Chapitre 11 : initiation

Publié le par RoN

« Trois jours après le début des événements sanglants dans la ville de Pavilion, le pays réalise avec horreur que nous avons affaire à un problème sans précédent, annonçait un chroniqueur une fois qu’ils eurent allumé leur précieuse radio. Il semble qu’une épidémie rappelant la rage chez les animaux se soit déclarée pour des raisons encore inconnues, et malgré les importants moyens mis en place, les autorités ont le plus grand mal à la contrôler. Bien que la ville ait été stérilisée par le feu hier soir, on nous signale des cas dans les villages voisins, sur une étendue de près de 100 km². Des zones de quarantaine ont été mises en place pour contenir l’épidémie, mais on ignore encore si cela sera suffisant. Toutes les personnes vivant à moins de 50 km de Pavilion sont priées de rester chez eux et de se barricader solidement. En aucun cas vous ne devez tenter de rejoindre vos proches ou de fuir. Des secours seront dépêchés au plus vite, mais pour le moment, la seule façon d’assurer votre sécurité est de vous enfermer solidement chez vous ou dans les lieux de rassemblement tels que les mairies ou les gymnases. Ne tentez pas de combattre les contaminés. Aussi monstrueux soient-ils, ils restent des humains, qui pourront être soignés dès que les autorités sanitaires auront caractérisé la maladie. D’après de nombreux témoignages, l’infection se propage essentiellement par échange de fluide, généralement par des morsures. Il est donc essentiel d’éviter tout contact avec des personnes contaminées, même si celles-ci vous sont proches. Si vous avez été mordu, ne paniquez pas, et stérilisez la plaie au plus vite avec une solution antiseptique ou de l’alcool en attendant l’arrivée des équipes de secours. Nous vous rappelons également que tout acte de pillage ou de violence sera sévèrement puni. »
Les étudiants se regardèrent, assez mal à l’aise, eux qui venaient littéralement de cambrioler plusieurs appartements et d’exterminer une demi-douzaine de goules. Mais étant donnée leur situation, la fin justifiait les moyens. Le chroniqueur continua avec d’autres conseils qui se voulaient rassurants, mais en gros, le message était « restez chez vous et attendez les secours ».
C’est donc ce qu’essayèrent de faire nos six amis, s’occupant tant bien que mal à fumer de la super-weed, lire des mangas et jouer aux cartes. Mais quelques jours plus tard, ils se retrouvaient à nouveau à cours de vivres. L’hygiène commençait également à être un problème, même s’ils s’arrangeaient pour aller faire leurs besoins à l’extérieur, perchés sur l’échelle de secours. L’eau ne circulait plus dans les tuyaux depuis longtemps et, pour se laver, ils ne pouvaient que profiter de la pluie. Et pire que tout, les nouvelles n’étaient pas bonnes. La plupart des villages touchés par l’infection avaient été isolés, mais l’épidémie continuait visiblement à s’étendre. Les contaminés, quand ils ne détectaient pas de proie, erraient au hasard dans la campagne, rendant très difficile leur capture. La propagation par les animaux, en particulier les oiseaux, n’était pas non plus à exclure. Et les recherches des services de santé pour tenter de mettre au point un vaccin ou un traitement n’avançaient pas, malgré l’aide internationale.
Rien de bien encourageant donc, et les autorités finirent par dépénaliser le « meurtre des morts-vivants », ce qui était parfaitement égal à notre groupe de survivants, qui avaient bien du abattre une trentaine de goules lors de leurs « missions ravitaillement » dans l’immeuble. Jusque là, ils n’avaient trouvé aucune personne saine, et commençaient sérieusement à se demander s’ils n’étaient pas les seuls rescapés de l’université, voire de la ville.
Mais le moral n’était pas trop  bas pour autant, en grande partie grâce à la super-weed, dont le stock commençait cependant à diminuer. Jack était devenu un véritable expert en mise à mort des goules, et il ne tremblait plus de peur à chaque fois qu’il fallait ouvrir la porte d’un appartement. Arvis et Lloyd semblaient même prendre goût à l’abattage de zombie, en particulier le plus jeune, toujours volontaire pour se débarrasser des monstres qui pénétraient invariablement dans l’immeuble. Marie passait le plus clair de son temps à observer les créatures à la fenêtre, étudiant leur comportement, les dessinant et prenant des notes. Allan s’occupait en écrivant ou en inventant de nouveaux jeux de cartes, activité bien plus importante qu’il n’y paraissait, dans ce 30 m² où les distractions étaient quasi-nulles. Seule Aya semblait avoir vraiment du mal à supporter la situation. Contrairement à son habitude, la jeune fille parlait très peu, ne s’aventurait jamais en dehors de l’appartement, et se réveillait sans cesse la nuit, en nage et parfois en hurlant. Jack faisait de son mieux pour la rassurer, mais chaque jour, la situation dans le pays semblait empirer, et il ne savait plus quoi lui dire pour lui redonner espoir. La beu ne lui apportait qu’un réconfort très passager, et tôt ou tard, il allait bien falloir qu’elle se décide à faire face à la situation. Et pour ça, mieux valait qu’elle affronte ses peurs directement. Ce que Jack lui proposa au matin du septième jour d’épidémie.
« Ecoute, chérie, lui dit-il. Ca ne peut plus durer. Tu ne manges presque plus, tu n’as pas du dormir plus de deux heures d’affilée depuis des jours, si tu continues tu vas tomber malade. La peur est en train de te détruire.
-    Et qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? soupira la jeune fille, les larmes au bord des yeux.
-    C’est pas compliqué. Aujourd’hui, tu vas tuer un zombie.
-    Non, non, non… gémit Aya en secouant la tête.
-    Si, il le faut.
-    Mais ces monstres me terrifient !
-    Ca, je sais bien, c’est justement l’intérêt de la manœuvre. Tu vas te rendre compte qu’ils ne sont pas SI dangereux. Ils sont lents et maladroits, et même un gosse pourrait réussir à leur planter un katana dans l’œil. En plus, si les choses continuent comme ça, tôt ou tard on va devoir sortir de cet immeuble. Et à ce moment là, je veux que tout le monde soit capable de se défendre.
-    Mais je ne pourrai jamais ! Je les imagine, en train de me mordre, de me déchiqueter ! Ca me paralyse.
-    Tu n’as pas le choix, ma chérie. »
Aya se mit à sangloter, et Lloyd, qui avait entendu la conversation, la prit par l’épaule.
« N’ait pas peur, miss, lui dit-il. On sera tous là. Il ne pourra rien t’arriver. Si tu manques ton coup, ce qui est strictement impossible, en une seconde je l’aurais buté, le zombie. Sans compter Jack, notre expert en katana, qui décapite une goule en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. »
En vérité, Jack n’avait encore jamais véritablement tranché la tête d’un monstre, se contentant normalement de leur percer le crâne. Mais la confiance de Lloyd suffit à donner un peu de courage à la jeune fille. Sans plus attendre, ils mirent en place leur plan.
Ils confièrent à Aya le katana le plus tranchant, et Jack la fit s’exercer quelques minutes à effectuer une attaque en pointe.
« Tu n’as pas besoin d’avancer, lui expliqua-t-il. Le zombie ne va même pas remarquer ton sabre. Tout ce que tu as à faire, c’est le pointer devant toi, en visant l’œil. Tu laisses la goule avancer, et quand la pointe de ton katana entre en contact avec son œil, tu pousses fort. Puis tu recules, et c’est fini. »
Inutile de dire que la jeune fille était réticente. Mais ses amis avaient confiance, et elle ne put que les suivre dans la cage d’escalier. Là, ils firent un maximum de bruit pour attirer un zombie de l’extérieur, qui ne se fit pas attendre. Malheureusement, ce sont trois goules qui firent leur apparition et qui commencèrent à gravir maladroitement les marches. Mais Jack avait prévu cette situation, et descendit d’un étage pour éliminer deux des monstres avant qu’ils n’arrivent au sommet. Puis ils se replia à toute vitesse et se positionna aux cotés d’Aya, Lloyd un pas derrière eux, armé du troisième sabre juste au cas où.
La jeune fille tremblait férocement et eut un mouvement de recul lorsque le monstre hideux, à quelques mètres, leva les bras vers elle en geignant. Mais ne se défila pas.


