Chapitre 4 : dernière soirée avant l'apocalypse

Publié le par RoN

« Oh, prends-moi, mon petit génie !
-    Ca ma chérie, tu vas pas me le demander deux fois… » répondit Jack en faisant glisser le string d’Aya le long de ses jambes douces.
Visiblement, les quelques plantes aphrodisiaques qui avaient été ajoutées au cocktail génétique de la super-weed faisaient leur effet. Le jeune homme avait rarement vu sa copine aussi chaude. Et lui-même ne s’était jamais senti aussi vigoureux, si vous voyez ce que j’entends par là.
Leur affaire conclue, ils entreprirent de ranger un peu l’appartement en vue de la petite soirée qui ne devait plus tarder à commencer. Un bon bol de super-weed placé sur la table, les différents bangs et shiloms de Jack nettoyés et dispersés un peu partout, bref, de quoi envoyer tous ses amis dans des dimensions toutes plus plaisantes les unes que les autres.
Une heure plus tard, presque tous les invités étaient arrivés. La plupart constituaient la clique de fidèles revendeurs de Jack : les frères Bronson, Lolita la petite gothique, Fabrice le maso, qui refusait toujours de s’en aller sans avoir reçu une bonne fessée de la part de toutes les jolies filles de la pièce, Zero, le meilleur dealer (peut-être parce que c’était le seul qui ne fumait pas), Béate, la sœur de Jack, et enfin Marie, la thésarde serviable.
« Et Allan, qu’est-ce qu’il fout, ce boulet ? interrogea Jack. Il n’y a que lui qui sait rouler des pétards géants !
-    Il viendra pas, répondit Fabrice après une quinte de toux à s’arracher les alvéoles. Cet enfoiré squatte chez ses parents, ce soir. »
Un soupir de déception parcourut l’assemblée, bien vite interrompu par le shilom fumant en train de tourner. Comme prévu, pas un seul convive n’avait été déçu par la super-weed. Même Zero, qui d’habitude fonctionnait exclusivement à la bière, avait accepté de tirer une ou deux taffes, qui l’avaient instantanément envoyé sur orbite. Béate et Arvis, le plus jeune des frères Bronson, s’étaient isolés dans un coin pour profiter des effets aphrodisiaques du mélange, sous l’œil sévère (et sans doute un peu jaloux) de Lloyd, l’aîné. La chaîne hi-fi crachait du métal à fond, et Lolita balançait d’avant en arrière ses longs cheveux d’ébène en rythme, bientôt rejointe par Marie, qui ne semblait pas insensible à ses charmes. Difficile de faire une soirée plus réussie.


