Chapitre 19 : sauvetage

Publié le par RoN

Le cœur dévoré de culpabilité, ils ne pouvaient désormais plus revenir en arrière. Il fallait au moins que le massacre de cette famille serve à quelque chose, et ce ne serait le cas que s’ils parvenaient à sauver les proches de Jack. Mais la traversée du centre-ville étant impossible, il allait falloir trouver un autre moyen de rejoindre la maison de ses parents. Et ils n’avaient plus le temps de faire le tour de la campagne environnante pour trouver un autre accès. Il était déjà bien assez difficile de circuler en ayant une bonne visibilité, et la nuit, cela deviendrait tout bonnement impossible. Ils se résolurent donc à couper à travers champ, la voiture de Jack étant assez légère pour permettre ce genre de performance, au moins jusqu’à un certain point. Ils se rapprochèrent donc le plus possible de la maison, mais durent parcourir les dernières centaines de mètres à pied. Ils ne rencontrèrent heureusement pas d’autres zombies, et de toute manière, la zone était assez dégagée pour les voir arriver de loin.
Une fois la maison des parents de Jack en vue, le jeune homme sentit son cœur se serrer. Le bâtiment n’avait pas brûlé. Mais la porte était grande ouverte, et quand ils furent à quelques mètres de l’entrée, une forte odeur de décomposition les accueillit.
« Tu es certain de vouloir aller à l’intérieur ? demanda Aya.
-    Oui, il faut que je sois sûr… Et de toute façon, on a besoin d’un endroit où passer la nuit. »
Ca allait être dur de dormir dans cette puanteur. Mais pour le moment, il fallait savoir ce qui la dégageait.
Une écharpe sur le nez pour atténuer l’odeur et les katanas dégainés, ils pénétrèrent dans la maison. A l’intérieur régnait un véritable chantier. Beaucoup d’objets jonchaient le sol, souvent brisés, et les placards étaient tous ouverts. Plus une trace de nourriture. Heureusement, ils avaient emporté des provisions. Mais ce qu’ils trouvèrent dans le salon leur coupa de toute façon l’appétit.
Jack tomba à genoux, les larmes coulant sur ses joues. Car malgré le crâne défoncé et la décomposition avancée du cadavre, cela ne pouvait être que son père. La chemise à carreaux, les santiags et les longs cheveux fins ne pouvaient pas le tromper. Et dans la salle de bain du rez-de-chaussée, c’est le corps de sa mère qu’ils trouvèrent. Elle aussi avait la tête brisée.
Jack s’y était préparé de son mieux, mais ce qu’il redoutait était arrivé : ses parents, les gens bons et ouverts qui avaient fait de lui l’homme qu’il était aujourd’hui, étaient morts. Pire, ils étaient devenus des monstres, comme une bonne partie de la population. Mais heureusement – enfin, Jack supposait que c’était une bonne chose – quelqu’un les avait mis hors d’état de nuire. Au moins, ils ne contribueraient pas à répandre l‘infection.
Encore sous le choc, ils montèrent à l’étage, redoutant de trouver également le corps de la plus jeune de la famille, Béate. Mais les chambres étaient désertes, et ils se réfugièrent dans celle de Jack. Une fois la porte bien barricadée, le jeune homme laissa s’écouler sa souffrance. Lui et Aya s’allongèrent sur le lit, et durant de longues minutes, ils se serrèrent l’un contre l’autre, les larmes glissant sur les joues du jeune homme jusque dans les cheveux de sa bien aimée.
Et la tempête finit par passer. Il est toujours douloureux de dire adieu à ceux qui nous ont donné la vie, d’autant plus quand on les retrouve à l’état de cadavre, le crâne défoncé par un inconnu (qui en avait d’ailleurs profité pour vider la maison de toute sa nourriture). Mais après tout, affronter la mort de ses parents est une épreuve par laquelle passe tout être humain, et à laquelle il faut inévitablement se résoudre un jour où l’autre. C’est d’ailleurs sans doute l’ultime leçon que ceux-ci nous donnent, et qui fait définitivement de nous des adultes. Mais ça ne rend pas la douleur plus supportable. La super-weed, en revanche, en était capable, et le gros joint que roula Aya atténua un peu le chagrin de Jack.
