Chapitre 12 : migration

Publié le par RoN

Trois jours plus tard, les survivants durent faire face à la réalité. S’ils voulaient tenir jusqu’à l’arrivée des secours, toujours promis à la radio malgré la dégradation de la situation à l’échelle nationale, il allait falloir qu’ils bougent. Tous les appartements de l’immeuble avaient été vidés de leurs quelques vivres, et tenir à six chez Jack n’était de toute façon plus possible. Tous puaient comme s’ils ne s’étaient pas lavés depuis deux semaines – et à vrai dire, c’était presque le cas, les quelques pluies étant loin de procurer la même sensation qu’une vraie douche. Ils ne buvaient plus que du soda et du jus de fruit depuis plusieurs jours, et se seraient damnés pour un verre d’eau pure. Et les secours pourraient mettre encore des semaines à les rejoindre, si ce n’était des mois, d’autant plus que comme ils l’avaient devinés, ils avaient eu la malchance de se trouver dans le foyer de l’infection - malchance cependant très relative étant donné qu’ils étaient toujours en vie, ce qui n’était pas le cas de la majorité des habitants.  Mais s’ils voulaient continuer à survivre, il allait falloir s’organiser à long terme.
Jack y songeait déjà depuis plusieurs jours, et la meilleure solution s’était imposée d’elle-même.
« Je crois qu’on devrait aller vivre dans le labo de biologie végétale, annonça-t-il à ses amis.
-    Mais oui ! s’exclama Marie. Pourquoi tu n’as pas proposé ça avant ?
-    Eh bien, principalement parce qu’entre nous et le labo, il y a un kilomètre infesté de zombies… Mais de toute façon, on n’a plus vraiment le choix.
-    Qu’est-ce que ce labo a de si tentant ? interrogea Arvis.
-    Déjà, on aura beaucoup plus de place qu’ici. Et en s’organisant bien, on pourra tenir des mois.
-    Le labo est en grande partie autonome, expliqua Marie. Des panneaux solaires fournissent de l’électricité. Bon, pas énormément, mais si on ne consomme pas comme des bourrins, ça devrait largement suffire. Ca, ça te plait, einh ?
-    Tu veux dire qu’on pourrait avoir de la musique ? Qu’on pourrait… jouer à des jeux vidéos ?? s’extasia le jeune Bronson.
-    Hum, à petites doses, oui, sans doute. Mais ce n’est pas tout. L’irrigation des plantes vient exclusivement de l’eau de pluie, qui est stockée et purifiée. Ce qui réglerait le problème de la boisson et… des douches. Bon, ne vous excitez pas trop, ce ne sera pas de l’eau chaude. Mais nous décrasser un peu, même à l’eau froide, ne nous ferait certainement pas de mal.
-    Ca, c’est clair, confirma Aya. Je n’ose même plus enlever ma culotte de peur de m’asphyxier…
-    On se passera des détails, chérie, dit Jack en riant.
-    Lumière, chauffage (ce qui risque de devenir un problème d’ici un mois ou deux), on aura quasiment tout là-bas, continua Marie. Et évidemment, on pourra utiliser la serre pour faire pousser des légumes.
-    Tu crois qu’on va être bloqué dans cette ville pour si longtemps ? s’exclama Allan.
-    Aucune idée. Mais vu comment évoluent les choses, mieux vaut prendre des précautions dès maintenant.
-    Tu as bien raison, confirma Jack. Et on sera beaucoup plus en sécurité là-bas. Si les installations électriques fonctionnent toujours, les portes magnétiques vont constituer un sacré obstacle pour les zombies. Et pour couronner le tout, il y a là-bas des dizaines de kilos de beu, dont au moins cinquante de super-weed, qui vont être perdus si on ne s’en occupe pas. »
Cet argument final convainquit même Lloyd, pas vraiment enjoué à l’idée de sortir hors de l’immeuble. A vrai dire, aucun ne l’était (mis à part peut être Arvis, toujours partant pour dégommer de la goule). Mais comme l’avait souligné Jack, leurs alternatives étaient très limitées.
« Bon, ça ne veut pas dire qu’on sera au jardin d’Eden, temporisa le jeune homme. Ca ne va pas régler le problème de la bouffe, du moins pas avant plusieurs semaines. Une fois qu’on sera installés, j’ai bien peur qu’on doive faire une autre expédition, dans un supermarché cette fois-ci. Nourriture, produits d’hygiène, il faudra faire une liste de ce dont on a besoin.
