Chapitre 101 : Aerion

Publié le par RoN

Jack écrasa une larme de rire qui perlait au coin de son œil, avant de reposer la dernière page de la bande dessinée Ghoul-Buster. Il n’avait jamais trop apprécié les dessins du style comics, mais cette BD était suffisamment influencée par les mangas japonais pour le séduire immédiatement. C’était tellement énorme, tellement drôle. Pas plus d’une dizaine de planche, manuscrites et en noir et blanc, mais qui ne tarderaient pas à devenir totalement cultes parmi les adamsiens.
Jack rangea précieusement la grappe de feuillets dans une pochette imperméable. Il n’en existait aucun autre exemplaire, et en cette époque troublée les œuvres originales constituaient un véritable trésor. Même s’ils étaient pour le moment plus préoccupés par la survie que par le besoin de se cultiver, viendrait un temps où les loisirs prendraient une importance grandissante. Du moins l’espérait-il. Et Ghoul-Buster constituait la première pierre de cet édifice.
L’auteur était un dénommé Ray Sonnid, arrivé à la base d’Adams quelques semaines plus tôt suite aux appels radio. Il s’était présenté à Jack comme un publicitaire, et le chef s’était bien gardé de trop discuter avec lui. Dans le top 10 des choses qu’il détestait, la publicité tenait une des premières places (après les politiciens, bien entendu). Les compétences de Ray étant parfaitement inutiles dans les terres infectées, il s’était bien vite rabattu sur son hobby le plus cher : le dessin et la réalisation de BD. Depuis toujours fasciné par le concept de super-héros, il n’avait pas fallu longtemps pour que lui vienne l’idée d’un puissant guerrier dont la spécialité serait de pourfendre de la goule et de sauver les demoiselles en détresse. Ainsi était né le Ghoul-Buster, héros génial à mi-chemin entre City Hunter et Iron Man.
Les premiers à lire la BD avaient évidemment été les enfants. Les dessins simples et soignés, les répliques particulièrement originales et le charisme démesuré du héros en avaient instantanément fait la coqueluche des gosses. Depuis, ceux-ci harcelaient sans cesse le pauvre Ray pour connaître la suite, et se seraient arrachés chaque nouvelle page s’ils ne les avaient pas considérées avec un respect quasi-divin. Mais depuis qu’ils avaient quitté la base d’Adams, la BD n’avançait plus, l’auteur n’en ayant plus vraiment le temps ni la possibilité, son matériel étant resté à Adams lors de leur exode.
En allant lui rendre son oeuvre, Jack en profita pour le féliciter et l’encourager à poursuivre. Ghoul-Buster était plus qu’un simple divertissement : tout comme la bataille de la rivière Grolsh, il pouvait devenir un symbole, incarner l’espoir et la force de l’humanité. Ray devait absolument continuer à le faire vivre.
« Je sais, je sais… soupira l’auteur. Mais dessiner en roulant n’est vraiment pas facile. Et après ce qui est arrivé au petit Roland, je me demande si j’ai eu raison de créer le Ghoul-Buster…  Je ne peux pas m’empêcher de me sentir responsable.
-    Allons, tu n’as rien à voir dans ce qui lui est arrivé. Mon crétin de disciple aurait voulu impressionner la galerie même sans avoir lu ta BD. Et puis de toute façon, il va beaucoup mieux. »
C’était en effet le cas. Malgré la perte de sang et ses graves blessures, Roland s’en remettait. Cinq jours après son duel lamentablement foiré, il pouvait à nouveau se lever et marcher sans aide. La leçon resterait profondément imprimée dans sa chair, sous la forme d’hideuses cicatrices qui lui rappelleraient toute sa vie qu’il ne fallait pas jouer au héros avec les goules. Un seul point positif à cette mésaventure : les disputes entre Pierre Moncle et Roland avaient apparemment cessé. Encore loin de se comporter comme des amis, les enfants réussissaient néanmoins à discuter sans s’envoyer des piques et leurs relations étaient beaucoup moins tendues. Jack était convaincu que les gosses ne se lanceraient plus dans des entreprises aussi risquées. Ils se contenteraient de lire Ghoul-Buster sans chercher à l’imiter.
« Est-ce que le Ghoul-Buster à des super-pouvoirs ? interrogea Jack, sincèrement curieux.
-    Tu veux dire à part une maîtrise totale des arts martiaux, une force surhumaine, des équipements de haute technologie et le charisme d’un dieu ? Non, je ne pense pas. Il est plutôt du genre Bruce Wayne, un simple humain qui a une mission et les moyens de l’accomplir. Par contre, je prévois d’intégrer la super-weed. Si tu n’y vois pas d’inconvénient, bien-sûr.
