Chapitre 14 : le raid

Publié le par RoN

Les quatre membres de l’expédition approchèrent du véhicule à pas de loup. La nuit était tombée et pour le moment, aucun zombie ne les avait repérés. Ils avaient vu juste : l’occupant du véhicule était entièrement nu, recroquevillé sur la banquette arrière. Les étudiants ignoraient toujours pourquoi les goules étaient moins actives la nuit, mais dès qu’ils furent près du break, le zombie sortit de sa léthargie pour venir frapper les vitres. Visiblement, le fait d’être enfermé avait décuplé son envie de meurtre, et son agressivité se faisait plus vive à mesure que les jeunes l’observaient. Mieux valait ne pas laisser ce manège durer trop longtemps, car ce boucan ne manquerait pas d’attirer bientôt d’autres monstres. Le zombie risquait également de finir par briser la vitre, et ils préféraient avoir un véhicule en bon état. Redoublant de prudence, Jack actionna la poignée. Hystérique, le zombie tenta maladroitement de se ruer hors du véhicule. Etant donnée son agitation, difficile de l’avoir par la technique classique du « pointage ». Mais nos étudiants coopérèrent parfaitement, Arvis et Lloyd lui embrochant la poitrine pour l’immobiliser tandis qu’Aya le frappait au sommet du crâne, de toute sa force. Le katana y pénétra sans difficulté, lui tranchant quasiment la tête en deux. Réussite parfaite.
Ils fouillèrent la voiture de leur mieux, sans parvenir à mettre la main sur les clés. Leur plan initial semblait voué à l’échec, mais Aya eut l’idée de chercher dans les habits du mort, éparpillés entre les sièges. C’était bien vu : dans la poche du jean maculé de sang, ils trouvèrent un trousseau de clé. L’une d’elle correspondait au contact du break, et ils purent également s’assurer que le véhicule fonctionnait. Qui plus est, le réservoir était quasiment plein. Jusque là, nos amis bénéficiaient d’une chance révoltante. Ils espéraient que cela durerait.
Le couple rejoignit la voiture de Jack, tandis que les frères Bronson s’installaient dans leur nouveau véhicule. Puis le convoi prit la direction de la zone commerciale.
« Tu n’as pas peur que la supérette ait déjà été pillée ? interrogea Aya pendant le trajet.
-    C’est une possibilité, répondit Jack. Mais j’en doute. Les choses ont été très vite, ici. A mon avis, la plupart des gens se sont fait tuer ou ont fui avant de penser à visiter les magasins. Mais on verra bien. »
Il esquiva de justesse une poubelle renversée sur la route. Le chemin était encombré d’obstacles divers, et ils pouvaient difficilement dépasser les trente kilomètres à l’heure. Ce qui était cependant largement suffisant pour semer les zombies, ayant déjà du mal à suivre des gens trottant tranquillement. Quelques minutes plus tard, ils arrivaient devant le supermarché.
A priori, Jack avait eu raison. Les vitres du magasin étaient intactes, et personne ne semblait l’avoir visité avant eux. En revanche, la porte était grande ouverte, et une goule vint les accueillir dès qu’ils eurent coupé les moteurs. Mieux aurait peut être valu les laisser tourner. En cas de fuite précipitée, cela aurait été préférable. Mais d’un autre côté, le bruit aurait sans doute sonné comme une cloche annonçant le dîner aux oreilles des zombies.
Ils se débarrassèrent rapidement de l’occupant du magasin, puis parcoururent rapidement les rayons pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’autre monstre. Lloyd resta à l’entrée pour faire le guet tandis que ses amis parcouraient le supermarché, poussant chacun un caddie, qui furent vite remplis de tout un tas de victuailles. Eau, boites de conserve, produits d’entretien divers, tout ce qui pouvait s’avérer utile était emporté. Malheureusement, le magasin était tout de même assez petit, et ne proposait ni vêtements, ni rien qui put constituer une arme efficace. Cela serait pour une autre expédition. Ils chargèrent les voitures le plus vite possible, prenant bien soin de