Chapitre 9 : première nuit

Publié le par RoN

Une fois en sécurité dans l’appartement, les trois jeunes gens purent reprendre leur souffle et laisser redescendre l’adrénaline, alors que leurs amis les incendiaient pour leur manque de vigilance. Jack, en particulier, se prit une bonne paire de claques de la part d’Aya, qui avait bien failli mourir de peur en voyant le zombie les approcher par derrière. Mais deux joints plus tard, tout le monde avait retrouvé son calme. Jusqu’à ce que de violents coups résonnent à la porte. Un coup d’œil dans le judas fit pousser un cri d’horreur à Marie. Pas besoin d’être un génie pour savoir ce qui se trouvait derrière. Une goule avait du réussir à les suivre, malgré les quatre étages qui représentaient tout de même un sacré obstacle pour les maladroits zombies. Heureusement, l’électricité était toujours là, et un peu de musique suffit à couvrir les coups et les gémissements.
Pendant l’escapade de leurs amis, Marie, Allan et Aya avaient tenté de joindre leur famille. C’était peine perdue. Le réseau n’était pas coupé, mais devait être si chargé qu’il était impossible d’établir une communication. En revanche, internet fonctionnait toujours, et ils avaient mis leur plan à exécution, transmettant leurs vidéos et témoignages au plus grand nombre possible de sites d’actualité. Dans le journal du soir, ils eurent d’ailleurs la surprise e constater que des extraits de leurs vidéos étaient présentés. Mais les médias refusaient toujours de croire à la version de l’épidémie zombie.
« Dans la journée, les émeutiers se sont répandus dans toute la ville de Pavilion, semant la terreur et la destruction parmi les habitants. De nombreuses victimes sont à déplorer, et malgré les interventions de la police et des services de secours, les dégâts s’élèvent probablement déjà à plusieurs millions de yurons.
-    La ville est infestée de zombies, et tout ce qu’ils trouvent à faire, c’est compter leurs sous ! commenta Jack.
-    On ignore toujours quelles sont les revendications des émeutiers, continua la présentatrice, mais l’armée a été mobilisée afin de mettre fin à ces actes de terrorisme. Les soldats devraient débuter leurs interventions dans la nuit, prêtant main forte à la police, dont les responsables n’ont d’ailleurs pas pu être contactés. Les habitants sont invités à rester chez eux jusqu’à ce que la situation soit sous contrôle, ce qui devrait être le cas d’ici demain midi.
-    Ah, je suis rassurée, dit Allan. Je nous voyais mal squatter ici pendant des jours…
-    Tu parles ! répondit Marie. Ils n’ont même pas l’air de savoir à quoi ils ont affaire. T’as vu ces zombies ? Ils continuent à se déplacer même avec la moitié du corps arraché ! Tu crois que des soldats et leurs fusils vont réussir à les arrêter ?
-    Ces mecs sont des pros ! Bien sûr, qu’ils vont réussir !
-    Espérons-le…
-    Oh non, merde ! s‘exclama soudain Jack alors que la télévision venait de s’éteindre, de même que l’ordinateur sur lequel surfait Arvis. Me dites pas qu’on a plus d’électricité ! »
Cela semblait pourtant être le cas. Ni la lumière, ni aucun des appareils électriques ne fonctionnaient plus. Plus d’information, plus de moyen de communication, plus de musique pour couvrir le bruit de la goule à quelques mètres d’eux. Le groupe essaya de tenir le coup en fumant joint sur joint, mais au bout de trois heures, ils n’en pouvaient plus. Le soleil était couché, et ils se voyaient mal passer la nuit à écouter le zombie geindre et taper contre la porte.
« Mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? interrogea Arvis alors que son grand frère proposait de passer à l’action. A ce que vous m’avez dit, ils sont invincibles, non ? J’ai franchement pas envie de prendre ce truc à bras le corps pour le balancer dans la cage d’escalier. Une morsure, et c’est la fin, c’est ça ?
-    Ouais, à ce qu’on a compris, répondit Allan. Mais attendez… Jack, viens voir par là. »
Le jeune homme rejoignit son ami à la fenêtre.
« C’est bien le zombie que tu as frappé tout à l’heure en revenant, ça ? lui demanda-t-il en lui désignant le corps de Zero, au milieu de la route.
-    Je crois bien… Difficile à dire sans lumière, mais je crois, oui.
-    Il ne s’est pas relevé, contrairement aux autres. Qu’est-ce que tu lui as fait ?
-    Je l’ai frappé à la tête. Fort.
-    Oh oui, confirma Lloyd. Tu lui as bien éclaté le crâne, à cette ordure !
-    Un peu de respect, putain ! C’était notre pote Zero, je te rappelle ! On a fumé des joints avec lui il n’y a même pas 24 heures…
-    C’ETAIT notre pote, comme tu l’as dit, continua Allan. Ces putains de zombies ne sont plus que des cadavres qui marchent. Zero était mort depuis longtemps.
-    Ca, on n’en sait rien. Ca pourrait très bien être un virus, une sorte de rage, et il est parfaitement possible qu’on puisse les soigner. Je te vois venir, Allan. Tu veux qu’on bute celui qui est à la porte.
-    Si le crâne est bien leur point faible, ouais.
-    Je ne suis pas trop chaud pour ça. Et si on découvre qu’on peut les guérir ?
-    Déconne pas ! intervint Marie. Aucun humain ne pourrait continuer à se déplacer avec des blessures pareilles. D’ailleurs, écoutez un peu… Je crois bien que les militaires ont commencé à bosser. Et ils n’ont pas l’air de faire dans la dentelle… »
En effet, ils pouvaient entendre des détonations dans le lointain. Des coups de feu, assurément. Marie avait raison, les soldats ne semblaient pas se poser la question de l’humanité des goules.
« Quand même, ça ne me dis rien… soupira Jack.
-    Dis tout de suite que tu as les foies ! le charia Arvis.
-    Ouais, j’ai les foies, petit con ! Aujourd’hui, j’ai failli me faire bouffer par mon professeur, puis par un de mes meilleurs potes ! Alors ça me semble tout à fait normal de flipper !
-    Te fais pas de bile, mec, dit Allan en le prenant par l’épaule. Ca ne va pas être si dangereux. On ouvre la porte, on accueille le zombie au katana, et on referme. »
Jack était encore réticent, mais un coup d’œil vers Aya suffit à le convaincre. Sa petite amie était blanche comme un linge, les mains sur les oreilles pour ne plus entendre les grognements. Elle avait l’air au bord de la crise de nerfs. Le jeune homme abdiqua.
« Bon, ça marche, dit-il. Qui s’y colle ?
-    Euh… Eh bien, tu as l’air de savoir te servir d’un katana…
-    Je vois. A moi le sale boulot, donc. Mais je vous préviens, il va me falloir un MEGA joint pour m’en remettre…
-    Ca, t’inquiète pas, ce sera facile. »