-    Je n’ai déposé aucun brevet, et de toute façon je vois mal auprès que qui je pourrais porter plainte, répondit Jack en souriant. Non, ce serait un honneur que le Ghoul-Buster daigne utiliser ma création. »
Ils rirent tous les deux et se partagèrent un joint pour l’occasion, imaginant de futures aventures pour le super-héros, fantasmant sur l’idée qu’un tel type puisse réellement exister. Mais il fut bientôt temps de cesser de se plaisanter. Le convoi se rapprochait dangereusement d’une ville baptisée Aerion, seul itinéraire possible pour atteindre la Chaîne Platte, et tous allaient devoir ouvrir l’œil.
Tout comme à Pavilion, les probabilités de rencontrer des meutes gigantesques augmentaient dramatiquement à proximité des grandes cités. Aussi fallait-il rester très vigilants et traverser la ville aussi vite que possible. Il leur restait une bonne heure de nuit et en empruntant le périphérique, ils espéraient dépasser ce point chaud rapidement. Malheureusement, il s’avéra que la route était très encombrée. Les bus avançaient lentement, trop lentement. Les rayons du soleil perçaient l’horizon et ils se trouvaient toujours en pleine zone industrielle.
Assis près du chauffeur, Roland observait la ville, pour l’instant d’un calme morbide. Mais le visage de l’enfant arborait un air soucieux, sourcils froncés au-dessus des jumelles. Jack l’interrogea.
« Faut qu’on se planque, maître, annonça le disciple en grimaçant. Y a des centaines de goules dans cette ville, peut-être des milliers. Pour l’instant, elles sont regroupées dans le centre, mais elles commencent à se réveiller. Et j’ai l’impression qu’elles se déplacent, qu’elles se répandent aux alentours.
-    Fait chier » grommela Jack en réponse, ce qui résumait parfaitement la situation.
Si Roland disait vrai, ils ne pouvaient pas se contenter de s’arrêter et d’attendre la nuit. En sortant de la ville, les monstres leur tomberaient inévitablement dessus. Par bonheur, le jeune homme aperçut bientôt un bâtiment qui, en plus de leur servir de planque, pouvait receler d’infinis trésors.
« Va par là, s’il te plait, demanda-t-il au chauffeur en lui montrant la direction.
-    L’Armurerie des Frères de l’Acier ? interrogea Roland. Tu penses qu’il y a des flingues, là-dedans ?
-    Ca m’étonnerait. Mais on pourra peut-être y trouver des armes blanches. C’est à cette entreprise que j’avais commandé mes katanas. »
Le visage de Roland s’éclaira d’un sourire, qui disparut immédiatement car tirant douloureusement sur sa cicatrice. Mais le cœur de l’enfant s’accélérait à l’idée de pouvoir se trouver un sabre comme celui de son maître. Manquant cruellement d’armes, les adamsiens pourraient peut-être s’y équiper. Il fallait espérer que le bâtiment n’ait pas encore été pillé.
Le convoi roula lentement jusqu’à l’entrée de l’usine alors que le soleil apparaissait à l‘horizon. Il était grand temps de se planquer. Malheureusement, ils se rendirent compte que toutes les portes étaient solidement fermées. Pire encore : Roland repéra une meute d’une cinquantaine de goules qui fonçait vers eux.
S’ils avaient eu des munitions, cela n’aurait aucunement constitué un problème. Mais leurs stocks étaient à sec et ils ne disposaient que d’une quinzaine d’armes blanches, pas assez pour équiper chaque survivant. Jack prit néanmoins les choses en main, un léger stress au ventre.
« Restez dans les bus, ordonna-t-il à ses compagnons. J’ai besoin de deux ou trois volontaires pour essayer de forcer une porte.
-    Mais si on sort, on va se faire bouffer ! objecta quelqu’un.
-    On vous couvrira. Tous ceux qui ont une arme et une paire de couilles, avec moi ! »
Façon de parler bien-sûr, car les femmes étaient également les bienvenues du moment qu’elles savaient se servir de leur outil et qu’elles avaient fumé de la super-weed dans les heures précédentes. Sabre, batte ou objet contondant divers en main, les quinze combattants sortirent du bus au pas de course et établirent une ligne de défense pour protéger les quelques courageux crocheteurs. Ceux-ci s’attelèrent immédiatement à la tâche, tandis que la meute se ruait sur les adamsiens. Se désintéressant des bus bondés, les monstres attaquèrent les guerriers, qui n’en menaient pas large même en se sachant immunisés.