-    Carrément, confirma Marie. Je n’ai plus de serviettes hygiéniques, et ta copine n’a que des foutus tampons…
-    On s’en occupera, promis le jeune homme.
-    Ce serait également bien de faire un raid par une pharmacie, intervint Allan. Antibiotiques, antidouleurs, tous ces trucs pourraient être drôlement utiles.
-    Oh oui, confirma Aya. Et des contraceptifs, aussi. J’ai bientôt fini ma pilule. On devrait aussi prendre des capotes…
-    Ouais, ouais, mais bon, ces trucs là ne sont pas vitaux.
-    Bien sûr que si. Je n’ai certainement pas envie de me retrouver enceinte. Avec tous ces putains de zombie, essaie donc d’avoir un rendez-vous de gynéco. C’est déjà pas facile en temps normal…
-    Vous pouvez pas simplement vous abstenir ? » interrogea Arvis.
Le couple le regarda comme s’il était lui-même un zombie.
« Tu rigoles ou quoi ? demanda Jack. On a de grandes chances de crever dans les mois qui viennent. Si on peut même plus prendre un peu de plaisir…
-    Enfoirés… grommela le jeune Bronson. Merde, la super-weed c’est bien, mais moi aussi j’aimerais bien baiser de temps en temps. Et la seule meuf libre ici est une satanée lesbienne…
-    Hey, on est tous dans le même cas que toi, petit ! dit l’intéressée. Enfin bon, pour toi, je veux bien faire une exception…
-    C’est vrai ? s’écria Arvis, aux anges.
-    Malheureusement non, répondit Marie en éclatant de rire. Ah, ces mecs, ils croient au père noël… »
Tous éclatèrent de rire, mis à part le jeune homme dépité. Puis ils redevinrent sérieux, car leur projet l’exigeait.
« Alors, quand est-ce qu’on y va ? interrogea Allan.
-    Le plus tôt sera le mieux, répondit Jack. On réunit nos affaires, on s’arme du mieux possible, et on fonce là bas. Cet après midi.
-    Mieux vaut attendre la nuit, objecta Marie. J’ai bien observé les zombies. Dans la journée, certains se contentent de rester sans bouger à prendre le soleil, alors que d’autres déambulent au hasard. Mais la nuit, ils s’immobilisent tous. Ils ont l’air plus… ralentis.
-    T’en es bien sûre ? Parce que de nuit, on les verra moins bien venir.
-    Pas à cent pour cent, mais bon, j’ai vraiment l’impression qu’ils sont plus actifs quand il y a du soleil. De nuit, je ne crois pas les avoir vu bouger, à part peut être quand ils entendent quelque chose.
-    Bon, je suppose qu’on peut tenter le coup. Il faudra qu’on soit les plus discrets et rapides possible. Vous vous sentez capables de courir un kilomètre ? »
En bons drogués, la plupart avaient abandonnés le sport depuis des lustres, mais avec des zombies aux fesses, oui, ils se sentaient parfaitement capables de sprinter sur un kilomètre.
« On ne pourrait pas plutôt choper un véhicule ? proposa Lloyd.
-    Hum, il me semble que je suis le seul à avoir une caisse, et elle est garée devant le labo… objecta Jack. Donc à moins que l’un de vous ne sache démarrer une voiture comme les gangsters, on sera a pieds.
-    Et le bruit risque d’attirer une meute de zombies… ajouta Allan.
-    Pour nos expéditions réapprovisionnement, ce sera sans doute nécessaire. Mais pour ce soir, il faudra compter sur nos jambes. »
Ils se préparèrent donc du mieux possible. Mais ils n’avaient pas grand-chose à emporter, et pourraient éventuellement revenir chercher ce qui leur manquait. Pour cette escapade, mieux valait de toute façon voyager léger. Des armes et le peu qu’il leur restait de provisions suffiraient. Les trois katanas furent remis à Arvis, Lloyd et Aya, tandis que Jack prenait son boken. Allan et Marie n’avaient que des couteaux de cuisine, et espéraient sincèrement ne pas avoir à s’en servir. Tuer un zombie avec une lame de quinze centimètres impliquait de rentrer quasiment en contact avec la goule, ce qui ne les réjouissait absolument pas. A l’avenir, ils pourraient essayer de trouver de meilleurs outils, mais pour le moment, c’était tout ce dont ils disposaient. Avoir trois sabres de samouraï était déjà une sacrée aubaine.
