Chapitre 5 : début du cauchemar

Publié le par RoN

« Salut mec ! Je te réveille pas ?
-    A vrai dire, si, Allan, répondit Jack. Tu interromps une des meilleures nuits de a vie.
-    Nuit ? Mais il est déjà plus de midi ! s’exclama son ami à l’autre bout du fil.
-    Disons que la super-weed fait faire de beaux rêves… mais c’est pour ça que tu m’appelles, je suppose ?
-    Exactement, mon vieux ! Si tu n’es pas trop dans le coltard, je serais ravi de tester ça. Désolé d’avoir manqué la fête d’hier soir…
-    Pas de problème. Bon, tu me laisse cinq minutes, le temps de me réveiller ?
-    OK. Je t’attends dans le parc en bas de chez toi.
-    Ca marche. Je vais en profiter pour faire mon entraînement quotidien. »
Jack avala un grand verre de jus d’orange, déposa un baiser sur les lèvres d’Aya, encore endormie, et prit son boken et un peu de super-weed avant de descendre les quatre étages qui menaient hors de son immeuble. Allan l’attendait, assis en train de fumer une cigarette roulée entre deux buissons.
Les deux amis se saluèrent, et Jack confia à Allan la tâche de rouler un gros joint pendant qu’il commençait ses exercices.
« A quoi ça te sert de t’entraîner tous les jours ? l’interrogea son ami. Tu pourrais au moins t’inscrire dans un club.
-    Bof, j’apprends autant en autodidacte. Et je suis les leçons de Musashi, ça suffit amplement.
-    J’ai du mal à imaginer comment un mec mort depuis des siècles peut t’apprendre quoi que ce soit. Tu as une idée de ton niveau, au moins ?
-    Pas vraiment. J’ai jamais affronté personne, mais je pense que je me débrouille pas mal… Bon, et ce pétard, il avance ?
-    C’est prêt, c’est prêt. Tiens, à toi l’honneur.
-    Tu oublies la première loi du fumeur, mon pote : le rouleur est l’allumeur.
-    Quel homme, ce Jack, répondit Allan en s’exécutant. Wouah ! Mais ça déchire ! Je ne l’ai pourtant pas bien chargé…
-    Tel est le pouvoir de la super-weed, mec ! Aller, fais tourner. »
Jack tira une bonne grosse taffe, qui lui fit immédiatement tourner la tête. Rien d’étonnant : il était un peu essoufflé par ses exercices, et avait encore le ventre vide. Mais il n’y avait rien de tel pour bien démarrer une journée. Il repassa rapidement le joint à son ami, et continua ses mouvements tandis qu’Allan s’en envoyait plein les poumons. 
« T’es un véritable génie, mon pote, commenta-t-il. J’ai jamais rien fumé d’aussi bon, nom de dieu !
-    Dieu n’a rien à voir là dedans. De la science et beaucoup de travail, voilà tout.
-    Et tu comptes faire quoi, maintenant que tu as mis au point la beu ultime ?
-    Oh, il y a encore moyen de l’améliorer. Mon rêve, ce serait d’en faire une plante envahissante. Tu vois, les graines ne sont pas géniales. Elles sont assez grosses, peu  nombreuses, et demandent pas mal de travail pour les faire germer. Alors qu’il existe des plantes qui fabriquent des graines toutes petites par millions, à peine visibles à l’œil nu, et qui peuvent germer et fleurir avec à peine quelques millilitres de flotte. Imagine que j’arrive a modifier la super-weed pour qu’elle fasse ce type de semence : un simple coup de vent, et l’espèce est dispersée sur des kilomètres, fleurissant même dans les coins quasi-désertiques ! Notre gouvernement l’aurait profond, oh oui, vraiment profond !!
-    Arrête, tu me fais bander ! Oh je t’aime, mec, laisse tomber ta copine et épouse-moi !
-    Oh non, merde, y en a marre des gays ! Entre Marie qui fantasme sur Aya, et toi qui me vénères, c’est de l’incitation à l’homosexualité ! »
Les deux amis s’esclaffèrent, bien défoncés, quand Allan se mit à faire une tête assez indescriptible.
« Ta beu me fait halluciner, ou bien il y a un mec qui se ballade à poil, là-bas ? interrogea-t-il.
-    Soit on a une hallu collective, soit tu as raison… répondit Jack apercevant lui aussi l’homme, au coin de l’immeuble. Mais putain… on dirait Lyons ! »
