Chapitre 105 : l'oiseau

Publié le par RoN

Saul Gook dormit près de douze heures d’affilée. Un sommeil purificateur, veillé à tour de rôle par Aya et Kenji, qui lui redonna presque allure humaine. Son aura de tristesse et de chagrin ne le quittait pas, mais on pouvait sentir que son cœur était plus léger, libéré d’un fardeau qui l’avait rongé durant des mois. Rien ne pourrait jamais lui faire oublier son fils décédé. Il s’était pourtant résolu à poursuivre sa route, à survivre quels que soient les obstacles. Sa vie était trop précieuse pour être jetée aux ordures.
Ils partirent le soir suivant, abandonnant à tout jamais l’Armurerie des Frères de l’Acier. Ils chargèrent le maximum d’armes et de vivres dans le bus et prirent la direction de la Chaîne Platte, sur les traces de adamsiens passés une semaine auparavant. Saul parlait peu, troublé par tout ce changement et le cœur serré à l’idée de dire adieu à son refuge. La bonne humeur de ses compagnons ne tarda cependant pas à le contaminer, et il se joignit à eux pour conduire, fumer des joints de super-weed et surveiller les environs.
Bien que mettant de plus en plus de distance entre eux et Aerion, ils tombèrent sur une horde de goules assez conséquente, la première depuis qu’ils avaient quitté la ville. Vicious était d’avis de foncer dans le tas, de traverser la meute avant que les monstres aient eu le temps de réagir, mais Kenji avait une autre idée en tête. Il fit stopper le bus, s’empara du daisho Makoto et jeta un œil à Gook. Les deux hommes n’eurent pas besoin de parler pour partager leurs intentions. Saul revêtit sa cotte de maille et sortit le Tenchûken de son fourreau.
Fourreau qui avait attiré la curiosité des jeunes. Si le katana était capable de couper n’importe quoi, comment se faisait-il que l’étui de métal dans lequel il était rangé ne subisse pas le même sort ? La réponse était pourtant simple.
« L’intérieur est également constitué de nanotubes de carbone, avait expliqué l’ingénieur. Du moins la partie en contact avec le tranchant de la lame. A la base, je comptais fabriquer un wakizashi avec le surplus de nanotubes, mais il m’a semblé préférable de faire un fourreau. Ce sera peut-être pour plus tard… »
Aya voyait mal où Gook pourrait trouver des machines adaptées à la conception d’une telle arme, mais elle ne fit aucune objection, heureuse de voir que le vieil homme avait un projet d’avenir, même totalement hypothétique. C’était bien le signe qu’il retrouvait l’espoir.
Faye soupira alors que son petit ami sortait du bus en sautillant, suivi de près par Saul. Quand il s’agissait de trucider de la goule, ces deux-là étaient irrécupérables. Mais constituaient un duo d’enfer.
Le baptême du Tenchûken fut particulièrement visqueux. Les goules eurent à peine le temps de détecter l’approche des deux hommes. Poussant un cri guerrier, Saul fit voler son arme, tranchant trois monstres d’un seul coup sans faire le moindre effort. Un franc sourire vint éclairer son visage, fascinant Kenji au point qu’il faillit laisser un zombie l’atteindre. Mais il se reprit vite, fit danser ses sabres, démembrant les goules à la cadence d’une machine.
Les monstres auraient pu être dix, cinquante ou cent, cela n’aurait sans doute pas fait la moindre différence. Les deux combattants en vinrent à bout en moins de trois minutes, laissant dans leur sillage une rivière de têtes, bras, jambes et visque.
Kenji aurait été prêt à tout donner pour posséder un sabre mono-moléculaire. Un guerrier digne de ce nom se doit de rechercher les armes les plus efficaces. A première vue, on pouvait penser qu’une telle lame était plus adaptée aux débutants, puisque permettant de couper toute chose sans avoir besoin de puissance musculaire. Même sans pratiquer le sabre, n’importe qui devenait capable de découper une goule. Mais dans ce cas, que donnerait une telle arme entre les mains d’un expert ? La foudre divine, voilà quel serait le résultat. Un guerrier invincible, capable de défaire une armée entière à la simple force de ses bras.
Rien qu’à cette idée, Kenji frissonnait de plaisir. Ceci étant dit, il devait bien avouer que le daisho Makoto était lui aussi redoutable. Quel pied de fendre les rangs de goules, un sabre dans chaque main, de voir tomber des têtes à chacun de ses mouvements ! Il se sentait presque invincible, bien loin du Kenji qui, quelques temps auparavant, était assailli par les doutes et la lassitude.

