Chapitre 3 : Super-weed

Publié le par RoN

Jack se rendit au laboratoire de biologie végétale, pour se retrouver coincé devant la porte magnétique, le passe oublié quelque part dans son appartement. Après quelques minutes à tambouriner contre la vitre, la secrétaire quinquagénaire, Mme Rome, daigna venir lui ouvrir.
« Est-ce qu’un jour tu me laissera travailler tranquille ? lui dit celle-ci en guise de salutation.
-    Allons, on ne va pas changer nos habitudes au bout de deux ans, lui rétorqua le jeune homme avec un clin d’œil. Comment allez-vous, Johana ?
-    Bien, bien. Tiens, prends donc ce colis pour M. Lyons, ça m’évitera d’avoir à monter les étages.
-    Le prof n’est toujours pas arrivé ? Il est pourtant plus de midi… »
La secrétaire haussa les épaules. Lyons avait sans doute encore passé la soirée à fumer, et il n’était pas inhabituel que celui-ci commence ses journées en début d’après-midi. Jack n’était pas du genre lève-tôt, mais son mentor était une référence dans le domaine de la fainéantise.
Le jeune homme empocha le paquet, qui venait visiblement de loin, le déposa dans le bureau du professeur Lyons, et fonça directement dans la serre, au sommet du bâtiment, ayant pris soin auparavant de prendre avec lui une carte d’accès. Entrer dans la serre relevait du parcours du combattant, et vu se qui s’y cachait, c’était à vrai dire une bonne chose.
Jack pianota son code d’identification, inséra la carte puis entra le code de sécurité, pour enfin pouvoir accéder à l’espace de culture. Si les premières rangées de végétaux étaient tout à fait communes, on pouvait trouver au bout de quelques mètres les plantes vraiment intéressantes : une centaine de pieds de power-weed en pleine floraison et, en arrière, le saint graal, le fruit de semaines de travail, d’hybridations et de manipulations génétiques, ce que Jack comptait appeler la « super-weed », si bien entendu cette création miracle tenait ses promesses.