Les deux jeunes gens se levèrent pour mieux voir. Il s’agissait bien du professeur, totalement nu en train de déambuler dans le parc. Heureusement pour lui, celui-ci était plutôt désert, la plupart des étudiants s’étant rendus au restaurant universitaire pour déjeuner.
« Il n’a pas l’air bien… commenta Allan. Il ne marche même pas droit. Tu as sûr que c’est bien lui, et pas un taré échappé de l’asile ?
-    Mais ouais, c’est lui. Hey prof ! le héla Jack. Qu’est-ce que vous foutez ? Vous allez vous faire ramasser par les flics ! »
Et c’était précisément le genre de choses qu’ils cherchaient habituellement à éviter. Mais à peine le professeur eut-il entendu la voix de son élève qu’il se mit à trotter maladroitement vers les deux jeunes. A une vingtaine de mètres, ils purent voir qu’en effet, Lyons n’avait pas bonne mine du tout. Son visage était déformé en une expression que Jack ne lui avait jamais vu, de sa bouche grande ouverte ruisselaient des torrents de bave, qui se mélangeait avec ce qui ressemblait fort à du sang, dont ses joues et son torse étaient maculés. Mais le gémissement rauque qui s’échappait de sa gorge était encore plus terrifiant.
« Mais bordel, qu’est-ce qui vous est arrivé ? Vous vous êtes fait agressé ? l’interrogea Jack.
-    Il me fait flipper… murmura Allan derrière lui. Et pourquoi il fonce vers nous comme ça, merde ? »
Son ami était lui aussi plutôt impressionné. Lyons n’était plus qu’à quelques mètres, les bras tendus devant lui comme pour les enlacer. Presque malgré lui, Jack saisit son boken et le pointa vers son mentor. Comme si celui-ci ne l’avait même pas remarqué, Lyons se prit la pointe en pleine poitrine, trébuchant et s’étalant sur le sol, au pied des deux amis.
« Merde, désolé, s’excusa Jack. Est-ce que ça va ? »
Mais le professeur ne prit même pas la peine de répondre. A la place, il attrapa la cheville du jeune homme et la mordit de toute sa force. Criant de douleur, celui-ci tenta de retirer sa jambe, mais le vieil homme ne lâchait pas prise. Par réflexe – réflexe salvateur – Jack lui asséna un sévère coup de boken sur les mains. Un peu trop fort sans doute, car le craquement qu’il entendit ne pouvait correspondre qu’à un os brisé. Lyons relâcha son étreinte, mais pas un cri ne sortit de ses lèvres. Nullement gêné par la douleur, il mit à ramper vers Jack, la bave dégoulinant sur son menton.
« Mais calmez-vous, putain ! lui hurla le jeune homme en reculant précipitamment. Vous voulez que je vous assomme ?
-    Guaaaaaaaaaaaaaaaaarrrh ! » fut la seule réponse du professeur, qui faillit bien réussir à attraper la jambe d’Allan.
Celui-ci fut bien moins gentil que son ami, et décocha au vieil homme un monumental coup de pied dans la tempe, ce qui cette fois le calma instantanément. Son visage s’enfonça dans l’herbe, et il cessa enfin de ramper et de grogner. Ebahis et choqués, les deux jeunes gens constatèrent que le corps de Lyons ne bougeait plus du tout, pas même pour respirer.
« Bordel, bordel, bordel, qu’est-ce qu’on fait ? bégaya Allan. On appelle les flics ?
-    Ah non, merde, certainement pas les flics ! s’exclama Jack. En plus, je crois bien que tu viens de le tuer…
-    J’avais pas le choix ! Il voulait nous bouffer !
-    Je sais bien, mec, t’inquiètes pas. Mais qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?
-    J’en ai aucune idée. On dirait un putain de… zombie. »
Allan n’aurait pu trouver une expression plus adaptée. Sous leurs yeux, le corps de Lyons se remit à remuer. Sa tête se releva, du sang perlant de sa tempe, et il reprit sa reptation vers eux.
« Nom de dieu de bordel de merde ! s’écria Allan. Mais C’EST un foutu zombie ! Qu’est-ce qu’on fait, Jack ?? »
N’ayant pas de réponse, Allan jeta un coup d’œil vers son ami. Celui-ci, bouche bée, regardait dans la direction d’où était arrivé le professeur. Une trentaine de personnes entièrement nues, couvertes de sang et de bave, trottaient maladroitement vers eux.

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