Quand tout le monde fut prêt et la nuit tombée, ils se mirent en route. Ils sortirent de l’immeuble à pas de loups et se mirent à trotter en direction du laboratoire, le plus silencieusement possible. Par bonheur, la densité de zombies avait sérieusement diminué depuis le début de l’épidémie. Et visiblement, les observations de Marie s’avéraient justes. Les goules étaient toutes immobiles, recroquevillées au sol, et il fallait que le groupe passe à moins de dix mètres pour qu’elles leur prêtent attention. Quand ils arrivèrent au laboratoire, à bout de souffle, ils en avaient tout de même une douzaine aux trousses. Heureusement, ils allaient bientôt pouvoir se mettre en sécurité derrière les lourdes portes magnétiques. Celles-ci ne s’ouvrirent pas quand ils tirèrent la poignée, ce qui signifiait que l’électricité fonctionnait toujours dans le bâtiment, comme ils l’avaient espéré.
Et Jack prit douloureusement conscience du principal inconvénient de fumer du cannabis continuellement : la défaillance de la mémoire. Si cela n’était pas trop problématique pour ses recherches (il avait pris l’habitude de noter dans un carnet chacune de ses idées ou observations), cela l’était beaucoup plus quand on se retrouvait bloqué devant les portes, sans carte, avec une meute de monstres qui se rapprochait dangereusement.
« Oh putain, tu déconnes ?? s’exclama Allan quand Jack informa ses amis de cet oubli capital.
-    J’ai bien peur que non…
-    Nom de dieu, mais quel boulet cosmique !! cria Marie.
-    Et toi, tu n’as pas ton passe ?
-    Non, non ! Merde, qu’est-ce qu’on fait ? »
Il n’était hélas plus temps de tergiverser, car les zombies étaient sur eux. Malgré la panique qui leur vrillait les pensées, les survivants attaquèrent. Les goules étaient plus nombreuses, mais les étudiants avaient la rapidité et les katanas de leur côté. Responsable de cette situation, Jack usa de son boken sans hésitation, et défonça le crâne de deux zombies, tandis qu’Aya et les frères Bronson en « pointaient » d’autres. Les sabres étaient des armes parfaites pour ce genre d’affrontement, et moins d’une minute plus tard, toutes les goules étaient à terre. Même Marie, mettant de côté son appréhension, réussit à se débarrasser d’un monstre, lui enfonçant prestement son couteau sous la mâchoire, directement jusqu’au cerveau.
« C’est pas si difficile que ça… dit-elle à Allan, qui avait été incapable de bouger durant l’affrontement.
-    Je… désolé… répondit celui-ci en baissant les yeux, honteux.
-    T’excuse pas, vieux, lui dit Jack. Tout ça c’est de ma faute. Mais on s’en est sortis, c’est le principal.
-    En attendant, on est toujours bloqués à l’extérieur, intervint Aya. Super plan, Jack.
-    Oh, ça va. Restez ici et ne faites pas de bruit, je retourne à l’appart’…
-    Tout seul ?
-    Ouais, mais j’ai pris les clés de ma bagnole. Au moins, je n’irai pas à pied. Et je serai revenu rapidement.
-    Ca vaut mieux, parce que ça m’étonnerait qu’on reste tranquilles bien longtemps… »
Mais pour le moment, aucun zombie ne montrait le bout de son nez. Aya se décida finalement à accompagner son petit ami, et ils foncèrent à la voiture de celui-ci. Deux minutes plus tard, ils étaient de retour devant l’immeuble. Malheureusement, ce qu’ils craignaient s’était produit, et deux goules se rapprochaient d’eux, attirées par le bruit du moteur. Ils s’en débarrassèrent rapidement et grimpèrent les marches quatre à quatre, récupérant enfin la précieuse carte magnétique. Puis ils redescendirent sans prendre le temps de souffler.
Le moteur qui tournait toujours avait attiré trois nouveaux zombies, qu’ils exécutèrent sans salutations. Décidemment, cette soirée avait largement augmenté leur tableau de chasse. Et ce n’était pas fini. Revenant vers l’entrée du laboratoire, ils se rendirent compte qu’une huitaine de monstres avaient localisé leurs amis, et se rapprochaient d’eux rapidement en rangs serrés. Jack accéléra un bon coup, renversa la meute et s’arrêta dans un crissement de pneus tandis que ses camarades achevaient les zombies, les jambes réduites en bouillie. Et enfin, enfin ils purent pénétrer dans leur nouvel abri.

Publié dans Chapitres

Commenter cet article

Tistou Lacasa 01/10/2009 18:25


Juste pour signaler "couteaux de cuisine" et non de cuiine


RoN 01/10/2009 20:20


Merci, corrigé ^^