« Hey, vous avez vu ce qui se passe en ce moment au Nantiapou ? demanda Zero une fois redescendu sur terre.
-    Nantiapou ? A tes souhaits ! s’exclama Lolita en pouffant.
-    Non, mais sérieusement, à ce que j’ai entendu c’est assez hallucinant. Apparemment, les gens se révoltent en s’en prennent aux forces de l’ordre.
-    Rien d’inhabituel dans ce monde, quoi… commenta Jack.
-    Ouais, enfin bon, là ça a l’air sacrément violent. Il y a déjà eu pas mal de morts, et les révolutionnaires n’ont pas peur de s’attaquer à l’armée à mains nues.
-    Les fous. Enfin bon, personnellement, j’en ai pas grand-chose à foutre... Mais attends, t’as parlé de Nantiapou ? Ca me dit quelque chose… Ah ouais, Lyons a reçu un colis qui venait de là, aujourd’hui ! Tiens, en parlant du prof, il était sensé passer… Qu’est-ce qu’il fout ? »
Jack s’éloigna un peu pour passer un coup de fil à son mentor. Merde, il ne pouvait pas manquer la soirée d’inauguration de la super-weed. Pendant ce temps, Marie s’était rapprochée d’Aya, après avoir été gentiment repoussée par Lolita, qui n’était visiblement pas du même bord.
« Alors, miss, ça fait longtemps que tu sors avec Jack ?
-    A peine deux semaines. Et toi, tu le connais depuis longtemps ?
-    Oh oui, depuis un sacré bail. Et ça ne t’emmerde pas de savoir qu’il pourrait être envoyé en taule à tout moment ? Tu ne préférerais pas une gentille fille sage comme moi à ce dangereux criminel ?
-    Criminel, criminel, c’est vraiment relatif.
-    Pas selon notre cher président Krayzos. Qui ne respecte pas la Loi mérite de passer sa vie en cellule.
-    La loi… une aberration, un raccourci pour ceux qui sont incapables de réfléchir par eux-mêmes. Un être humain intelligent n’a aucun besoin de loi.
-    C’est un point de vue intéressant. Mais comment savoir qu’est-ce qui est bien ou mal, dans ce cas ?
-    Parce que tu crois que la loi correspond à la notion de bien ou de mal ? A la base, peut être, mais dans cette société de merde, c’est loin d’être le cas. Aujourd’hui, la justice, c’est le fric, un point c’est tout. Rends-toi compte, la plupart du temps, on considère que voler un riche est plus grave que voler un pauvre ! Nos soi-disant « lois » autorisent les gros PDG à accumuler des milliards chaque année, tout en laissant crever des millions de gens qui n’ont même pas de quoi se nourrir. Une « loi » qui pose de tels principes ne mérite qu’une chose : qu’on la bafoue, qu’on la méprise, qu’on lui crache dessus !
-    Ca, ça fait trois choses, commenta Fabrice en souriant, bien d’accord avec la jeune fille.
-    Et donc, dans une utopie sans lois, reprit Marie, comment savoir ce qu’on peut faire ou pas ?
-    C’est simple. Un homme intelligent n’a qu’une seule question à se poser pour savoir si ce qu’il fait est bien ou mal : est-ce que je fais souffrir quelqu’un ? C’est le principe même de la moralité.
-    Et donc, tu ne considère pas Jack comme un criminel ?
-    Bien-sûr que non ! A qui Jack fait-il du mal ? Au contraire, c’est du bien qu’il fournit à beaucoup de monde !
-    Mouais, ça, c’est relatif, intervint Lolita, qui suivait la conversation de loin. A en croire notre gouvernement, la drogue est « un grave problème de santé publique ».
-    Alors ça, c’est la blague du siècle ! Et le capitalisme, alors, ce n’est pas « un grave problème de santé publique » ? A mon avis, il y a beaucoup plus de monde qui meurt par manque de fric que par manque de drogue. Et puis de toute façon, on y passe tous un jour où l’autre. Si la drogue me pourrit la santé, tant mieux. Contrairement à tous ces moutons qui tremblent de peur devant la mort, moi je choisis la façon dont je vais terminer ma vie.
-    Arrête de parler comme ça, chérie, tu m’excites… dit Jack en revenant. Vous philosophez dur, mesdemoiselles, à ce que je vois.
-    Joints et philosophie, c’est ça la recette du bonheur. Enfin, à la base, Marie essayait de me draguer en me convaincant que tu étais un dangereux criminel, expliqua Aya alors que la thésarde essayait de cacher ses joues rougissantes.
-    Criminel, moi ? Absolument. Mais au moins, mon fric ne sert pas à financer les réseaux mafieux.  Et de toute façon, pour Krayzos, on serait tous dans le même panier.
-    Sans doute… répondit Marie, reprenant contenance. Alors, le prof va venir ?
-    A priori non, il m’a dit qu’il était malade, ce boulet. Fièvre, courbatures, etc… Tant pis pour lui. Mais vous savez quoi ?
-    Quoi ?
-    Je vais rouler un gros joint. »
Des acclamations et des éclats de rire accueillirent naturellement cette annonce. Alors que le jeune homme s’attelait à sa tâche, Marie vint s’asseoir à côté de lui.
« Alors, tu as fini de draguer ma copine ? la taquina-t-il.
-    Ca va, j’ai bien le droit d’essayer, non ? Tu t’es trouvée une belle plante, mon salop. Et contrairement à ce que tu m’avais dit, elle a l’air très intelligente.
-    Ouais, enfin bon, ce n’est pas une scientifique…
-    Espèce de sale geek ! Il n’y a pas que les sciences, dans la vie. Cette fille a une sacrée philosophie.
-    Alors c’est bon, elle est admise dans notre club de junkies ?
-    Tout le monde a l’air d’être sous son charme. Moi y compris.
-    Ca, j’avais pigé. Hey, mais tu fais quoi, Maso-man ?
-    Je vais pas tarder à y aller, alors comme vous le savez, c’est l’heure de la fessée ! » répondit Fabrice, le pantalon déjà déboutonné.
Tout le monde s’en donna à cœur joie, et le masochiste prit le chemin du retour, bientôt suivi par la plupart des convives, promettant de repasser bientôt chercher la marchandise à vendre. Seule Marie décida de dormir à l’appartement de Jack, se jugeant trop défoncée pour reprendre le volant (et sans doute motivée par l’idée de voir Aya en petite tenue).
« Tes potes sont vraiment cool, commenta Aya après leur départ.
-    Et tous plus fidèles les uns que les autres. Ils préféreraient crever que de me trahir.
-     Moi aussi, tu sais. Je crois que je suis vraiment en train de tomber amoureuse de toi…
-    Allons, tu es complètement défoncée, ma chérie. C’est la beu qui parle.
-    Non, je suis sérieuse. Je… je t’aime, Jack. »
Le jeune homme ignorait s’il pouvait en dire autant, et préféra lui répondre par un langoureux baiser. L’amour… Un tel sentiment existait-il réellement ? Tout comme le bonheur, n’était-ce pas seulement une illusion dont la plupart des gens aimaient se bercer ? Etait-il possible, par la simple compagnie d’un autre être humain, d’oublier ce monde méprisable, de vivre la plénitude ? Ou tout cela n’était-il qu’une question hormonale, tout comme les drogues pouvaient créer le plaisir artificiellement ? Questions insolubles, qui ne trouveraient de réponse que des années plus tard, après les terribles événements qui allaient accabler notre héros et le monde entier.

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Jade 23/06/2010 21:49


A ta demande, je signale une petite faute d'orthographe ^^ Enfin je crois que c'en est une, mais il me semble qu'on écrit "salaud" au lieu de "salop". (on peut peut-être dire les deux ?)


RoN 24/06/2010 01:08



En effet, il semble qu'on puisse dire les deux. Mais merci quand-meme ^^