Jack soupira et alla chercher son arme. Allan se posta à la porte, la main sur la poignée. Derrière, les gémissements et les grattements n’avaient pas diminué. Jack se mit en garde, inspira un bon coup et compta lentement jusqu’à trois. Son ami ouvrit brusquement la porte, et la goule n’attendit pas une seconde pour foncer à l’intérieur. Mais elle n’alla pas bien loin, car la pointe du sabre vint s’enfoncer en plein dans son œil, traversant le crâne de part en part. Jack retira son arme et la leva au dessus de sa tête, prêt à asséner un autre coup. Cela ne fut heureusement pas nécessaire, et le zombie s’étala à terre dans un ultime grognement. Ils attendirent une bonne minute, mais il ne se remit pas à bouger. Tous soupirèrent de soulagement.
« Ils ne sont pas bien méchants, finalement, constata Lloyd.
-    Ouais, c’est ça… Vire-moi plutôt cette barbaque de mon appart’ avant que je gerbe, demanda Jack en s’essuyant le front.
-    T’as vu, il ne saigne pas, remarqua Marie.
-    Tant mieux. Au moins, on ne risque pas de se prendre du sang à la figure. »
Lloyd et Arvis se chargèrent de sortir le corps et de le balancer dans les escaliers, tandis qu’Allan réalisait un pétard monumental et parfaitement roulé malgré ses mains qui tremblaient légèrement. Bien qu’ils fussent entassés à six dans le 30 m² de Jack, ils passèrent leur première nuit de siège dans un calme relatif, le silence seulement rompu par les détonations d’armes dans le lointain et les gémissements de ceux qui se réveillaient après un cauchemar. Cauchemars toutefois moins affreux que ce qui les attendait.


(image extraite du manga : Jusqu'à ce que la mort nous sépare)

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