Chapitre 106 : l'Armée du Renouveau Humain

Publié le par RoN

« Faye ! FAYE !! »
Complètement paniqué, Kenji courait en tous sens, criant le nom de sa bien-aimée à s’en déchirer la voix. Ses amis ne l’avaient jamais vu dans un tel état. Le tueur de goule était blanc comme un linge, la mâchoire tremblante et les doigts fébriles, appelant désespérément Faye sans se soucier du fait que ses cris puissent ameuter des zombies. Mais le pire était la terreur dans ses yeux. Quelle que soit la situation, le tueur de restait toujours maître de lui-même, ne montrant pas la moindre peur, qu’il ait affaire aux monstres mutants ou à des brutes comme les Raiders. Même quand il avait été capturé par Vicious, des semaines auparavant, son regard n’avait exprimé que la détermination et la colère.
Le voir ainsi perdre ses moyens était presque plus terrifiant encore que la disparition de Faye. Ils s’étaient réveillés une heure auparavant, constatant l’absence de la jeune femme, et n’avaient eu de cesse de la chercher depuis. Impossible de savoir depuis combien de temps elle était partie, ou ce qui avait bien pu lui arriver.
Vicious, généreusement parti explorer les environs pour tenter de trouver des indices, revint heureusement avec des nouvelles. Mais étant donné ce qu’il avait découvert, il hésitait à en faire part à Kenji. Celui-ci ne lui laissa pas le choix, l’agrippant par les épaules et lui promettant de lui couper les doigts s’il ne crachait pas le morceau.
« D’accord, mais calme-toi ! exigea Vicious. Elle a dû partir chier. J’ai trouvé une grosse merde et un rouleau de PQ, à deux cent mètres d’ici. Et… du sang. Pas mal de sang.
-    Un corps ? interrogea Aya, le cœur battant.
-    Non. Rien d’humain, en tout cas. Les restes d’une créature bizarre, mais c’est tout. J’ai aussi vu des traces. Différentes de celles de Faye. Je pense qu’elle a du être attaquée, et emportée quelque part… »
Kenji lui avait à peine laissé le temps de finir. Il partit en courant dans la direction indiquée par Vicious, mais fut arrêté par Saul Gook, qui gardait son sang froid malgré la situation.
« Reprend-toi, Kenji ! lui ordonna l’armurier.
-    Laisse-moi passer ! Il faut que je la retrouve ! Je pourrai peut-être suivre sa piste…
-    Oui, mais prend au moins le temps de te préparer. Merde, tu n’as même pas pris tes sabres ! On ne sait pas ce qui nous attend là-bas. Si Faye a été blessée, il faut aussi emporter de quoi la soigner. »
Obtempérant à contrecoeur, Kenji se précipita dans le bus pour récupérer son daisho et une trousse de premier secours. Puis il fonça vers les fourrés, suivi de près par Vicious et Saul, laissant la garde de leur bus à Gina et Aya. La piste n’était pas difficile à suivre. De profondes traces de pas s’enfonçaient dans le sol, probablement laissées par quelqu’un lourdement chargé et régulièrement ponctuées de petites taches de sang. Ils les suivirent au pas de course, le ventre noué par l’inquiétude.
Mais les trois hommes n’allèrent pas bien loin, car un couple habillé en tenue militaire vint bientôt à leur rencontre. Voyant que Kenji et ses potes étaient bien armés, les nouveaux arrivants épaulèrent immédiatement leurs fusils en leur ordonnant de s’arrêter. Gook n’était pas du genre à apprécier d’être braqué et son arbalète apparut dans sa main, pointée sur la tête de l’homme.
« Tu baisses ce truc tout de suite ! lui gueula celui-ci. Ou je te jure que je te troue la cervelle !
-    T’auras une flèche entre les deux yeux avant ! répliqua l’ingénieur.
-    Calmez-vous, bordel ! s‘écria la femme. On est pas ici en ennemis ! »