Le sabre tendu devant elle, elle procéda exactement comme lui avait appris son petit ami, laissant le zombie venir jusqu’à l’embrocher par l’œil. Puis elle retira rapidement son arme et recula de quelques pas, laissant le cadavre s’écouler à terre. Un long silence s’ensuivit, finalement rompu par un cri de la jeune fille.
« Saloperiiiiiiie !! hurla-t-elle en abattant sa lame, encore et encore, sur le corps inanimé. Crève, crève, crèèèève !! »
Eclatant de rire, les deux garçons la laissèrent faire une dizaine de secondes avant de l’interrompre.
« Super, ma chérie, super ! la félicita Jack en lui reprenant le sabre, tandis que Lloyd évacuait le cadavre. Mais inutile d’user ce katana pour rien. Tu te sens mieux ?
-    Oh putain oui ! s’exclama Aya en lui sautant au cou. Vous aviez raison, ils ne sont pas bien méchants, finalement. C’était génial. Einh, mais…
-    Qu’est ce qui t’arrive ?
-    Je… je suis… mouillée… lui chuchota-t-elle à l’oreille. C’est la première fois depuis une semaine.
-    Oho. On devrait en profiter, alors… »
Ce qu’ils firent, s’isolant quelques minutes dans la salle de bain. Cette nuit là, Aya dormit comme une morte, et le lendemain, elle participa à l’expédition-provisions dans les derniers appartements non visités, en profitant pour tuer deux goules.



(image extraite du manga : Rurouni Kenshin)

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