Chapitre 8 : dans le chaos

Publié le par RoN

« Et merde, tout ça pour rien… » grommela Jack en se massant l’épaule, qui avait sérieusement morflé en défonçant la porte de l’appartement de Béate.
Sa jeune sœur n’était hélas pas là, tout comme ses deux colocataires. Mais avec un peu de chance, Béate avait quitté la ville avant que l’université ne sombre totalement dans la démence. Jack avait rapidement jeté un œil sur le parking, adjacent à l’immeuble, et n’y avait pas vu la voiture de sa sœur. Ci celle-ci avait fait preuve de jugeotte, elle était repartie chez leurs parents, en campagne, à bonne distance de l’épidémie.
Croisant les doigts pour elle, Jack s’apprêtait à ressortir du bâtiment quand il s’aperçut que sa retraite était coupée. Trois goules, attirées par le bruit ou l’ayant suivi depuis la rue, titubaient dans l’escalier en le fixant de leurs yeux vides. Trop terrifié pour tenter un passage en force, Jack monta au deuxième étage, en direction de l’appartement des frères Bronson. C’était bien l’avantage des cités universitaires : pas besoin de faire des kilomètres pour aller rendre visite à ses amis.
« Arvis, Lloyd ! cria-t-il en tambourinant à la porte, alors que dans la cage d’escalier, les gémissements des zombies se rapprochaient. C’est Jack ! Ouvrez ! Ouvrez-moi, bordel ! »
Si ses amis n’étaient pas là, il ne donnait pas cher de sa peau face aux monstres invincibles qui le talonnaient.
Mais par bonheur, il entendit le bruit de la clé dans la serrure, et la porte s’ouvrit sur l’aîné Lloyd, les yeux embrumés de sommeil.
« Putain, Jack, t’es pas bien de t’exciter comme ça dès le matin ! » dit-il en guise de bonjour.
Sans prendre la peine de lui répondre, Jack s’engouffra dans l’appartement et ferma la porte à double tour, avant de s’écrouler à genoux, à bout de souffle.
« Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Et merde, qu’est-ce que c’est encore ? interrogea-t-il alors que des coups lourds résonnaient contre la porte.
-    N’ouvre pas ! N’ouvre surtout pas ! lui cria Jack en le prenant par les épaules. Bon dieu, mais vous étiez encore couchés ?
-    Salut Jack, intervint Arvis en pointant le bout de son nez. Ta super-weed, quel pied, mec ! J’ai jamais aussi bien dormi de ma vie ! »
Jack se frappa le front de désarroi, avant de tenter d’expliquer aux deux frères la situation, qui durent aller voir le chaos par leur fenêtre avant d’accepter de le croire.
« La vache ! Pour une fois, sécher les cours vient de nous sauver la vie ! s’exclama Arvis une fois remis de ses émotions. Et ils ne disent rien de tout ça à la télé ?
-    Allume-la, tu verras bien… »
Arvis obtempéra, mais l’écran restait désespérément noir. La lumière ne fonctionnait pas non plus. Visiblement, ce bâtiment n’était déjà plus approvisionné en électricité. Ce qui sembla paniquer les deux frères encore plus que la situation à l’extérieur.
« Plus d’ordinateur ! Plus de musique ! Plus de jeux vidéos !! gémit Lloyd en s’arrachant les cheveux. Mais qu’est-ce qu’on va devenir ? »
Malgré la peur qui lui serrait le ventre et les gémissements de l’autre côté de la porte, Jack ne put s’empêcher de rire. Ce qui lui redonna quelques forces et un peu de courage pour la suite.
« Chez moi, ça marchait encore tout à l’heure, annonça-t-il. Si vous êtes d’attaque, on a qu’à essayer d’y retourner. Prenez des affaires et de la bouffe, et on y va. »
Les frères Bronson s’exécutèrent, et ils passèrent par la fenêtre pour rejoindre l’échelle de secours. Une fois à l’extérieur, ils foncèrent en direction de l’appartement de Jack, mais s’arrêtèrent en chemin, ébahis devant le spectacle qui s’étalait sous leurs yeux.
De la route, ils avaient une superbe vue de toute la ville. Située en périphérie de Pavilion, l’université avait visiblement été l’un des derniers lieux touchés. Des épaisses colonnes de fumée noire s’élevaient de partout. Beaucoup de bâtiments semblaient avoir été détruits. La cathédrale, qui trônait au centre de la ville, était dévorée par les flammes. Les principales avenues étaient envahies d’une masse blanche et grouillante, constituée de centaines de goules nues et sanglantes. Dans le lointain résonnaient sirènes et hurlements. Un spectacle de fin du monde, qui faillit bien coûter la vie aux jeunes gens.
C’est la voix d’Aya, au-dessus d’eux, qui leur cria juste à temps de se retourner. Jack fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec un zombie monstrueux, qui pour une fois ne gémissait pas. Rien d’étonnant, car sa gorge était percée d’une horrible morsure, empêchant tout son de parvenir à ses cordes vocales. Avant même d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’il faisait, Jack frappa le monstre de toute sa force. Finalement, son entraînement quotidien avait porté ses fruits. Le boken fracassa le crâne du zombie avec un bruit humide et croustillant, et il s’écroula, sa main glissant sur la chemise du jeune homme. Abasourdi, il constata alors que la goule était – ou avait été – Zero, le dealer clean avec qui ils avaient passé la soirée de la veille. Hébétés, les trois jeunes gens restèrent quelques secondes à fixer ce qui avait été leur ami, avant d’être une nouvelle fois rappelés à l’ordre par Aya. Un autre zombie approchait déjà, en bien meilleur état que la plupart, et par conséquent beaucoup plus rapide.
Sans attendre une seconde de plus, ils se mirent à courir comme des dératés, et gravirent les quatre étages qui menaient à l’appartement de Jack sans ralentir une seconde.

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