Ce qui n’était pas la stricte vérité, sentait Vicious instinctivement. L’arrogance et l’air hautain que ces deux là affichaient ne facilitaient pas la confiance. Les combattants restèrent quelques instants à se jauger silencieusement, avant de daigner baisser leurs armes. Mais la tension était à son comble et Kenji trépignait d’impatience, ne désirant qu’une seule chose.
« Je suis à la recherche de ma femme ! expliqua-t-il afin qu’on le laisse passer. Elle doit être blessée. Je dois y aller maintenant !
-    Ne stresse pas, le samouraï, dit le militaire. Ta copine s’appelle Faye, c’est ça ? Elle va bien. On l’a trouvée et soignée.
-    Conduisez-moi à elle ! »
La femme eut une grimace de mépris tandis que son camarade étreignait son fusil. Il cracha par terre avant de répondre.
« Au cas où tu aurais pas remarqué, on a des gros flingues, grinça-t-il. Alors les ordres, c’est nous qui les donnons. Pigé ? »
Ils ne savaient pas à qui ils avaient affaire. Fusils ou pas, Kenji était presque certain de pouvoir leur décrocher la tête avant qu’ils aient eu le temps de réagir. Se placer entre le tueur de goule et sa bien-aimée était tout sauf judicieux. Ses doigts se resserrèrent autour de la poignée de son katana. Ce qui n’échappa pas à la femme.
« Hey, on se détend, OK ? lança-t-elle. Ce serait vraiment dommage de nous entretuer.
-    Qui êtes-vous, et que voulez-vous ? » interrogea Gook en pressant l’épaule de Kenji dans sa main, histoire de le calmer un peu.
Les deux militaires daignèrent répondre à sa question. La femme se présenta comme le lieutenant Crane, et l’homme se faisait appeler Portman, sergent Portman.
« Nous faisons partie de l’Armée du Renouveau Humain, explica Crane. Nous et quelques autres avons été chargés par le général Hadida d’explorer ce coin pour recruter de nouveaux combattants, récolter des vivres et tout le matériel utile, et évaluer l’ampleur de la menace zombie dans cette région.
-    Bordel, je hais les militaires… grogna Vicious.
-    Nous ne sommes pas soldats de formation, répliqua Portman. Nous avons rejoint les rangs de l’ARH il y a quelques mois, pour participer à la lutte contre l’ennemi goule.
-    Je vois, vous êtes des mercenaires, quoi.
-    Nous sommes des professionnels ! Des milliers de monstres sont déjà tombés sous nos balles !
-    Quand vous aurez fini de papoter, j’aimerais bien retrouver Faye ! s’écria Kenji.
-    Toi, tu commences à me taper sur les nerfs… »
C’était réciproque. Le tueur de goule était à deux doigts de foncer dans le tas, tuer au hasard un de ces deux connards et torturer l’autre jusqu’à ce qu’il crache la localisation de sa petite amie. Lui et Portman se fusillèrent du regard et le soldat épaula son arme. Aucune peur dans les yeux de Kenji, qui risquait pourtant de se retrouver truffé de balles d’un instant à l’autre. Par bonheur, Gook eut le courage de s’interposer entre les deux hommes.
« Comprenez mon ami, dit-il d’un ton calme. Sa femme a disparu, il est mort d’inquiétude. Vous dites que vous vous êtes occupés d’elle, mais comment pourrions-nous faire confiance à des inconnus ?
-    Surtout quand ils nous menacent avec des flingues… ajouta Vicious.
-    Bon, soupira Crane. On va tous se calmer un peu. Vous allez bientôt retrouver votre amie. Tout se passera bien si vous faites ce qu’on vous dit.
-    J’ai juste un problème… Je ne reçois d’ordre de personne. En particulier quand ça vient d’abrutis de militaires.
-    Ferme-là, Vicious, lui ordonna Saul avec un bourrade. Alors, qu’est-ce que vous voulez ?