Un tel affrontement ne laissait pas de place au doute. Il fallait être concentré, déterminé. Ignorant sa propre peur, Jack montra l’exemple en allant à la rencontre d’une première goule. Il esquiva les griffes de la créature, faillit être surpris lorsque celle-ci tenta d’utiliser son avant-bras aplatis comme une lame, mais para l’attaque avant de faire voler son sabre vers le crâne du monstre. Le katana emporta un bon quart de la tête du zombie, qui s’écroula instantanément. Jack ne perdit pas de temps à s’en réjouir, laissant ça aux spectateurs à bord des véhicules, et enchaîna immédiatement. Ses compagnons faisaient de même, se démenant pour tuer les goules en évitant leurs assauts mortels.
Les zombies étaient beaucoup plus nombreux et les humains eurent beau faire de leur mieux, nombreux sont ceux qui furent bientôt recouverts de coupures, de griffures voire de morsures. Mais personne ne reculait, prêts à donner de leur sang pour protéger leurs camarades. Les armes étaient de plus en plus lourdes, les mouvements ralentissaient, et une goule faillit bien avoir Carolane. La lamidienne avait déjà été mordue deux fois et, à bout de forces, était tombée à genoux. Un monstre en profita pour planter ses griffes dans ses épaules et approcher sa gueule de la gorge de la femme. Jack assista à la scène, impuissant, lui-même aux prises avec deux évolués particulièrement coriaces.
Une morsure au cou et les chances de survie étaient très minces. Par bonheur, un sifflement se fit entendre et une courte flèche d’acier vint perforer la tempe du monstre au dernier moment. Un deuxième fonçait déjà vers Carolane, mais fut exécuté de la même manière. Trois autres monstres tombèrent sous les flèches d’un tireur invisible, avant que celui-ci ne se débusque.
Debout au sommet de l’Armurerie des Frères de l’Acier, une silhouette vêtue de noir se dressait au-dessus de la bataille, un sabre dans chaque main. Il bondit sans se soucier des six mètres de hauteur, atterrit lourdement en découpant une goule, puis se jeta dans le combat. Ses deux katanas fendaient l’air à la vitesse de l’éclair, fauchant des têtes à la chaîne.
Grâce à la puissance et à la rapidité de ce renfort mystérieux, les cinquante goules furent finalement anéanties. Une ultime survivante tenta de s’enfuir, mais une courte arbalète apparut dans la main de l’homme en noir, envoyant une flèche mortelle qui vint empaler le monstre en plein crâne.
Tout le monde crut halluciner, Jack en particulier. Ses sens devaient être perturbés par la super-weed et l’adrénaline. Car l’homme qui de dressait au milieu des cadavres avait tout d’une représentation réaliste du légendaire Ghoul-Buster. Carrure impressionnante. Long manteau noir. Lames destructrices et arme à feu silencieuse. Et le masque. Une sorte de casque de soudeur qui recouvrait l’intégralité de son visage, complétant la protection assurée par la combinaison noire de l’homme.
Jack n’aurait pas été surpris si le nouvel arrivant avait éclaté d’un rire tonitruant en prenant une pose héroïque. Mais il n’en fit rien, se contentant de nettoyer ses katanas sans dire un mot. Le jeune homme alla à sa rencontre et le remercia d’être venu à leur rescousse.
« On aurait eu bien du mal à s’en sortir sans vous. Dites-moi, on ne vous appellerait pas Ghoul-Buster, par hasard ? » plaisanta-t-il.
L’homme le considéra un moment sans répondre, indéchiffrable derrière son casque. Il finit par le retirer, révélant un visage bien éloigné de celui du super-héros : des cheveux virant au gris, de profondes rides, une hideuse cicatrice et des yeux emplis de tristesse.
« Non, répondit-il sans esquisser un sourire. Je m’appelle Saul Gook. »

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Tistou Lacasa 29/12/2009 18:40


je crois que tu n'es pas encore remis car "théory" c'est écrit dans mon com...


RoN 29/12/2009 20:15


ok lol, j'ai un peu de mal ^^


Tistou Lacasa 28/12/2009 18:56


c'est quoi ce "y" à la fin de théorie ????


RoN 29/12/2009 18:27


Hein ? Soit je suis pas remis de ma cuite d'hier, soit tu hallucine... Où est-ce qu'il y a marqué "theory" ?


Tistou Lacasa 28/12/2009 18:45


Gook, le retour (ou l'original vu qu'en théory ça s'est passé avant la première rencontre du lecteur avec ce personnage)