas porté. Très étrange, puisque Gook était presque au corps à corps avec sa victime. Mais quand les doigts de la femme se resserrèrent sur la crosse de son arme, ses deux mains se décrochèrent et tombèrent à terre avec le fusil.
Crane considéra cette vision avec curiosité, avant que la douleur n’explose et qu’elle comprenne ce qui lui était arrivée. Elle tomba à la renverse, hurlant devant l’horreur de ses bras amputés, desquels giclaient des traînées de sang épais.
« Ouais ! s’exclama Vicious en applaudissant. Ca, ça me plait ! »
Aya et Gina étaient beaucoup moins enjouées, bouche bée devant ce spectacle affreux. Elles se reprirent et se dirigèrent vers la femme hystérique, décidées à la soigner bien qu’elle soit leur ennemie. Mais Kenji les repoussa et se planta au dessus de la soldate, sabre levé et prêt à abréger ses souffrances.
« Kenji, non ! s’écria Aya en essayant de le retenir.
-    Laisse-le faire, objecta Vicious. Elle est foutue de toute façon.
-    Pitié… gémit Crane en le regardant à travers ses larmes. Je suis désolée…
-    Moi aussi » déclara froidement le tueur de goules avant d’abattre son katana sur sa gorge.
La femme s’étouffa une ou deux secondes avec son propre sang avant de rendre son dernier souffle. Kenji s’attarda un instant sur le cadavre, essayant de déterminer ce qu’il ressentait exactement après avoir tué deux être humains, mais finit par hausser les épaules en constatant qu’il n’éprouvait rien de particulier. Il se contenta de nettoyer sa lame, à l’instar de Saul qui ne semblait pas non plus sujet au moindre remord. Ces deux enfoirés avaient eu ce qu’ils méritaient.
Encore sous le choc, Aya et Gina reprochèrent leur cruauté aux deux hommes. Vicious prit leur défense, leur expliquant que ces pseudo-militaires tenaient Faye en otage. Il allait maintenant falloir aller la secourir.
« A mon avis, il va encore y avoir du sang aujourd’hui, ajouta-t-il. Cette fois-ci, laissez-moi participer, les mecs !
-    Merde, il n’y aurait pas un moyen de régler ça pacifiquement ? supplia Aya.
-    Franchement, j’en doute, répondit Saul. Tu as bien vu comment ça s’est passé. Ils ne veulent pas négocier, ils veulent juste qu’on obéisse. Mais on verra bien sur le tas.
-    Faut y aller maintenant, déclara Kenji. Si Faye a été contaminée, il faut absolument qu’elle consomme de la super-weed. On n’a pas une minute à perde. Les filles, vous devriez rester ici. Personnellement, je ne compte pas faire dans la dentelle. Croyez-moi, vous n’avez pas envie de voir ça. »
Aya et Gina soupirèrent. Elles auraient voulu raisonner Kenji, essayer de trouver un moyen propre et civilisé de résoudre ce problème. Il restait si peu d’êtres humains dans ce pays. Fallait-il absolument qu’ils s’entretuent tous ? Pourquoi lutter au lieu de coopérer ?
« T’es bien gentille, Aya, et au fond tu as raison. Comme toujours, d’ailleurs, concéda Vicious. Mais la philosophie, ça ne marche pas avec les militaires. La seule chose qu’ils entendent, c’est la voix des flingues. Alors on va parler leur langage.
-    On ne sait pas combien ils sont exactement, rappela Saul. Mieux vaut prendre le plus d’armes possible. Récupérons leurs fusils. »
Lui-même avait déjà une arbalète, arme pouvant abattre un ennemi à plusieurs dizaines de mètres. Aussi laissa-t-il les calibres à Vicious et Kenji, qui ne se sentait pas très à l’aise avec un tel engin, mais était prêt à tout pour retrouver Faye. Ils n’oublièrent pas non plus de se charger du plus d’armes blanches possibles, et le tueur de goule revêtit même une partie de son armure de samouraï. Celle-ci serait-elle capable d’arrêter des balles ? Il ne tarderait pas à le découvrir.
Les filles n’approuvaient vraiment pas leur entreprise, mais leur recommandèrent tout de même d’être très prudents. Une fois parés, les hommes retournèrent au lieu de leur rencontre avec Crane et Portman, et ne tardèrent pas à retrouver la piste.
« On va se les faire, on va se les faire ! » chantonnait l’ancien leader des Raiders, d’excellente humeur à l’idée du massacre qui se profilait.
Il n’éprouvait jamais un grand plaisir à combattre les goules, celles-ci ne ressentant ni peur ni douleur. Mais avec des humains, ah ça oui, il était sûr de s’éclater.
« Ferme là un peu, le vicieux, le rabroua Kenji, pas d’humeur à plaisanter. Toi aussi, t’étais un enfoiré de kidnappeur de femmes. Estime-toi heureux de ne pas avoir fini coupé en deux… »
Cet argument eut l’avantage de le faire taire. Ce qui était judicieux, car ils arrivaient près d’une petite fermette de laquelle s’élevait la fumée d’un feu de camp. Les trois guerriers se rapprochèrent à pas de loup, restant bien cachés derrière les buissons et débris divers. Ils purent bientôt observer la troupe de l’ARH.