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Radieux au point d’en siffloter, le tueur de goules et l’armurier réintégrèrent le bus, accueillis par quelques applaudissements de la part de leurs amis, très impressionnés par ce spectacle. Même Vicious, que ce genre d’exploit laissait généralement bien froid, avait les yeux qui brillaient d’admiration.
Les guerriers nettoyèrent leurs armes, fumèrent le joint de la victoire et reprirent la route. Cette nuit là, trois autres meutes périrent sous leurs lames, pour un total avoisinant plus de cent cinquante victimes. A chaque goule pourfendue par le Tenchûken, Gook sentait sa peine s’alléger. Il sortait de chaque bataille avec un sentiment de purification, de devoir accompli. Il avait trouvé le moyen de se laver de sa culpabilité, de venger son fils perdu.
Quand le matin arriva et que les voyageurs décidèrent de s’arrêter pour la journée, la fatigue l’avait empli d’une sérénité et d’une paix qu’il n’avait pas ressenties depuis des mois. A peine le moteur fut-il coupé qu’il s’endormit comme un loir, sous le regard bienveillant de ses jeunes camarades. Les chats ne tardèrent pas à venir se blottir contre lui, délaissant Kenji, leur compagnon habituel. Bien qu’également épuisé, celui-ci choisit de prendre le premier tout de garde, laissant sa place à Faye au bout de deux heures. La jeune femme avait toutes les peines du monde à trouver le sommeil, nausées et brûlures d’estomac étant particulièrement pénibles ce matin là.
Aussi se roula-t-elle un joint, tira la langue à une Gina endormie, avant d’allumer le pétard et s’emplir les poumons d’une fumée forte et fruitée. Cela calma un peu son mal de ventre, mais lui déclencha une furieuse envie de déféquer. Elle s’empressa de récupérer un rouleau de papier toilette, s’assura que ses amis pouvaient se passer de sa garde quelques minutes, puis parcourut deux bonnes centaines de mètres au pas de course pour trouver des buissons derrière lesquels se dissimuler.
Manœuvre un peu stupide, et qui la mettait en danger inutilement. Qui aurait bien pu l’observer de toute façon ? Vicious peut-être, mais cela n’aurait pas constitué un grand mal. Qu’importe, une femme n’abandonne pas la pudeur aussi aisément, en particulier quand il s’agit de la grosse commission. Faye se mit donc à son aise et fit ce qu’elle avait à faire. La livre à peine livrée, elle perçut un bruissement derrière elle. Elle n’eut même pas le temps de se relever et de s‘emparer de sa machette qu’un choc terriblement douloureux lui explosa dans l’omoplate. Une piqûre glacée et violente qui la fit s’étaler en avant, criant de stupeur et de souffrance.
Quelque chose s’était enfoncé dans son dos, gigotait en déchirant sa chair. Une grosse balle vivante qui lui perçait les muscles, menaçait de briser ses os. Paralysée par la douleur et la terreur, elle appela faiblement à l’aide, convaincue qu’elle vivait ses derniers instants. Près de s’évanouir, elle entendit des pas se rapprocher en faisant craquer les brindilles, et une main chaude et puissante la plaqua face contre terre, tandis qu’une autre agrippait la chose qui lui déchirait l’omoplate. Un grognement masculin parvint à ses oreilles alors qu’une nouvelle vague de souffrance la submergeait. La créature qui l’avait attaquée fut violement retirée et elle poussa un gémissement de soulagement.
A moitié consciente, elle se tourna sur le côté pour voir un homme habillé de vêtements militaires serrer un monstre horrible dans sa poigne puissante. La bestiole était plutôt petite, à peine vingt centimètres de long et une quarantaine d’envergure. Un bec pointu, luisant de bave et de sang, de minuscules yeux complètement noirs, des ailes pourvues de plumes grisâtres et d’aspect très étrange.
« Un putain d’oiseau zombie ! grommela son sauveur en comprimant le monstre entre ses doigts. Bordel, alors il y en a déjà… »
Incapable de venir à bout du volatile à la seule force de ses mains, le militaire le projeta à terre de toute sa force, avant de lui exploser la tête d’un bon coup de talon. Les ailes du monstre battirent encore une ou deux fois avant de s’immobiliser totalement. L’homme cracha par terre avant de s’intéresser à la femme qu’il venait de secourir. Galamment, il lui remonta son pantalon, dissimulant ses fesses restées à l’air lors de l’attaque, avant de considérer la blessure avec une grimace. Il dégaina un long couteau et s’accroupit devant le visage de Faye, l’air sincèrement peiné. La jeune femme sentait qu’elle allait s’évanouir à tout moment, peut-être même passer l’arme à gauche pour de bon. L’homme semblait penser la même chose.
« Je suis vraiment désolé, mademoiselle, murmura-t-il. Vous n’en avez plus pour longtemps. Mais j’attendrai que vous soyez partie pour de bon, ne vous en faites pas.
-    … me soigner… articula Faye, à bout de force. Immunisée… »
Le militaire prit une expression intriguée, puis franchement dubitative. Mais la jeune femme n’en vit pas plus, tombant dans une inconscience libératrice.



(images extraite du manga Vagabond ; désolé pour hier, pas de publication pour cause de gueule de bois ^^)

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Tistoulacasa 20/01/2010 00:02


cool les bestioles zombies.
ça va devenir invivable...