surveiller les alentours pour ne pas se faire surprendre par une meute de goules. Quelques unes vinrent leur rendre visite, attirées par l’agitation dans la nuit d’un calme mortel, mais les étudiants s’en occupèrent sans problème. Tant qu’on restait calme et qu’on les voyait arriver, les monstres ne constituaient pas une menace insurmontable. Mais les étudiants n’avaient encore jamais eu affaire à une meute trop importante, sans quoi ils auraient probablement changé d’avis. Si efficaces soient-ils, il leur aurait été bien difficile d’affronter plus d’une trentaine de goules simultanément.
Une fois les véhicules chargés d’une bonne quantité de vivres, ils passèrent à la deuxième phase de leur raid. Direction la pharmacie, à une centaine de mètres de là. Cette fois, les portes étaient solidement fermées, et ils n’eurent d’autre choix que de briser la vitre. Le fracas du verre fit venir une dizaine de zombies, heureusement progressivement. Ils s’en débarrassèrent facilement, mais cela commençait à faire beaucoup pour une seule journée. Jack sentait la tension monter, et il était impatient d’être de retour dans la serre, en sécurité et un bon gros pétard à la bouche.
Ils prirent tout ce qui leur semblait utile : désinfectants, kits de premier secours, anti-douleurs, antibiotiques, contraceptifs… Ils ignoraient l’utilité de beaucoup de produits, et ne souhaitaient pas prendre le temps de lire les notices, mais constituèrent tout de même une bonne réserve. Ils trouvèrent même un énorme livre de médecine, qui pouvait s’avérer sacrément utile. Jack et Marie étaient de bons biologistes, mais n’avaient que peu de connaissances dans le domaine de l’être humain et de ses nombreuses pathologies. Mieux valait emporter toute source d’information potentielle.
Une fois la pharmacie dévalisée, ils se concertèrent rapidement pour savoir s’ils continuaient ou pas leur mission. Tous avaient envie de rentrer, les bras fatigués et la peur au ventre, mais le bureau de tabac était situé juste à côté, et il était difficile de résister à cet oasis de nicotine. Ils se décidèrent donc.
Malheureusement, le bar-tabac était bien fermé, et de lourdes grilles de sécurité en protégeaient la porte en la vitrine. Impossible de les forcer de l’extérieur. Mais à l’intérieur, une petite lumière clignotante indiquait que le bâtiment était toujours approvisionné en électricité. S’ils pouvaient s’y introduire, il devrait être possible d’ouvrir les grilles pour sortir le précieux butin. Ils firent donc le tour de la bâtisse tout en gardant un œil sur les alentours. Ils n’avaient plus vu de zombie depuis de longues minutes, et avec un peu de chance, cela signifiait qu’ils s’étaient occupés de tous les monstres des environs. Ne baissant pas leur garde pour autant, ils finirent par localiser une petite fenêtre, à deux mètres de haut.
Lloyd fit la courte échelle à son petit frère, et un coup de katana brisa la lucarne.
« Allez m’attendre de l’autre côté. Dans deux minutes je vous ouvre, dit le jeune homme avant de s’engouffrer dans le bâtiment.
-    Fais gaffe à toi ! le pria Lloyd. Il peut très bien y en avoir à l’intérieur ! »
Mais cela était peu probable, vue la façon dont le bar-tabac était barricadé.
Les trois jeunes gens retournaient à l’avant du magasin quand une détonation claqua à l’intérieur.
« Putain, c’était quoi ça ?? » interrogea Lloyd, blanc comme un linge.
Il retourna sous la fenêtre, tandis que Jack et Aya scrutaient vainement l’intérieur obscur, par la vitrine. Mais quelques secondes plus tard, le rideau de fer se soulevait et la porte s’ouvrait, pour laisser apparaître un Arvis plus pâle que la lune, la main plaquée sur son bras gauche, laissant s’échapper un peu de sang.
« Mais bordel, qu’est ce qui t’est arrivé ? l’interrogea Jack.
-    Ce qui lui est arrivé ? dit une voix de femme derrière lui. Il vient d’apprendre qu’on n’entre pas par effraction dans une propriété privée. »