Une trentaine de soldats, hommes ou femmes, bien armés mais visiblement peu organisés. Pas de guetteur, personne pour surveiller les alentours. Trop sûrs d’eux et de leur puissance, la plupart discutaient gaiement ou faisaient de l’exercice, inconscients du danger qui allait bientôt fondre sur eux.
Kenji aperçut Faye, visiblement blessée mais vivante, allongée au sol, une paire de menottes la liant avec un jeune soldat qui veillait sur elle. Impossible de savoir si elle était consciente. Mais il ne fallait pas tergiverser plus longtemps. Son teint pâle n’avait rien d’encourageant. Si la super-weed l’avait protégée d’une contamination immédiate, elle n’empêcherait pas éternellement l’infection de se propager en elle.
« Bon, qu’est-ce qu’on fait ? interrogea Saul. On essaie de négocier ?
-    Tu crois qu’ils seront contents d’apprendre qu’on a buté deux de leurs potes ? répliqua Vicious, sarcastique. Tente le coup si t’as envie, mais sans moi.
-    Alors quoi ? On se les faits ? Ils sont tout de même nombreux… »
C’était peu de le dire. Même avec l’effet de surprise, les trois hommes avaient-ils une chance face à une troupe dix fois plus nombreuse et considérablement mieux armée ? Kenji, lui, ne se posait pas la question.
« Je vais y aller, annonça-t-il. Je les tuerai tous s’il le faut. Ces enfoirés retiennent ma femme en otage. Ils méritent de crever.
-    J’aime ta façon de voir les choses ! dit Vicious avec un sourire glacial. Je suis avec toi, mec.
-    Mouais, je crois qu’on a pas vraiment le choix… compléta Saul. Mais il faut qu’on s’organise, qu’on mette en place un plan de bataille. On ne doit pas leur laisser une seule chance. »
En d’autres circonstances, le vieil homme aurait été terrifié par sa propre détermination. Lui qui avait consacré sa vie à la fabrication d’outils de mort n’avait jamais tué personne à part des goules, ne s’était même jamais montré violent. Comme la plupart des habitants de ce pays, à vrai dire. Mais les événements sanglants qui s’étaient déroulés ces derniers mois n’avaient laissé personne intact. Tous avaient dû se salir les mains pour défendre leur vie. Et au final, rien n’était plus facile que de donner la mort.
Les trois hommes s’entretinrent quelques minutes, mettant au point la stratégie la plus efficace possible dans cette situation. Ils en oubliaient presque que c’étaient des êtes humains qu’ils avaient en face d’eux, des gens qui respiraient et qui souffraient, qui comme eux avaient peut-être été enrôlés de force. Mais qu’importe.
Ils récapitulèrent leur plan improvisé, vérifièrent leurs armes puis se séparèrent. Tapis dans les fourrés, Vicious se rapprocha d’une soldate isolée. Observant sa proie comme un prédateur, il attendit qu’elle lui tourne le dos pour bondir. Sa main se referma sur la bouche de la femme, étouffant un glapissement de stupeur, et il la tira en arrière pour éviter de se faire repérer. Son couteau jaillit dans sa main et il le plaqua contre la gorge de la malheureuse en lui intimant de ne pas bouger. Un coup d’œil aux alentours lui apprit que personne ne l’avait détecté. Il espérait qu’il en allait de même pour ses camarades.
« T’es sacrément bonne, toi, souffla-t-il dans l’oreille de sa proie. Oh, tu n’imagines pas à quel point j’ai envie de te planter mon dard. Malheureusement, j’ai du boulot. Alors je vais devoir me contenter de te planter ça… »
Affichant un sourire carnassier, il agita son couteau sous les yeux paniqués de la soldate. Comprenant parfaitement ce qui allait lui arriver, elle tenta de se débattre. Mais il était trop tard. Vicious enfonça sa lame dans le ventre de la malheureuse et commença à remonter vers son cœur. La douleur et la panique dans le regard de la femme lui déclenchèrent une violente érection, et il plongea son visage dans ses cheveux, savourant son parfum et ses derniers sursauts d’agonie en prenant le soin de ne pas lui libérer les lèvres.
Quand enfin elle cessa de bouger, Vicious relâcha son étreinte en poussant un soupir, en proie à un plaisir bien plus grand qu’il ne l’aurait imaginé. Mais comme il l’avait souligné, il lui restait du travail. Il fouilla sa victime dans l’espoir de trouver de nouvelles armes. Celle-ci possédait un pistolet et deux grenades, qui donnèrent une idée perverse à l’ex-leader des Raiders.
Le souffle court, il fabriqua sa petite surprise, puis patienta. Il devait attendre les premiers coups de feu, qui signifieraient que Kenji était véritablement passé à l’offensive après avoir supprimé quelques militaires isolés. Au bout de quelques minutes, il entendit des cris. Puis une détonation. Il était temps d’y aller. Le sourire aux lèvres malgré un léger stress, il déchaîna les enfers.

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tistoulacasa 31/01/2010 14:55


Ils basculent du côté obscure de la force...