De loin, les plantes ressemblaient assez à des pieds de cannabis classiques. Mais en s’approchant, on pouvait constater que les têtes étaient chargées d’une étrange matière épaisse et cotonneuse, de couleur vert pâle et à l’odeur très forte. Récolter tout ça allait demander des heures.
Jack comptait s’y mettre immédiatement, mais en y réfléchissant bien, mieux valait s’assurer auparavant de la qualité de la marchandise. A quoi bon récolter les plantes avec soin si elles étaient finalement bonnes à jeter ?
Une dizaine de pieds avaient été prélevés une semaine plus tôt, et la super-weed avait été mise à sécher dans un local étanche, n’attendant plus qu’une paire de poumons pour libérer leur divin pouvoir. Et elles n’allaient pas attendre plus longtemps.
Le local embaumait la marijuana. Mais l’odeur avait quelque chose en plus, comme un parfum sucré et poivré à la fois. Frétillant d’excitation, Jack extirpa de sa poche une feuille à rouler et une motte de tabac avant de prélever sur l’un des pieds un peu de la mystérieuse substance. Légèrement poisseuse entre ses doigts, celle-ci s’effritait tout de même facilement. Dans de bonnes conditions, une semaine de séchage semblait tout à fait suffisant. Restait à voir si les effets seraient là.
Son joint roulé – et roulé parfaitement, s’il vous plait – Jack prit une minute pour calmer son excitation, avant de l’allumer et de tirer une taffe monumentale, qu’il retint quelques secondes dans ses poumons avant d’expirer. Premier constat : le goût tout à fait inhabituel. Les quelques gènes de fraise qu’il avait incorporé à la formule n’étaient pas là pour faire joli. Il avait l’impression de fumer un fruit ce qui, inutile de la préciser, était tout à fait agréable. Et, immédiatement, il ressentit ce petit picotement dans le cerveau, caractéristique d’un bon high.
Deux lattes plus tard, il commença à ressentir un plaisir indescriptible, qui montait doucement pour venir envahir peu à peu son cerveau, et tout son corps. Jack ferma les yeux, savourant et analysant ses émotions, tout en continuant à tirer sur son pétard. Le plaisir était de plus en plus puissant, comme si l’univers lui chatouillait l’intérieur et l’extérieur du corps. Il se sentit partir, et préféra s’allonger sur le sol plutôt que de risquer de tomber de sa chaise. Le bilan était clair : c’était le truc le plus fantastique qu’il ait jamais fumé. Les effets classiques de la marijuana semblaient décuplés, mais il conservait l’impression de pouvoir contrôler son trip à tout moment. Il pouvait choisir de se laisser emporter par le torrent de plaisir qui se déversait sur lui, ou bien revenir et se concentrer sur la réalité, en ayant même une perception accrue.
« J’ai créé la beu des dieux !! » s’exclama-t-il tout seul, euphorique, avant de partir dans un fou rire de plusieurs minutes qui faillit bien le faire s’étouffer.
Il fut interrompu quand la porte du local s’ouvrit violemment. Sur ses pieds en une seconde, il saisit l’objet le plus proche et le brandit devant lui en guise d’arme. Celui-ci étant un arrosoir, il devait être assez peu convaincant.
« Mais bordel, qu’est-ce que tu fous ? Tu égorges un cochon ? Et tu te crois menaçant, avec cet arrosoir ? » dit une voix féminine.
Jack soupira de soulagement avant de se laisser tomber sur sa chaise, hilare.
« On interrompt pas comme ça un scientifique en pleines expérimentations, Marie, dit-il à sa collègue et thésarde comme lui.
-    Expérimentations ? Tu es en train de te fumer un gros joint, ce dont j’aurai du me douter en t’entendant te marrer comme un abruti ! rétorqua la jeune scientifique, les mains sur les hanches.
-    Eh bien justement, je suis en train de tester ma nouvelle création, la super-weed. Et crois-moi, elle porte bien son nom. Tu veux une latte ?
-    Nom de dieu, il n’y a pas un seul scientifique sérieux dans ce labo ? Tu crois que c’est une heure pour se défoncer ? …Pfoua, mais c’est quoi ce truc ?? s’exclama-t-elle après avoir tout de même tiré une grosse taffe.
-    Ca déchire, einh ? Tu sens le goût de fraise ? Donc je te présente super-weed, super-weed, je te présente Marie.
-    Arrête tes conneries, dit la jeune fille dont les yeux avaient déjà rétréci. Bon, en effet, je crois qu’on a là ton chef d’œuvre. Je vais pas en tirer davantage, parce que sinon je vais plus rien pouvoir faire…
-    Ouais, ce pétard est peut être un peu chargé… surtout pour un test.
-    T’es vraiment un vieux sac. Tu n’avais aucune idée de ce que ça allait te faire. Et si tu étais parti en gros bad trip ?
-    Mouais, tu as sans doute raison. Enfin, après avoir testé la nightmare-weed, il pouvait pas m’arriver pire. Et puis je me doutais que tu traînais dans le coin. Tiens, tu fais quoi cet après-midi ?
-    Toi, tu as quelque chose à me demander…
-    Ben, disons que vu que la super-weed est une réussite, il faudrait cueillir les pieds et les mettre à sécher. Et s’occuper de ceux qui sont déjà prêts…
-    Je vois. Et défoncé comme tu en as l’air, t’en as pour des heures, c’est ça ?
-    Des JOURS ! Des JOURS ! Je ne pourrai jamais m’en sortir sans toi ! Et en plus, mater tes jolies petites fesses me motiverait encore plus… »
En réalité, elle était loin d’un modèle de beauté, et semblait de toute façon plus attirée par des filles comme Aya, mais Jack savait exactement comment arriver à ses fins avec elle. Un petit compliment et un appel à l’aide, et Marie était là, même avec des heures de travail en retard.
Les deux jeunes gens se mirent donc à l’ouvrage, et la tâche fut bouclée en à peine trois heures. La dizaine de pieds cueillis une semaine plus tôt avaient déjà produit plus d’une douzaine de kilos de super-weed, et 500 grammes furent offerts à Marie pour sa contribution.
« Mon cochon, tu vas te faire des couilles en or avec cette plante, dit-elle à Jack une fois le travail terminé. Tu vas chercher des nouveaux clients ?
-    Hum, je ne pense pas, c’est beaucoup trop risqué. De toute façon, il n’y a que très peu de gens à qui j’en vends directement. Moins je suis connu, mieux je me porte.
-    Ce sont tes potes dealer qui se chargent du sale boulot, einh ?
-    Hey, moi je suis un scientifique, pas un vendeur. Chacun son rôle, non ?
-    Et ça fait surtout moins de risque de se faire choper. Enfin, tu as bien raison. Tu es un véritable artiste, et ça me ferait mal de perdre un pote comme toi.
-    Oh, ça c’est gentil ! Tiens, je te redonne 100 grammes pour la peine ! Et au fait, tu viens à ma petite fête ce soir ? On sera pas plus d’une dizaine.
-    Pas de problème. »
Ils allaient ressortir de la serre quand Jack aperçu le professeur Lyons, en train de travailler dans la chambre stérile. Encore sérieusement défoncé, le jeune homme s’approcha à pas de loup avant de se jeter contre la vitre de la chambre. Le professeur sursauta si fort qu’il en éparpilla partout la poudre blanche contenue dans le flacon qu’il tenait à la main.
« Espèce de sale petit con ! fulmina-t-il, recouvert de la poussière claire, alors que les deux jeunes gens étaient écroulés de rire.
-    Vous bossez avec de la coke, maintenant, prof ? l’interrogea Jack, hilare. Laissez tomber cette merde, la super-weed que j’ai mis au point, c’est la drogue des dieux !
-    Ce n’est pas de la cocaïne, jeune imbécile ! Mon frère qui travaille au Nantiapou a découvert une tombe millénaire, et il m’a envoyé un échantillon de la substance qu’il y a trouvé. Et toi, foutue larve junkie, tu viens de m’en faire perdre une bonne partie !
-    Oh, vraiment désolé, prof. Je vous donnerai un pourcentage de plus de la nouvelle récolte pour m’excuser. Mais de toute façon, vous espérez trouver quoi, dans une tombe aussi vieille ? Rien n’aurait pu y survivre aussi longtemps.
-    On ne sait jamais, fiston, on ne sait jamais. Bon, tu vas me laisser bosser tranquille, oui ou non ?
-    Ouais ouais. Vous passez chez moi, ce soir ? On va s’enfumer la tête avec la super-weed !
-    Oui, sans doute, répondit le professeur avant d’éternuer, le nez plein de poudre blanche. Mais il y a intérêt que ton matos soit bon…
-    Ca, vous pouvez en être sûr ! Ce truc va nous changer la vie, vous pouvez me croire ! Bientôt, vous ne pourrez plus vous en passer ! »
Il n’imaginait pas à quel point cela allait être vrai.

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