Arvis fit un pas en avant, et le couple put voir derrière lui une femme d’une quarantaine d’années, son visage décharné affichant un air dur et déterminé. Ce qui collait parfaitement avec le fusil à pompe qu’elle braquait dans le dos du jeune homme.
« Ola ola, on se calme ! l’exhorta Jack.
-    C’est vous qui vous calmez, les voyous ! répliqua-t-elle. Vous êtes quoi ? Des pillards ? Vous vouliez me voler, c’est ça ? »
Les jeunes se regardèrent, perplexes.
« Eh bien, répondez ou je lui fait sauter le citron ! leur ordonna la femme en poussant Arvis du canon de son arme.
-    Pour dire la vérité, oui, on voulait prendre du tabac chez vous, expliqua Aya précipitamment. Mais on pensait qu’il n’y avait personne !
-    Vois pas c’que ça change ! répliqua la femme entre ses dents. Du vol c’est du vol, même si les propriétaires sont partis ! Mais attendez, vous étiez pas quatre, au début ?
-    Si, répondit Lloyd derrière elle, son sabre pressé entre ses omoplates. Et maintenant, tu baisses ton putain de flingue ou je te transperce le cœur.
-    Si tu fais ça, je descends ton pote.
-    Rien à foutre. Je le connais depuis hier, et il peut bien crever. Aller, décide toi. Soit vous mourrez tous les deux, soit tout le monde s’en sort indemne.
-    Indemnes, tu parles ! s’écria Arvis. Cette salope m’a tiré dessus ! »
Mais la femme finit par obtempérer, soulageant tout le monde. Jack s’empara du fusil, préférant éviter de le laisser à Arvis, dans une colère noire.
« Putain ! grognait-il alors qu’Aya jetait un œil à sa plaie. Non seulement cette conne me flingue en guise de salutation, mais mon propre frère n’hésite pas à mettre a vie en jeu !
-    Désolé, frangin, s’excusa Lloyd. Mais ça a marché, non ?
-    Alors comme ça c’était du bluff… comprit la femme. Quelle bande de petits cons. Vous allez faire quoi, maintenant ? Me découper avec vos épées de chinetoque ?
-    Mais non, bordel ! s’écria Jack. On ne va pas vous faire de mal.
-    C’est ça, on verra… grommela Arvis.
-    Ca va, tu n’as quasiment rien, le rassura Aya.
-    J’allais quand même pas tirer dans le bide du premier humain normal que je croise depuis deux semaines, dit la femme, déjà un peu plus aimable. J’ai visé à coté, mais il a du se prendre un ricochet…
-    Vous êtes toute seule depuis le début de l’épidémie ?
-    Oui. Mais… oh putain ! » s’écria-t-elle en désignant un point, dans leur dos.
C’était la ruse classique, mais ils se firent avoir comme des bleus. Ils tournèrent la tête, et en une seconde, la femme bondit et récupéra son fusil des mains de Jack. L‘arme se braqua vers le visage du jeune homme, qui crut avoir un arrêt cardiaque lorsque la détonation claqua. Mais heureusement, il n’était pas la cible. Tombant sur les fesses, il se retourna pour voir un zombie s’étaler au sol à à peine un mètre de lui, la tête à moitié arrachée par les plombs du fusil à pompe.
« Oh merde… bégaya-t-il. Me-merci, madame.
-    Bon, et maintenant on fait quoi ? interrogea celle-ci.
-    Déjà, je propose qu’on rentre à l’intérieur, dit Lloyd. Le coup de feu risque d’attirer d’autres goules.
-    Si vous nous y autorisez, bien sûr, ironisa son frère.
-    Ca va, vous avez raison, accepta la femme. Ramenez vos culs par ici. »
Il était temps, car une bonne vingtaine de zombies apparaissaient déjà au coin de la rue. Grommelant entre ses dents, la femme rabaissa le rideau de fer et fit monter ses invités pas vraiment désirés à l’étage, où ils purent enfin souffler et soigner l’égratignure d’Arvis.


(source de l'image : http://speedwelltargets.com/cart/images/speedwell/563.jpg)

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