-    Plusieurs choses. Déjà, vous allez nous donner votre médicament anti-goulification.
-    Ah ça, on a été sacrément surpris quand votre copine est restée humaine, même après avoir été contaminée ! s’exclama Portman. Où est-ce que vous avez trouvé un truc pareil ?
-    C’est un ami à nous qui a mis ça au point, répondit Gook évasivement. On peut vous en donner. Mais c’est resté à notre campement. Vous n’avez qu’à venir avec nous. »
Les soldats de l’ARH n’avaient pas l’air très chauds à cette idée. Ils palabrèrent longuement à voix basse, Kenji trépignant d’impatience en les observant d’un œil mauvais. Visiblement, les militaires craignaient un mauvais coup. A la base, ils étaient seulement partis en reconnaissance, localiser les amis de leur prisonnière pour leur rendre une visite massive un peu plus tard. Ils ne s’étaient pas attendus à tomber directement sur eux. En nombre inférieur, on pouvait comprendre leur réticences (d’autant plus que celles-ci étaient parfaitement fondées).
Ils se résolurent néanmoins à les suivre. L’hypothèse de mettre la main sur un vaccin anti-goulique était trop tentante. S’ils ramenaient ce médicament miraculeux à leur camp, ils gagneraient à coup sûr une bonne promotion.
Aussi le groupe s’en retourna-t-il vers le bus. Dans un état de grande tension, Crane et Portman faillirent bien plomber Aya et Gina. Le sergent osa même presser la gâchette, sa balle passant à quelques centimètres de l’institutrice et du bébé qu’elle tenait dans les bras.
« Mais nom de dieu, t’es complètement con ou quoi ?!? lui hurla Vicious.
-    Ta gueule ! Ferme ta putain de gueule ! Vous auriez dû nous dire que d’autres personnes étaient là !
-    Je vais me les faire, bordel, ça va saigner… murmurait Kenji dans sa barbe.
-    Personne ne fait de geste brusque ! ordonna Crane. Les nanas, vous sortez du bus et vous vous mettez sur le côté, les mains bien en vue. Vous aussi, les gars. Si vous ne faites qu’effleurer votre arme, vous le regretterez, croyez-moi. Portman, tu les surveilles. Toi le vieux, tu as l’air le plus sérieux, alors je vais te faire confiance. Montre-moi où vous rangez votre médoc. »
Gook hocha la tête, le visage parfaitement inexpressif. Ses amis commençaient à le connaître suffisamment pour savoir que ce n’était pas bon signe. Ces pseudo-militaires devaient commencer à lui taper sérieusement sur les nerfs, à lui aussi. Il s’exécuta néanmoins, sortant du véhicule le gros paquet contenant les deux-trois kilos de super-weed à leur disposition.
« Mais c’est de la beuh ! s’exclama Crane. Ca empêche vraiment de se faire contaminer ??
-    Absolument, répondit Gook. A la base, c’est une drogue génétiquement modifiée. De la vraie bombe. Mais le type qui l’a fabriqué a découvert que ça protégeait aussi de la bactérie.
-    Il faudra qu’on essaie de trouver ce mec, un de ces jours. En tout cas, c’est vraiment génial. On va s’enfumer les poumons toute la soirée !
-    On peut vous en donner la moitié, concéda Gook malgré la grimace horrifiée de ses amis. A condition que vous nous rendiez Faye, bien entendu.
-    T’es pas en position de négocier, le vieux, répliqua Crane. On prend tout. Et on récupère aussi vos armes et vos vivres. »

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Tistoulacasa 20/01/2010 00:10


A mort les connards !!!
(qu'ils est été doiniers dans une autre vie me surprendrai guère...)


RoN 20/01/2010 23:00


Douaniers, flics ou militaires, tou ceux qui obéissent à des ordres sans réfléchir ne méritent que le titre d'abrutis...