Le jeune homme parlait de ses regrettés parents à sa petite amie quand ils entendirent du bruit dans la maison. Un son métallique, comme une boite de conserve que l’on fait rouler. Sur leurs pieds en une seconde, ils tendirent l’oreille, mais la maison était à nouveau silencieuse.
Etait-ce un courant d’air, ou une goule les avait-elle suivi jusque là ? Il existait un moyen simple de le savoir. Les étudiant sortirent de la chambre et se postèrent en haut de l’escalier.
« Hey ! cria Jack. Viens donc par là, saloperie de zombie ! J’ai de l’acier pour toi ! »
Et vu ce qu’ils avaient vécu aujourd’hui, le jeune homme avait très envie de pourfendre de la goule. Si l’origine du bruit était bien l’une d’elles, elle ne tarderait pas à venir les voir.
Le bruit se répéta, et ils perçurent clairement une ombre bouger au rez-de-chaussée. Mais au bout d’une minute, rien n’avait tenté de grimper les marches. Inquiets et sérieusement troublés, le couple descendit l’escalier à pas de loup, les sabres en mains. Juste assez tôt pour voir une silhouette s’engouffrer dans le couloir menant au sous-sol. Jack sursauta comme un diable hors de sa boîte et faillit foncer, le katana en avant, mais Aya le retint.
« Doucement, lui dit-elle. Si c’était un zombie, il ne se serait pas enfui. Je crois bien que c’est un survivant. Suivons le sans le paniquer. »
Jack acquiesça. Ils ne rangèrent pas pour autant leurs armes. Avoir un humain en face d’eux ne signifiait pas qu’ils devaient baisser leur garde. Passer un mois seul au milieu de ce cauchemar pouvait assurément transformer quelqu’un de stable en fou dangereux.
« N’ayez pas peur ! prévint Jack en descendant l’escalier menant au sous-sol. On ne vous veut aucun mal.
-    Nous avons de la nourriture, ajouta Aya. Montrez-vous, et nous serons ravis de la partager avec vous. »
Ils arrivèrent à l’étage inférieur sans avoir eu de réponse. C’était clair : quelqu’un vivait ici. Partout dans le sous-sol étaient éparpillées des boites de conserves, des couvertures et tout un tas de produits divers ayant appartenu à sa famille. Dont de nombreuses photographies, remarqua Jack. Le cœur du jeune homme s’emballa. Etait-il possible que ce qu’il espérait soit réalité ?
Un mouvement sur sa gauche attira son regard. Dans un coin sombre, une boule de couverture tremblait doucement. Le remarquant également, Aya s’approcha et toucha la masse en murmurant des paroles rassurantes. Mais elle fut accueillie par un hurlement, et le survivant lui sauta dessus, brandissant un rouleau à pâtisserie au-dessus de sa tête. Le coup aurait pu fracasser le crâne de la jeune fille, mais par bonheur, Jack fut plus rapide. Il bondit et plaqua sans difficulté l’assaillant au sol.
Malgré les hurlements hystériques, le jeune homme sentit une larme de joie couler sur sa joue.
« Calme-toi ! Calme-toi ! dit-il. C’est moi ! C’est Jack ! »
Au son de sa voix, la jeune fille s’apaisa quelque peu, et finit par se détendre. Jack la serra dans ses bras en pleurant. Qui devait-il remercier pour ce miracle ? Un dieu quelconque ? L’univers lui-même ? Dans le doute, il choisit les deux. Car sous la puanteur, la couche de crasse et les cheveux emmêlés, c’était bien sa sœur Béate qu’il venait de retrouver.

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Tistou Lacasa 09/10/2009 16:40


je pense qu'il devrait remercier le seul et unique véritable Dieu de cette histoire : toi, l'auteur :)